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Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid … : et la leader de la renaissance féminine marocaine, La princesse Lalla Aicha




Mehdi Ben Barka, Abderrahim Bouabid … : et la leader de la renaissance féminine marocaine, La princesse Lalla Aicha
La fille aînée de Mohamed V et symbole de l’Indépendance du Maroc menait une vie paisible entre Tétouan et Marrakech, loin des feux de la rampe, sans commune mesure avec les premières sorties fracassantes de Lalla Aïcha.
L’histoire retiendra son nom à Trois reprises :
La première, le 11 avril 1947, lors de la célèbre visite du Roi Mohamed V à Tanger, où elle prononcera un discours historique à l’âge de 17 ans, en tenue occidentale, chevelure découverte, prônant la scolarisation des filles, une révolution pour l’époque ! La veille, son père Mohammed V avait tenu le fameux discours de Tanger. C’était au tour de Lalla Aïcha d’apporter sa pierre à l’édifice nationaliste en cours de construction.
L’allocution et la tenue de Lalla Aïcha font l’effet d’une bombe dans les milieux conservateurs.
Le pavé dans la mare, jeté par la Princesse, avait été organisé par Mehdi Ben Barka, c’est lui qui a écrit le discours de Lalla Aïcha. Le mouvement nationaliste désirait envoyer un message à la France. Avoir une princesse moderne, abandonnant le voile, signifiait aux autorités du Protectorat que le Maroc était mûr pour voler de ses propres ailes.
Le coup orchestré par Mehdi Ben Barka est une réussite, la princesse était devenue une icône. Les fruits ne se font pas attendre : Lalla Aïcha était devenue un signe extérieur de nationalisme pour les femmes ; elle est omniprésente dans l’imaginaire collectif durant ces années d’avant l’indépendance. La réaction des Français ne se fait pas attendre : Les services de « l’action psychologique de l’administration du protectorat » (les Affaires chérifiennes) orchestrent une campagne de dénigrement contre Lalla Aïcha, et afin de nuire à Mohammed V, ils font circuler de manière massive des photos de la princesse en maillot de bain, riant avec son frère le Prince héritier Moulay Hassan.
La deuxième, lorsqu’au lendemain de l’Indépendance,  le Maroc qui était un grand chantier, où l'Etat se devait de déployer sa présence auprès des populations et de bâtir ses nouvelles structures et institutions, Mohammed V mit en place une structure vouée aux préoccupations sociales et humanitaires, qui aura pour mission d'œuvrer à la satisfaction des besoins immédiats des populations pauvres. Il confia à Lalla Aicha la présidence de cette nouvelle institution qui s’appellera l’Entraide nationale. Le poste était loin d’être honorifique, elle est omniprésente dans les actualités marocaines diffusées avant le film au cinéma, inaugurant à tout va, en 1957, la Princesse fait même la Une du magazine Time consacré aux femmes musulmanes. Pour les médias étrangers, cette Princesse qui écoute Benny Goodman et Louis Armstrong, se maquille, conduit sa voiture et se baigne en public est l’avant-garde de la libération féminine en terre d’islam.
La troisième, lorsque Lalla Aïcha est nommée ambassadrice à Londres de 1965 à 1968, puis à Rome de 1969 à 1972. Non seulement elle était la première femme ambassadrice, mais aussi l’une des rares princesses ayant occupé un poste de représentation aussi important de leur pays, si ce n’est  la seule.
Depuis, elle s’est retirée des « affaires » et durant les trois dernières décennies, elle donnait l’impression d’être indifférente vis-à-vis de l’évolution politique du Maroc, et pourtant, la sœur de Feu Hassan II a été un porte-drapeau du Maroc en lutte pour son indépendance, après que Mohammed V et le Mouvement national ont fait d’elle le symbole d’un certain féminisme des années 40, mais cela n’a pas empêché la tante de Mohammed VI, d’exprimer une grande tristesse et d’éclater en sanglots, à l’annonce de l’arrestation et de l’emprisonnement de Si Abderrahim Bouabid en 1981.
