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Marchés : la démocratie fait la loi




Scandaleux, ces marchés financiers qui dictent leur loi aux Etats, aux populations et à leurs dirigeants politiques, et vont même jusqu'à imposer la nomination de « technocrates » aux gouvernements…
Cette opinion a beau être en vogue, et le débat sur «marché contre démocratie» faire fureur, l'une et l'autre font un piètre sort aux faits.
Les marchés financiers qui ont, il est vrai, beaucoup de torts, dont celui d'avoir tourné fou depuis pas mal d'années, pèsent dans la crise actuelle par un mode d'action bien précis : ils ne veulent plus prêter de l'argent – en l'occurrence, c'est souvent celui de nos économies – à des emprunteurs surendettés ou à la crédibilité entamée.
Ce faisant, le marché pointe la triste réalité de l'endettement excessif de certains Etats, ou la faiblesse des économies qui ne permettent pas à d'autres Etats de soutenir leur «train de vie ». Sont-ce «les marchés» qui ont imposé aux gouvernements de s'endetter démesurément, de ne pas planifier le financement de la génération du baby-boom ? Sont-ce «les marchés» qui élisent les parlements ou les gouvernements ? Sont-ce «les marchés» qui ont voté des lois dérégulant… les marchés ?
Enfin, pour s'arrêter à la crise des dettes qui fait trembler actuellement l'Europe et l'économie mondiale, ce ne sont pas «les marchés» qui se sont réunis de sommet en sommet pour décider peu, tard, et mal, pour contenir la contagion de la méfiance.
Dernièrement, le Parlement européen a voté une loi importante interdisant la spéculation sur les CDS, ces contrats d'assurance sur les défauts de dettes souveraines. Pareille mesure freinera la spéculation sur la dette des Etats. Qu'est-ce qui empêchait qu'on vote des textes pareils plus tôt ?
A l'inverse : la Commission européenne a présenté le même jour un texte encadrant les agences de notation financière. Mais le texte est moins sévère qu'initialement prévu : les marchés ont peut-être fait du lobbying, mais ce ne sont pas les marchés qui ont fait passer et qui voteront ce texte adouci…
Personne ne menace de supprimer les élections. Et les «technocrates» sont installés aux gouvernements par des parlements élus. En Belgique, où le Parlement attend depuis plus de cinq cent jours de pouvoir investir un gouvernement, on devrait encore moins qu'ailleurs accuser les marchés de voler leur rôle aux politiques et à la démocratie.

 * Rédacteur en chef adjoint du journal belge «Le Soir»

Par JUREK KUCZKIEWICZ
Vendredi 25 Novembre 2011

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