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Mansour Sy, ministre sénégalais de la Fonction publique, du Travail et des Relations avec les institutions

“Les caisses de sécurité sociale du Maroc et du Sénégal doivent penser à accorder leurs violons”




Mansour Sy, ministre sénégalais de la Fonction publique, du Travail et des Relations avec les institutions
Il y a 50 ans, le Royaume du Maroc et la République du Sénégal signaient 
une Convention d’établissement dans l’objectif d'assurer à leurs nationaux
 respectifs un statut particulier conforme aux rapports spécifiques qui lient 
ces deux pays frères depuis des lustres. 
Paraphée le 27 mars 1964 à Dakar, cette convention consacra les relations 
diplomatiques établies quatre ans plus tôt (le 15 novembre 1960) et permit 
le brassage des deux peuples. Un exemple de partenariat qui fera date 
dans les annales de la diplomatie et qui sera souvent cité en exemple
 dans de nombreux autres pays.
Pour commémorer le cinquantenaire de la Convention d’établissement 
et discuter de sa capitalisation au profit des deux pays, le Conseil 
de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) a organisé, le 23 février courant, une table ronde en marge du 20ème Salon international de l’édition
 et du livre (SIEl, du 13 au 23) tenu à la Foire de Casablanca. 
Animée par Sidi Mohamed Farssi, directeur de l’Ecole  doctorale 
des télécommunications de l’Université de Dakar, cette rencontre a connu 
la participation d’éminentes personnalités marocaines et sénégalaises. Parmi lesquelles, Mansour Sy, le ministre sénégalais de la Fonction publique, 
du Travail et des Relations avec les institutions. 
Ancien professeur de mathématiques et de sciences naturelles de 1973 à 1982, le responsable sénégalais a occupé d’importantes fonctions tout au long de sa carrière. Il a notamment été coordonnateur des cellules ministérielles pour la préparation et la célébration de l’Année internationale de la jeunesse de 1984 
à 1985 et coordonnateur du Comité scientifique chargé de l’enquête 
pluridisciplinaire sur les besoins et aspirations des jeunes en vue de 
l’élaboration du plan d’action décennal de la jeunesse de 1985 à 1986. Il fut également directeur administratif et financier au secrétariat national de la CONFEGES (Conférence des ministres de la Jeunesse et des Sports des pays ayant le français en partage, regroupant 42 Etats et gouvernements membres). Entretien.


Libé : Le Maroc et le Sénégal célèbrent cette année le cinquantenaire de la Convention d’établissement (1964-2014) entre les deux Etats. Que peut-on retenir de ces 50 ans ? Y a-t-il des choses à faire évoluer dans cet accord ?
 
Mansour Sy: Je voudrais d’abord souligner qu’il est extrêmement important de savoir que deux pays comme le Sénégal et le Maroc sont liés par une convention qui date de cinquante ans. Ce n’est pas rien, c’est même beaucoup en matière des relations internationales. Surtout que celle-ci permet de régler une question aussi importante et actuelle que celle de la migration. 
Nul n’ignore que plusieurs pays sont actuellement confrontés à cette question ; il n’y a qu’à voir comment les pays d’Europe s’activent pour la résoudre. Alors qu’il y a 50 ans, nos deux pays ont pu signer une convention qui permette aux Sénégalais et aux Marocains d’aller travailler dans le pays qu’ils veulent sans qu’ils y aient de problème. C’est extrêmement important. Cela devait servir d’exemple à tous les pays africains et même à l’humanité entière. 
Cette convention est la preuve que tout est possible quand on veut faire avancer les choses. Qu’il suffit juste d’un peu de volonté politique pour mettre en place des mécanismes importants susceptibles de favoriser une libre circulation des personnes et des biens. Ce qui permettrait à chacun d’aller travailler là où il veut. Cette question est vraiment importante pour le Sénégal qui est un pays de grands voyageurs. 
Je voudrais aussi souligner la bonne entente entre le Sénégal et le Maroc et saluer des relations très solides, qui remontent à bien des années. 
Je pense que le fait que les Marocains s’installent librement au Sénégal et que les Sénégalais fassent autant au Maroc est tout simplement à l’image des relations entre nos deux pays.
50 ans, c’est important. Mais chaque fois qu’on a une convention qui dure autant, il faut savoir en faire un bilan afin de l’améliorer. Cet accord demeure un bel exemple pour tous les autres pays, mais on doit pouvoir l’améliorer au niveau notamment des problèmes annexes liés à cette liberté d’établissement dans nos deux pays. Et voir ce qu’il y a à faire évoluer.
 
Justement, que faut-il concrètement faire pour l’améliorer?
 
Prenons le cas des travailleurs qui cotisent pour la sécurité sociale au Maroc ou au Sénégal. Il n’existe aucune convention d’accord entre les caisses de sécurité sociale des deux pays qui permette aux Marocains cotisant au Sénégal de pouvoir en bénéficier au Maroc. Et vice-versa pour les Sénégalais qui cotisent au Maroc de pouvoir en bénéficier au Sénégal.
C’est vers de telles questions qu’il faut aller. Vers des réformes profondes de telle sorte que les travailleurs migrants puissent faire valoir leurs droits en matière de sécurité sociale.
 
Des initiatives ont-elles été prises de part et d’autre en vue de régler cette importante question ?
 