Cultivée, modeste, naturelle, moderne et joueuse de golf hors pair, Lalla Aïcha nous a quittés le dimanche 4 septembre 2011 au soir, elle avait fêté ses 81 ans le 17 juin dernier.
 

 
Encadré :
Texte du discours historique de Son Altesse Royale la Princesse Lalla Aicha à Tanger le 11 avril 1947 :
« Louange à Dieu et bénédiction et salut soient sur notre Seigneur Mohamed, 
J'ai effectué, durant les derniers mois, des visites à quatre villes marocaines et j'ai prononcé, dans chacune d'elles, un ou deux discours. En effet, j'ai inauguré une école à Marrakech, deux à Fès, une autre à Casablanca et deux autres à Salé. L'extrême compréhension et le chaleureux enthousiasme que j'ai trouvés chez les populations de ces villes ont rempli mon cœur et mon âme de joie et de félicité. De même, ma visite à votre belle cité, en compagnie de Sa Majesté le Roi, que Dieu le glorifie, et la constatation des extraordinaires manifestations avec lesquelles vous avez  accueilli le cortège royal, ont donné à Tanger, dans mon esprit, une place spéciale et une valeur supérieure. Je vous présente donc tous mes remerciements et toutes mes félicitations.
Messieurs,
Les nations et les peuples passent dans leur vie par des périodes distinctes, traversent des étapes diverses et éprouvent des sentiments contradictoires. Ainsi, durant sa période de vieillissement et de décadence, la Nation vit désarticulée, faible et imprégnée d'idées confuses. De ce fait, chacun de ses membres se limite à la recherche de son intérêt propre et de son gain immédiat, comme s'il n'avait jamais existé entre lui et les autres fils de sa patrie aucun lien spirituel ou social, ni aucune fraternité patriotique. De même, les écrivains et les penseurs de ce genre de nations décadentes se réfugient dans l'imaginaire, cherchant dans le passé de leur pays quelques glorieux exploits, pour voiler, ainsi, leur impuissance et leur honte par les victoires de leurs ancêtres. De ce fait, le présent et l'avenir du pays, l'intérêt et le bonheur de la Nation, le travail, la persévérance et le sacrifice pour être à la hauteur des gloires du passé, deviennent des problèmes dont l'apport des solutions est laissé aux autres. Les penseurs et écrivains des nations vieillissantes essayent ainsi de se convaincre que la tâche de répondre à de telles questions ne leur revient pas. Telles sont les caractéristiques d'une Nation traversant une phase de vieillissement et de décadence, jusqu'à ce qu'elle mette un terme à sa paresse pour entamer un nouveau cycle, une période de renaissance, de renouveau, de création et de construction. L'époque de renaissance est la jeunesse d'une Nation: elle y construit sa gloire, fonde son prestige, regarde son présent avec volonté et appréhende son avenir avec optimisme. C'est ainsi qu'une Nation peut vivre nourrie de confiance, fière dans le concert des nations, ne pensant à son passé que pour profiter des expériences de ses nobles ancêtres.
Nous vivons actuellement une des périodes les plus fécondes de notre histoire parce que nous sommes à la croisée des chemins. Nous devons, certes, aller de l'avant, orienter notre activité vers l'avenir. La période exécrable durant laquelle tout Marocain ne travaillait que pour lui-même et ne se souciait que de sa propre existence est enfin révolue. Aujourd'hui, tous les Marocains, des plus puissants aux plus humbles, des plus jeunes aux plus âgés, sont prêts à sacrifier leurs biens, leur quiétude, leur vie pour la cause des droits de leur pays, de son bonheur, de sa dignité, de sa gloire.
L'ensemble de la Nation a prouvé, aujourd'hui, son enthousiasme et son engouement pour le travail. Que ceux qui en veulent la preuve regardent les dizaines d'écoles bâties en un temps record à travers les villes et les campagnes du Maroc. Ce sont là des œuvres marocaines pour atteindre 
des objectifs marocains. Peut-on encore, après cela, nous prendre pour des paresseux attachés à de vieilles superstitions.
