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Marie Arena, sénatrice et ex-ministre belge : Il faut décomplexer la question de la migration




Marie Arena, sénatrice et ex-ministre belge : Il faut décomplexer  la question de la migration
 
Fervente défenseur des droits de la femme, Marie Arena est actuellement sénatrice et première vice-présidente de la Commission des Relations extérieures et de la Défense au Sénat belge. C’est à ce titre qu’elle travaille sur la question de la coopération au développement et des relations internationales. Mais également sur des questions de partenariat dans le pourtour méditerranéen.
Membre du Parti socialiste belge (PS), Marie Arena a été plusieurs fois ministres dans plusieurs gouvernements socialistes. Elle a notamment été ministre de l’Emploi et de la Formation du gouvernement wallon de 2000 à 2003 et ministre de l’Intégration sociale, des Pensions et des Grandes villes (2008-2009), entre autres. Avant d’être élue un an plus tard sénatrice.
D’origine italienne, la sénatrice belge est depuis le 12 octobre 2010, membre de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe. Conseillère communale (Forest) depuis le 3 décembre 2012, elle a été fait Grand officier de l’Ordre de Léopold le 6 juin 2010. 
 
 
Libé : La Suisse a voté le 9 février par référendum en faveur du rétablissement d’un quota d’immigration avec l’Union européenne. Ce qui met à mal la libre circulation des personnes en Europe qu’elle respecte depuis 2002. Quel commentaire vous inspirent les résultats de ce vote ?
 
Marie Arena : Les référendums posent parfois des pièges dans la mesure où quand on pose des questions simplistes, on a souvent des réponses simplistes. On a demandé aux Suisses de travailler sur la question de l’immigration, mais on ne leur a pas révélé toutes les répercussions que cela aurait par rapport à l’économie suisse, par exemple. Je suis donc très prudente sur la question du référendum en tant que tel.
Par contre, sur la question de l’immigration, je dirais qu’au niveau européen, on a des accords de Schengen qui sont une valeur importante et que l’on doit respecter. Par rapport aux pays  partenaires privilégiés, on doit favoriser la mobilité des personnes. 
Si l’on prend le cas du Maroc par exemple et si on a un partenariat privilégié avec ce pays, on doit prendre en considération aussi la question de mobilité avec ce dernier.
 
Un sondage IFOP publié pas plus tard que samedi 15 courant relève que 6 Français sur 10 sont pour un quota d’immigrés européens. Faut-il y voir une des conséquences du vote suisse ? L’Union européenne doit-elle s’en inquiéter ?
 
Je pense sincèrement qu’on ne pose pas correctement les questions aux citoyens. Si vous posez la question aux citoyens sur le vieillissement de la population en Europe en leur demandant : «Est-ce qu’on aura besoin dans les 20 prochaines années de rajeunir notre population?». Les gens vous répondront par l’affirmative. Alors soit on augmente le taux de natalité en Europe, ce qui est à mon avis difficile, soit on travaille sur l’immigration. Donc, quand on pose une question aux citoyens, on ne doit pas simplifier le modèle, mais l’expliquer dans sa globalité.
La question de la migration a toujours existé. Ce n’est pas parce qu’on est en crise que l’on doit clore le problème de l’émigration en Europe. Il faut en parler, décomplexer la question et dire à quel point cette problématique est importante pour l’Europe.
 
Selon le dernier rapport du Centre belge pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme, les Marocains représentaient au 1er janvier 2013, la principale nationalité non-européenne en Belgique. Il souligne également que la communauté marocaine a baissé de 47% depuis 1992, pour des raisons de « changements de nationalité». Y voyez-vous d’autres explications ?
 
En termes de statistiques, il faut faire la différence entre la question de la migration, c’est-à-dire combien de Marocains qui rentrent en Belgique, et la question de la nationalité, c’est-à-dire combien de personnes la demandent.  
Donc, il y a des gens qui sont sur le territoire depuis plus de 5 ans et qui demandent la nationalité. Dès lors qu’ils ont acquis la nationalité, ils ne sont plus considérés comme Marocains, mais comme Belges. Est-ce que cela veut dire qu’ils ne sont plus sur le territoire ? Je suppose que c’est non. Quand on évoque le nombre de Marocains en diminution en Belgique, cela ne veut pas dire qu’il y en a moins.
La raison est justement qu’ils ont choisi de prendre la nationalité belge. Donc, il faut faire attention aux chiffres, quand il y a une diminution du nombre de Marocains en Belgique. Ce n’est pas parce que la Belgique les a chassés ; au contraire, la Belgique les a acceptés en tant que Belges.
 
A propos de l’intégration,  des discriminations persistent encore à l’égard des populations issues des pays hors-Europe. Qu’en pensez-vous ?
 
Il est vrai qu’en Belgique la première discrimination touche la population d’origine subsaharienne. Ce sont des populations extrêmement qualifiées qui, à diplôme égal, n’arrivent pas à intégrer le marché de l’emploi. En ce qui concerne la migration plus méditerranéenne, il  y aussi des discriminations à l’embauche au niveau de l’administration publique. 
Dans tous les cas, on a mis en place des dispositifs de lutte contre la discrimination à l’emploi et des quotas au sein de l’administration publique. On continue à travailler aussi sur la question des CV anonymes de telle  sorte que personne ne puisse pratiquer des discriminations liées à l’origine.
 
