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Mansouri expose à Rabat : Vers les chemins de l’Unique




La Galerie Bab El Kébir  à Rabat abrite du 16  septembre courant au 15 octobre  2009 les œuvres récentes de l’artiste peintre   Sidi Mohammed Mansouri Idrissi dont l’intérêt se porte exclusivement sur l’âme et son devenir ainsi que la signature de son livre «Dits dans l’atelier du peintre».

 L’acte pictural de cet artiste chercheur crée   une ambiance chromatique assez originale. Il exalte  des états d’âme à travers un  jeu spontané des formes et des couleurs  fidélisant ainsi  un sens de la représentation subjective de la réalité objective, ce qui  interpelle une lecture plurielle de l’œuvre et suscite des connotations.  Il s’agit d’un langage visuel qui  obéit à une gestualité bien recherchée et aboutie. Peintre de  l’intuition et de l’émotion, Mansouri ( né en 1962 à Rabat) est  assurément l’un des meilleurs peintres de la nouvelle génération. On lui doit des travaux d’une haute teneur technique  qui allie  la lumière spirituelle à des couleurs captivantes. L’artiste  gère  la polyphonie  tonale de l’œuvre avec audace et vigueur, en donnant libre court à son sens averti de la profondeur et de la composition. Il  maîtrise l’espace  selon une vision multidirectionnelle  et vit  l’acte de création de l’intérieur, comme en révélation momentanée : «Dans les œuvres de Mansouri, ainsi qu’il signe, on est tenté à première vue de parler de réalisations néo-impressionnistes, relativement aux couleurs diaprées, irisées ou diaphanes, à leur flou aérien, à leur musicalité impaire, leur transparence, leurs interpénétrations atténuées, aux tons polymorphes, le tout sous-tendu par un graphisme à la dynamique structurée mais sans trop y paraître. De là à conclure, vite certes, que ce qui est constamment mis en jeu chez Mansouri est la lumière (au sens physique), n’était la dimension introspective que l’artiste tient à donner à celle-ci, partant à ses compositions. La gamme très variée des tons joue énormément dans cet univers où l’acte pictural est par hypothèse « cause mentale », pour reprendre l’expression de Léonard De Vinci.Présence impressionniste s’il en est, nécessitant déchiffrement et dévoilement à la fois, pour en pénétrer et apprécier l’esprit. Travail abordé comme on va vers l’inconnu, avec des escales qui sont autant d’ascensions ; une peinture en escalier, fictionnée à force d’exigence, bâtie lentement, maturée», souligne Abderrahman Benhameza, poète et critique d’art.

L’œuvre de Mansouri étonne et subjugue. Elle se présente comme une lettre ouverte qui procède d’un état d’âme entier bousculant  notre attente pour mieux nous surprendre : formes ascendantes et couleurs illuminées articulent une rhétorique de la sublimation au sens spirituel du terme. L’artiste aime la lumière picturale conditionnée par une inquiétude métaphysique. Sa  peinture  se veut   l’équivalent objectif  d’un espace idéalisé. A travers ses tableaux  extatiques, l’artiste incarne la nostalgie des figures spirituelles qui échappent aux limitations et médiations de la langue et qui atteint d’emblée la transparence énigmatique d’un langage silencieux. Chaque  toile est une création qui ne ressemble à aucune autre.

Entre visible et invisible, le dit et le non-dit, au cœur de cette trajectoire de la couleur, se concentre une pratique  subjective, de plus en plus proche de l’essence d’une interprétation libérée et spontanée. Des derviches soulignent la tension entre la verticalité et l’horizontalité   et occupent le noyau  de la toile dans un silence mystique. Ils appellent au vertige, à la contemplation de l’inconnu. Cette unité visuelle confère à l’œuvre  une dimension onirique et des formats variables avec une grande économie de langage dénotatif. Le regardant peut déchiffrer les éléments de ce nouvel alphabet   dans la puissance évocatrice des traces, saisir la composition comme fragment et  grammaire du silence. Un jeu sur la mémoire des formes, jeu de plein et de vide, jeu de recomposition où chaque parcelle d’espace s’inscrit dans une géographie mentale.