L'expérience a ouvert les yeux des Marocains et a éclairé leurs esprits. De même, les progrès de la civilisation moderne ont pris place dans leurs cœurs. Aucun obstacle ni empêchement ne pourra plus les détourner du chemin de leur renaissance. Ils sont, ainsi, sûrs de leur victoire, parce qu'ils ont réuni trois conditions: une doctrine sûre, un objectif clair et un Chef éclairé qui a uni la Nation autour de lui. L'Islam est notre doctrine que nous n'échangerons contre aucune autre doctrine, le droit de la patrie est notre objectif, pour lequel nous sommes prêts à sacrifier ce que nous avons de plus cher et le Roi du Maroc est notre Chef, celui qui nous dirige et nous oriente; nous agissons sous ses ordres et nous nous réunissons autour de son Trône, qui est le symbole de l'unité, de la force et du prestige de la Nation marocaine.
Les rois qui se sont succédé sur le Trône du Maroc ont été parmi les premiers dirigeants à appeler la Nation arabe à s'armer du savoir et à adopter les moyens modernes pour défendre son existence et garantir sa souveraineté. C'est ainsi qu'au début et à la fin du siècle dernier se sont dressés, parmi des peuples musulmans égarés dans les ténèbres de l'ignorance, deux grands hommes appelant leurs sujets au travail, en leur préparant les voies de la renaissance et du progrès. Ils ont, ainsi, inspiré à leurs peuples l'essence de la vie, de la volonté et de la lutte. Ce sont le grand Mohammed Ali Khédive, réformateur de l'Egypte, et Moulay Hassan, Sultan du Maroc, guide génial de la Nation marocaine, deux précurseurs de la renaissance arabe, auxquels revient le mérite d'avoir permis à leurs pays d'entrer dans le concert des nations modernes, armés des moyens propres à leur assurer une place d'honneur.
Déjà, sous le règne de son père, Moulay Hassan entreprit d'envoyer des missions estudiantines en Egypte et, quand il fut sur le Trône, il fit élaborer un programme de vaste envergure et affecta les crédits nécessaires à la réalisation d'une œuvre de construction embrassant toutes les branches de l'activité moderne en vue d'une réforme moderne globale pour la réalisation de laquelle il a tant lutté, et ce, en faisant l'effort sur lui-même d'une part et en s'inspirant des modèles de  l'Orient et de l'Occident, d'autre part.
Les étudiants envoyés en mission en Europe par Moulay Hassan furent les initiateurs de la Nation marocaine à la civilisation moderne et contribuèrent pour une large part à l'éclat de ce grand règne. Cet éclat témoigne encore, aujourd'hui, des bienfaits dont ce grand Roi combla sa patrie. Nul doute que les libres fils de Tanger se transmettent, aujourd'hui encore, les récits des visites que rendit ce glorieux Roi aux différentes régions du pays pour veiller sur l'unité du territoire marocain, pour éclairer les esprits et pour faire régner la sécurité et l'ordre. Et même si les efforts de Moulay Hassan n'ont pu, pour des raisons extérieures et des résistances intérieures, se poursuivre jusqu'à la réalisation de leurs objectifs, le destin a voulu qu'un pays frère, la seconde patrie de tous les Arabes, l'Egypte, prenne la direction des autres nations arabes sur la voie du renouveau et du progrès.
En Egypte, la renaissance a englobé tous les aspects de la vie. C'est une renaissance scientifique et économique dont les heureuses conséquences ont dépassé les frontières étroites de l'Egypte pour se manifester dans les différentes parties de la grande patrie arabe et islamique. Cette dernière rassemble, dans une unité parfaite et solide, la Syrie, la Palestine, l'Irak, l'Arabie, le Yémen et le Grand Maghreb. Il en découle que de grands réformateurs tels Jamal Din al-Afghani, Mohammad Abdou et Rachid Rida ne sont pas les réformateurs religieux de l'Egypte seule, mais les guides de l'Islam en Orient et en Occident. C'est ainsi que les musulmans, partout où ils sont, trouvent dans leurs écrits la lumière qui éclaire leur chemin et les directives susceptibles de régler leurs problèmes et renouveler leur foi.