Pour autant, toutes ces initiatives risquent de ne pas résoudre le problème.
 
C’est vrai.  A Bruxelles en particulier, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de discrimination liée à l’origine, mais  que c’est un problème de classe sociale. Les populations issues de l’immigration n’arrivent pas à  sortir d’une classe sociale précarisée et l’éducation, particulièrement à Bruxelles (c’est moins le cas à l’extérieur) ne joue pas son rôle d’émancipation sociale. Ce qui fait qu’on  a des catégories de personnes qui restent calées dans une situation précaire. On a de plus en plus de jeunes issus de l’immigration qui ne réussissent pas à l’école parce que cette dernière échoue à travailler sur des classes sociales plus précaires et en difficulté économique. C’est dire que la Belgique doit travailler davantage au niveau de la mixité sociale et culturelle.
 
Vous êtes au Maroc dans le cadre des 50 ans de la Convention belgo-marocaine du 17 février 1967 sur l’immigration marocaine. Vous avez rencontré à cette occasion plusieurs organisations féminines marocaines. Qu’en est-il des entretiens que vous avez eus avec les responsables de ces structures?
 
Il ressort plusieurs choses par rapport à ces rencontres. D’une part, il y a une société civile de défense des droits de la femme au Maroc qui est très active, professionnelle et riche dans ce qu’elle peut porter au niveau politique. Ce qui est très intéressant. Je pense que s’il y a eu une telle traduction des revendications féminines dans la  Constitution marocaine, c’est parce que des organisations féminines ont fait correctement leur travail. Donc, je les ai félicitées pour le travail qu’elles ont réalisé pour les droits de la femme au Maroc.
D’autre part, on peut aussi dire que le Maroc a fait beaucoup d’avancées en matière de droits des femmes. Il faut toutefois rester attentif au fait que ces avancées ne se limitent pas à une catégorie de femmes, par exemple les femmes plus éduquées. Cela concerne les femmes du milieu rural, celles qui sont moins dans les niveaux d’éducation supérieure, qui doivent bénéficier de ces avancées. Ceci pour dire que tout le travail législatif est encore à faire pour que ces femmes jouissent pleinement de leurs droits. Un travail de sensibilisation et nécessaire parce que si les lois peuvent  changer les choses, les mentalités changent mieux encore celles-ci. Il  y a aussi un travail à réaliser sur l’information du droit des femmes auprès d’elles.
 
A propos de la femme, qu’est-ce qui a évolué ces cinq dernières décennies? Que reste-t-il encore à faire?
 
Je pense que le droit de la femme a beaucoup évolué dans le monde, en Europe et bien entendu au Maroc. Le fait que la femme puisse travailler est un bel exemple de cette évolution. En Europe, par exemple, la femme ne pouvait pas ouvrir un compte en banque avant 1975 sans l’autorisation de son mari. Aujourd’hui, elle peut le faire. Depuis 50 ans, que ce soit en Belgique, en Europe ou au Maroc, j’ose espérer que les droits des femmes ont fortement changé.
Cela dit, quand on parle des droits des femmes, il ne faut jamais s’arrêter parce qu’elles n’ont pas encore accédé à l’égalité totale. Je pense qu’à partir du moment où, nous les femmes, nous représentons plus de 50%  de la population mondiale, il est important de défendre nos droits. Par exemple, j’ai beaucoup travaillé sur les violences intraconjugales. Je pense qu’il n’est pas normal en 2014 que des femmes soient encore victimes de violences. Ce sont vraiment des sujets sur lesquels on doit continuer à militer, à se battre pour que demain on ait plus à devoir accueillir des femmes qui ont été battues par leur mari.
 
La communauté internationale traverse depuis quelques années une situation économique de crise majeure. Peut-on dire que les formations politiques de gauche peuvent contribuer à la sortie de cette crise?
 
Bien sûr, je pense que, plus que jamais, les partis de gauche ont leur place, parce que si on est aujourd’hui en crise, c’est parce qu’on a vécu un libéralisme économique à outrance qui a tout laissé faire engendrant une vraie dérégulation bancaire, ce qui nous a mis dans de beaux draps. 
C’est donc par la régulation que l’on peut faire en sorte que l’économie soit aussi au service des citoyens. Si vous ne régulez pas l’économie, elle détruit l’environnement et la société. Les socialistes doivent se battre pour une économie régulée au service des citoyens, donc la gauche a plus que jamais sa place. 

Repères :
 
2000-2003: ministre de l’Emploi et de la Formation (gouvernement wallon)
2001-2008: Conseillère communale (Binche)
18 mai-6 juin 2003: membre de la Chambre des représentants
12 juillet-14 novembre 2003: ministre de la Fonction publique, de l’Intégration sociale et de la Politique des grandes villes
14 novembre 2003-2004: ministre de la Fonction publique, de l’Intégration sociale, de la Politique des grandes villes et de l’Egalité des chances
2004-2007: ministre de la Formation (gouvernement wallon)
2004-2008: ministre-présidente chargée de l’Enseignement obligatoire et de Promotion sociale (gouvernement de la Communauté française)
10 juin - 29 juin 2007: membre de la Chambre des représentants
2008-2009: ministre de l’Intégration sociale, des Pensions et des Grandes villes
2009-2010: membre de la Chambre des représentants
 

Propos recueillis par Alain Bouithy
Mardi 18 Février 2014

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