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Maroc : Les raisons d’une évolution stable




Maroc : Les raisons d’une évolution stable
Dans son discours du 9 mars 2011, S.M le Roi Mohammed VI a annoncé au peuple marocain l’ouverture d’un important chantier de réforme constitutionnelle. Cette initiative pourrait être considérée comme l’acte fondateur d’une évolution vers un régime plus respectueux des dRoits politiques et des libertés civiles. Certes, l’annonce a été faite dans la foulée du printemps révolutionnaire arabe ; pour autant le Maroc semble suivre une trajectoire politique beaucoup plus maitrisée et stable que celles de ses voisins. Comment comprendre ce phénomène ?
Si le principal avantage de la démocratie par rapport aux dictatures réside dans sa capacité à pérenniser une alternance pacifique au pouvoir durant une très longue période, les régimes monarchiques se situent généralement dans une position intermédiaire entre les deux autres systèmes. Deux facteurs peuvent expliquer cette situation.
Premièrement, la monarchie crée un environnement politique peu propice à l’émergence des crises liées à la succession au pouvoir. Celle-ci souvent institutionnalisée, jouit d’un large consensus au sein de la société bien avant la fin de règne. Dans ce cas, le parallèle avec les cas tunisien, égyptien et libyen pourrait être intéressant. En effet, les révoltes se sont déclenchées dans ces pays au moment où les régimes en place projetaient des transmissions hasardeuses du pouvoir à l’intérieur des familles présidentielles. Or, au Maroc la transition du pouvoir entre LL.MM le Roi Hassan II et le Roi Mohammed VI a été effectuée d’une manière pacifique car elle n’était nullement contestée au sein de la population et de la classe politique.
Deuxièmement, la longévité des successions au sein d’une même dynastie ou entre plusieurs dynasties finit par revêtir l’institution monarchique d’une légitimité historique. Dans ce contexte, elle serait moins propice à l’émergence d’une prédation institutionnalisée car les Rois s’inscrivent en général dans une lignée dynastique qu’ils veulent pérenniser - et surtout ils ne veulent pas endosser la responsabilité de l’avoir arrêtée.
Contrairement aux régimes égyptien et tunisien qui ont été instaurés respectivement en 1952 et 1956, la monarchie marocaine règne depuis 1200 ans (tRois siècles et demi pour la dynastie régnante actuellement). Outre l’enracinement dans l’histoire, elle jouit également d’une légitimité religieuse puisque le Roi a un statut de Commandeur des croyants. Par le biais de cette double légitimité, l’institution monarchique constitue aux yeux de beaucoup de marocains une garantie de stabilité et de l’unité au sein d’une nation qui n’est pas à l’abri de revendications régionales et identitaires. Dans ce cadre, il n’était pas surprenant de constater que contrairement à leurs homologues égyptiens et tunisiens qui demandaient la chute de leurs régimes, les manifestants marocains, dans l’ensemble, réclamaient plutôt une évolution démocratique au sein du régime monarchique. En cela, ils ont évité l’erreur d’analyse faite par l’aile extrême de la gauche marocaine qui, en s’attaquant durant les années 60 à la nature du régime, s’était éloignée d’une partie du peuple marocain. De même en faisant exiler S.M le Roi Mohammed V, le Protectorat français avait touché au sentiment national et religieux des marocains et avait ainsi déclenché un mouvement de révolte qui allait lui être fatal en précipitant le retour du Roi et l’indépendance du pays.
Outre sa légitimité, la monarchie marocaine a fait preuve d’une capacité d’adaptation et d’ajustement aux aléas nationaux et internationaux meilleure que celle de ses voisins. Ainsi après la chute du mur de Berlin, alors que la Tunisie avait opté pour une répression violente de ses islamistes, que l’Algérie avait choisi une ouverture politique mal préparée qui accouchera d’une guerre civile sanglante, le Maroc de Hassan II avait préféré une voie médiane. Celle d’une ouverture politique maîtrisée qui amènera la gauche à la tête du gouvernement dit de l’alternance en 1998 et intégrera une partie des islamistes dans le jeu politique. L’arrivée de Mohammed VI au pouvoir a suscité un réel élan d’espoir au sein de la population. Ainsi, une amélioration relative a été enregistrée au niveau des infrastructures et de l’emploi des jeunes diplômés notamment dans les grands centres urbains.
En outre, des initiatives importantes ont été entreprises et réussies avec habilité et sans grand heurts notamment pour réformer le code de la famille et pour indemniser les victimes des années de plomb. Dans ces conditions, le Maroc des années 2000 a connu la naissance d’un cadre globalement plus respectueux des libertés individuelles et collectives que ceux que connaissaient l’Egypte et la Tunisie - un cadre qui a probablement permis la canalisation de la contestation et réduit ainsi la frustration généralisée qui dominait durant les années 80.
Toutefois, les attentats du 16 mai 2003 ont donné lieu à un retour d’une politique sécuritaire dure accompagnée de quelques restrictions sur les libertés civiles. De plus, d’autres lacunes persistent et touchent les domaines de la justice jugée peu efficace, l’administration dominée par la corruption et le chômage des jeunes diplômés. Dans ce cadre, la réforme de la justice annoncée dans le discours Royal du 9 mars pourrait constituer une étape préalable à la création d’un environnement institutionnel établissant l’Etat de droit et protégeant les droits de propriété. Une réforme qui pourrait remédier aux problèmes de la corruption et du chômage mais également consolider la stabilité de la trajectoire économique et politique du Maroc.
Certes, il faut attendre le texte de la Constitution pour en évaluer le contenu, mais nous pouvons d’ores et déjà affirmer qu’en optant pour la voie de la réforme, S.M le Roi Mohammed VI a choisi d’accompagner habillement le mouvement démocratique arabe au lieu d’en subir les conséquences. Une décision qui éloignerait fortement le risque révolutionnaire en consolidant les bases de cette évolution politique stable et maitrisée choisie par le Maroc.

* Docteur en économie, chercheur
à la Faculté d’économie appliquée de l’Université Paul Cézanne.

Par Errachid Majidi *
Mardi 29 Mars 2011

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