Par ailleurs, les écrivains de l'Egypte sont devenus des modèles pour tous les hommes de lettres et les écrivains dans le monde arabe, comme Chawqui et Hafid, qui sont considérés comme les poètes de toute la Nation arabe. Les écrivains de l'Egypte ont atteint cette place grâce, en premier lieu, aux livres qu'ils ont écrits, aux recherches qu'ils ont réalisées et aux différents styles d'écriture qu'ils ont inventés. Mais moi, personnellement, j'admire le livre de Haykal intitulé La Vie de Muhammad, auquel je suis attachée depuis la première lecture que j'en ai faite. Ce grand professeur a rendu un grand service à la cause de la renaissance religieuse, car grâce à sa pénétrante pensée, à la justesse de son exégèse et à l'étendue de sa science, il a purifié la biographie du Prophète (Sira) en en retirant les légendes et les superstitions qu'y introduisirent les ennemis de l'Islam.
Que Dieu récompense le travail du professeur Haykal et celui des fils et des filles de l'Egypte qui nous ont donné l'exemple à suivre. Nous présentons également nos salutations à toutes les dirigeantes de la renaissance féminine et aux étudiantes des universités et des écoles égyptiennes. Nous leur exprimons notre détermination à suivre leur voie. Quant aux filles marocaines, elles participent aujourd'hui, à travers tout le pays, à l'édification de la renaissance marocaine et à la transmission du message du savoir et de la culture à toutes les classes de notre peuple.
Les filles du Maroc ont pris, aujourd'hui, le chemin des innombrables écoles que Sa Majesté, le Roi a créées pour leur offrir une instruction complète. Il s'agit d'une formation moderne où s'allie le maintien de la langue et de la culture arabes à l'apprentissage des langues étrangères. Ces langues qui doivent être autant de moyens susceptibles d'élargir l'horizon de nos connaissances et de nous permettre l'entrée en contact avec les autres cultures.
J'aimerais, à la fin de ce discours, le prononcer à nouveau devant vous, dans deux des langues étrangères que Sa Majesté le Roi a bien voulu inscrire dans le programme des études que nous poursuivons, mes sœurs et moi. Je demanderai aussi aux jeunes Marocaines d'adopter cette idée dans les différentes associations qu'elles créent dans les diverses villes du pays. Toutes ces associations ont réalisé de louables projets, mais aujourd'hui, je remercie spécialement l'Association des femmes de Tétouan pour sa dure lutte et ses efforts réussis. Je dois également leur transmettre la joie de notre Glorieux et Éclairé Roi devant la solide foi et la durable affection exprimées dans un télégramme qu'elles m'ont chargée de Lui remettre.
Notre Sultan, que Dieu le glorifie, attend de toutes les femmes marocaines qu'elles persévèrent dans la voie de l'instruction et de la formation; ce sont elles le baromètre de notre renaissance, le garant de notre ascension et l'élément moteur dans le processus de la réalisation du programme réformateur établi par Sa Majesté le Roi. Ce programme va permettre au Maroc, grâce aux efforts de son Roi, de brûler les étapes et de s'affirmer, sous le règne mohammadien, à la tête des nations arabes à côté du pays frère l'Égypte, comme il le fut sous le règne hassanien. C'est dans ce sens que notre Roi compte restituer à l'université de Qaraouiyine sa célébrité et sa gloire et faire de l'élite intellectuelle marocaine les nouveaux hommes de l'université marocaine.
Aujourd'hui, notre espoir en une réussite rapide est grand. Une telle réussite est, d'ailleurs, à la portée d'une Nation dont le riche est généreux, le réformateur est juste, le penseur fidèle et dont le peuple vivant et enthousiaste est uni derrière son Roi génial et clairvoyant.
Vive le Roi du Maroc, vive la Nation marocaine, vive la renaissance! » 

Omar Abbadi
Vendredi 9 Septembre 2011

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