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Mauritanie : La malédiction du pétrole




Mauritanie : La  malédiction du pétrole
La Semaine nationale du film (Senaf), organisée par la Maison des cinéastes mauritaniens, a pris fin vendredi 30 octobre 2009 avec la proclamation du palmarès des deux principaux concours organisés à cette occasion. Pour la compétition Cinémajuscule, principale section de cette semaine, deux films ont été primés par un jury international où figurait la cinéaste marocaine Farida Belyazid. C’est ainsi que le deuxième prix est allé au moyen métrage 1989 du jeune réalisateur Djibril Diaw. C’est un documentaire poignant sur les événements de l’année 1989 qui donne son titre au film quand des massacres de nature ethnique et raciste ont été perpétrés contre la communauté noire à travers plusieurs villes de la Mauritanie.  Le film revient sur les principaux « lieux » du crime pour donner la parole à des témoins de ces événements dramatiques et à des victimes qui ont réussi à survivre à ce qui relevait d’un début d’épuration ethnique. Le film a suscité une très grande émotion au sein des spectateurs et sa projection a été un véritable test sur la capacité de la société mauritanienne et de son élite politique et artistique à dépasser le traumatisme et à entamer un processus de devoir de mémoire.  Il est heureux de relever que, à l’instar du Maroc, le jeune cinéma mauritanien joue un rôle de pionnier à ce niveau. Et la programmation du film dans le cadre de la Semaine nationale du film permet de dire qu’un  grand pas positif a été franchi. On a parlé à un certain moment  de la censure de certaines scènes du film voire carrément de sa déprogrammation, mais finalement tout s’est bien déroulé et le film a été récompensé et fortement applaudi lors de sa deuxième projection. Certaines de ses séquences où l’on voit une mère raconter sa détresse rappellent des moments du film Nos lieux interdits, le long métrage  de la Marocaine Leila Kilani. Les cinéphiles mauritaniens ont souhaité le voir programmé lors de l’une des prochaines activités de la Maison des cinéastes.
L’autre film primé n’en est pas moins aussi courageux puisqu’il aborde de front la question des jeunes qui « disparaissent » subitement pour apparaître finalement à la Une des journaux à l’occasion d’un attentat terroriste.  Mon ami disparu, court-métrage de 15 mn de Zinealabidine Mohamed Almokhtar, a d’emblée attiré l’attention des observateurs présents à Nouakchott non seulement pour la force de son sujet mais aussi pour la qualité de son organisation technique.
Certes, il est plutôt proche du reportage que d’un vrai documentaire mais la structure de base tient la route. Il donne la parole à des amis du disparu : leur témoignage est très courageux dans un contexte où l’opinion publique mauritanienne est encore traumatisée par l’attentat perpétré par un kamikaze près de l’ambassade de France à Nouakchott. Un acte inouï au sein d’une société bédouine marquée par de grandes traditions de tolérance et d’hospitalité. Le mérite du film est de cerner le sujet à travers un cas concret, celui d’un ami disparu mais en fait qui a décidé de rejoindre les extrémistes religieux. Le film a bénéficié  d’une aide du Centre cinématographique marocain lui permettant d’être transféré sur support argentique. Geste qui a été fort applaudi et apprécié par les cinéastes mauritaniens et l’ensemble des invités de la Senaf.
Ces films primés expriment une tendance générale du jeune cinéma mauritanien : témoigner sur la réalité de la société mauritanienne actuelle. La situation de la femme, les relations ethniques entre noirs et blancs, les phénomènes liés à la migration…Il faut citer dans ce sens un moyen-métrage de 52 mn coproduit avec la France et qui aborde le sujet de la découverte du pétrole en Mauritanie. Il s’agit du film de Thierry Nutchey, Du brut sous les pirogues.  On se rappelle en effet qu’il y a quelques années, beaucoup de bruit avait accompagné la découverte du pétrole au large des côtes mauritaniennes. Le film saisit les différents moments rocambolesques de ce qui allait vite se révéler comme   un nouveau problème pour un Etat mal préparé et souffrant de manque de moyens pour affronter les calculs, le cynisme des grosses compagnies pétrolières et surtout les conséquences d’une nouvelle situation économique et sociale. Les conséquences sur l’environnement en sont l’un des aspects tragiques. Historiquement la Mauritanie a vécu d’une richesse que l’océan livrait avec générosité : le poisson. L’arrivée du pétrole risque de mettre fin à ce trésor. Conséquence sur l’environnement naturel mais aussi sur l’environnement général du pays : dès l’annonce de la découverte du pétrole, la Mauritanie a connu un coup d’Etat. Une ère d’instabilité fut ouverte. Le pétrole : une malédiction ? C’est la conséquence qui se dégage en filigrane de ce film fort qui interpelle bien au-delà de la Mauritanie. 

Nouakchott – Mohammed Bakrim
Mardi 3 Novembre 2009

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