Depuis longtemps, Mansouri développe un sens plastique lié aux impressions fugitives et à la recherche minutieuse de la lumière. Il transcende les espaces et les temps voués à l’effacement et à l’oubli, tout en saisissant  la lumière venant de l’œil qui regardait. Les néophytes entrent  de plain-pied dans les tableaux marqués par les vibrations qui se concentrent et se diffusent: « Mansouri semble aussi faire dans un art virtuel qui deviendrait entièrement ou à moitié de l’abstraction. Des formes figurales (corps humains, volatiles ectoplasmiques) y pointent ici et là. Toutefois, on pourrait toujours se poser la question, à savoir dans quelle tendance s’inscrirait enfin une telle démarche plastique. Sans vraiment répondre, nous pensons : mystique !? Ce que l’on croit voir ne serait-ce pas des soubresauts d’âme ? Subconscience figurée abstraitement voiles, images enrobées d’embruns chromatiques, poésie méditative peinte au gré du hasard, optant tantôt pour la verticalité qui est transcendance, tantôt pour l’horizontalité paysagiste, avec ce que la perspective tant soit peu maîtrisée pourrait insuffler de détails (floraux, animaliers, humains), de motifs signalétiques, le tout devant renseigner sur un désir naturaliste latent, en même temps sur un tempérament lyrique qui sait jongler avec les effusions mais donne plutôt l’impression de dématérialiser. Tout en travaillant, Mansouri se voit aux prises avec une rhétorique de l’image toujours inédite, perçue comme possibilité d’une spiritualité supérieure, à atteindre, où toutes les dénominations, vaines les unes les autres, auraient pour matrice une seule et même énergie créatrice. Au fur et à mesure que l’artiste simplifie son expression (ou croit le faire), il ne fait que complexifier et approfondir des non-dits lesquels  affleurent sans cesse à la surface de la toile : signes, lignes, touches, traits, - esprits d’une écriture de l’inspiration, spontanée et quasi talismanique ; souffles d’une autre vie, dont il ne pourrait pas contrôler la naissance contagieuse, séduit (majdoub) par le déploiement, sous ses yeux, d’un métalangage qui, tout en dépassant son entendement immédiat, serait pourtant l’exacte traduction de sa quête de plénitude. Le résultat devient du fait un lieu de paroles tout à fait circonstancielles. Sur un autre plan de la réflexion, cette pratique d’art est qualifiée ipso facto d’«amoureuse» par les soufis musulmans. D’autres diraient «aimance»…Que Mansouri figure ou abstrait, l’enjeu plastique reste à vrai dire le même. Ce qui vient sous son pinceau a tout simplement nom de «phénomènes», puisqu’il demeure profondément lié à sa création par un double souci, celui le conduisant à la proximité de l’absolu, et celui le conduisant, à travers la densité de son travail, vers une symbolique du néant, laquelle est, selon la tradition mystique arabe, fenêtre sur l’éternité manifestée. Le sentiment de réalité est à ce niveau celui de l’extase, qui donne à ce qui est peint un caractère d’ineffable. Artiste cultivé, Mansouri sait que l’exercice de l’art, comme de la poésie, a quelque chose d’éminemment religieux. En exemple, dans les sociétés primitives, l’image  a tout naturellement un aspect sacré ; elle relie fatalement au passé, aux origines de l’être, mais n’occulte guère le présent qu’elle prend en compte, mémoire oblige. Née de désirs enfouis, Jung y voit un archétype et la range du côté de l’inconscient collectif», noue révèle Abderrahman Benhameza.

Il est à rappeler que Mansouri est vice- secrétaire général  du Syndicat marocain des artistes professionnels, ex-président de la délégation régionale du Syndicat des artistes plasticiens marocains (Rabat -Salé- Zémmour-Zaer), président délégué de l’Académie européenne des arts de Bruxel -Comité Maroc et président fondateur de l'Association «la Pensée plastique» à Rabat.




ABDELLAH CHEIKH
Mardi 15 Septembre 2009

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