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Michel Aoun devient président du Liban


Son élection met un terme à deux ans et demi de vide institutionnel



L'ex-général chrétien Michel Aoun est devenu lundi le nouveau président libanais, mettant fin à un vide institutionnel de deux ans et demi causé par de profondes divisions liées notamment à la guerre en Syrie.
Il devrait annoncer jeudi le nom du Premier ministre qui sera certainement l'ancien chef du gouvernement Saad Hariri, 46 ans.
Le nouveau président de 81 ans a insisté dans son discours d'intronisation sur l'impérieuse nécessité de préserver son petit pays du conflit qui dévaste la Syrie voisine.
"Le Liban est épargné jusqu'à présent par les incendies qui consument la région, et notre priorité est d'empêcher qu'une étincelle atteigne (le Liban). Il est donc nécessaire d'éloigner le Liban des conflits régionaux".
Il a ainsi affiché son désir de se distancier de la guerre en Syrie alors que son principal allié, le Hezbollah, combat aux côtés des forces du régime de Bachar al-Assad.
Michel Aoun a été élu par 83 voix sur les 127 députés présents, fruit d'un laborieux compromis entre les principales factions politiques, habituellement promptes à s'affronter sur tous les dossiers.
Son élection met un terme à 29 mois de vide institutionnel. Le Liban était sans président depuis la fin du mandat, en mai 2014, de Michel Sleimane.
Outre le Hezbollah chiite, il a été élu grâce à l'appui de deux de ses adversaires politiques: le chef chrétien maronite des Forces libanaises (FL) Samir Geagea et l'ancien Premier ministre musulman sunnite Saad Hariri. Tous deux sont hostiles au Hezbollah et au président Assad.
Au Liban, les trois principaux postes de l'Etat sont dévolus aux trois plus importantes communautés religieuses: la présidence de la République à un chrétien maronite, celle du Parlement à un musulman chiite et le poste de Premier ministre à un sunnite.
M. Aoun rejoint pour six ans non-renouvelables le palais présidentiel d'où il avait été chassé il y a 26 ans par l'armée syrienne.
En 1988, le président Amine Gemayel, quittant le pouvoir sans successeur, l'avait en effet nommé à la tête d'un gouvernement militaire et installé au palais présidentiel. Il y était resté deux ans.
Dans son discours, M. Aoun s'est inquiété de la présence de plus d'un million de réfugiés syriens au Liban. "Nous devons nous assurer du retour rapide dans leur pays des déplacés syriens et oeuvrer pour que les camps de déplacés ne se transforment pas en zones hors de contrôle".
Dans le contexte de blocage des institutions, M. Aoun a aussi souligné la nécessité d'entreprendre des réformes économiques drastiques.
Les autorités, minées par la corruption, s'avèrent incapables d'offrir les services de base comme le ramassage des ordures, la distribution électrique et de l'eau potable.
Les pouvoirs du chef de l'Etat ont été rognés à la fin de la guerre civile (1975-1990) mais le président continue de jouer un rôle d'arbitre dans la vie politique.
L'élection de M. Aoun devrait permettre à M. Hariri de redevenir Premier ministre, un poste qu'il avait déjà occupé entre 2009 et 2011. "Le président Aoun commencera mercredi ses consultations et annoncera jeudi à midi la personnalité qu'il a choisie pour occuper le poste de Premier ministre", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la présidence Rafic Chlala.
La victoire de M. Aoun a été célébrée par des feux d'artifice et des rassemblements à Beyrouth et dans d'autres régions du pays.
"Je suis très heureuse: après 25 ans on a réalisé le rêve, je n'arrive pas à y croire", a déclaré Gisèle Tamam, une comptable de 33 ans.
Sur les réseaux sociaux, des internautes raillaient l'ancien militaire qui qualifiait il y a peu d'"illégitime" ce Parlement auquel il doit aujourd'hui son élection.

Libé
Mercredi 2 Novembre 2016

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