Nous avons commencé depuis l’année dernière à échanger sur la faisabilité d’une telle convention. Je peux dire que chacune des parties prenantes est en train d’y réfléchir. Cela prend du temps parce que les questions relatives à la protection sociale sont extrêmement importantes et complexes. Il faut échanger, revoir certains points afin de trouver la meilleure manière de traiter cette question. De telle sorte que nous soyons toujours à l’avant-garde.
Quoi qu’elles exigent, ces questions constituent une priorité pour nos deux pays. Je pense que l’élargir et faire en sorte que les travailleurs puissent en bénéficier à la fin de leur carrière serait une excellente réalisation. On va donc essayer d’avancer. 

Le 20ème Salon international de l’édition et du livre de Casablanca (SIEL) a mis à l’honneur l’Afrique à travers les pays de la CEDAO. Quel commentaire vous inspire cet hommage ?

L’Afrique est actuellement au centre du monde sur plusieurs questions. Tout le monde a compris que  les prochaines années seront consacrées au continent. Il sera au centre des décisions importantes que prendra le monde sur bien de sujets, quels que soient les problèmes sur lesquels on est en train de travailler. Ce n’est donc que justice si aujourd’hui la CEDAO est à l’honneur. 
Nous évoluons aujourd’hui dans un monde qui exige de développer les synergies et de renforcer de part et d’autre nos acquis. Cela permettra non seulement de montrer et de valoriser un certain nombre d’initiatives, mais aussi de promouvoir les bonnes pratiques en Afrique. Pratiques que nous pourrions étendre à l’ensemble du continent. 
Nous sommes à un moment où chaque continent apporte sa contribution, ce qui permet à l’Afrique de prendre ses repères et de marquer sa place.

De plus en plus d’entreprises marocaines s’installent en Afrique subsaharienne, en particulier au Sénégal. Que pensez-vous de l’expertise marocaine ?
 
La particularité de l’expertise marocaine, c’est sa spécificité. Le Maroc a beaucoup progressé sur plusieurs plans et peut aujourd’hui se réjouir d’avoir acquis des compétences pointues dans de nombreux domaines. Ce qui, naturellement, fait aujourd’hui sa spécificité. Tout comme le Sénégal en a aussi. Je pense qu’à un moment d’échange, chacune des parties prenantes peut se prévaloir de ses compétences.

Le Maroc forme chaque année plusieurs étudiants sénégalais dans le cadre de la coopération internationale. Que pensez-vous de la qualité de l’enseignement dispensé au Maroc? Etes-vous satisfait du niveau des Sénégalais formés dans ce pays?
 
Je pense que vous posez une question qui trouve sa réponse d’elle–même. Tout le monde sait que le Maroc possède des cadres compétents tout comme le Sénégal. Tout le monde sait également qu’aujourd’hui les pays sont jugés en fonction des compétences de leurs ressources humaines. Il se trouve que nos deux pays regorgent d’écoles de qualité qui forment des cadres de qualité. 
Si nous avons pu maintenir ce niveau de relation et développer les échanges entre nos deux pays, c’est parce que nous nous faisons mutuellement confiance. Nous savons que nos cadres sont compétents aussi bien pour le Maroc que pour le Sénégal. 

La coopération entre le Maroc et l’Afrique a connu ces dix dernières années une nette évolution. Elle ne se limite plus qu’aux volets politique et économique. A quoi attribuez-vous cette évolution ? Ce changement de ton qui était un certain temps limité à quelques pays.
 
Je pense que le Maroc est en train de se développer et de grands projets ont vu le jour. Le Sénégal a élaboré un plan « Sénégal émergent » qui donnera lieu à de grands projets. On est dans un monde de confrontation et de concurrence où il faut être offensif. Il est donc important d’encourager chacune des parties à renforcer la concurrence et dégager des stratégies qui leur permettront d’être efficaces et de relever les défis. 
Nous voulons que les Marocains tout comme les Sénégalais gagnent plus. Je pense qu’en développant ce que nous sommes en train de faire et en mettant en œuvre les différents programmes à ce niveau, nous allons y arriver.

Le gouvernement marocain, sur recommandation de SM le Roi Mohammed VI, a lancé récemment une importante campagne de régularisation des sans-papiers résidant au Maroc depuis 5 ans. En tant que responsable politique d’un pays très présent au Royaume, comment avez-vous accueilli cette décision?
 
Je pense qu’il faut saluer cette grande initiative de SM le Roi Mohammed VI qui montre qu’il est mû d’une grande générosité et qu’il a un sens élevé de ce qu’est vraiment l’Afrique. 
La régularisation voulue par SM le Roi est un acte extrêmement important surtout pour les Africains installés au Maroc depuis de très longues années et dont certains ont même fondé des familles ici. On ne peut donc que saluer cette importante initiative.

Pensez-vous que de telle initiative contribue à renforcer l’estime dont bénéficie déjà le Royaume sur le continent et plus précisément au Sénégal?
 
Le fait d’avoir pris cette décision montre que le Maroc considère ses voisins et particulièrement le Sénégal comme un pays frère. Dans une maison, il n’y a jamais de problème entre frères parce que chacun sait qu’elle leur appartient. Le Maroc, c’est la terre des Sénégalais, le Sénégal, c’est la terre des Marocains et cela dure depuis des siècles. Cette relation a été consolidée par nos cultures et renforcée par des conventions ainsi que par divers programmes élaborés au fil des années. C’est dire combien cette nouvelle perspective qui s’offre aux Sénégalais et à l’Afrique en général, est bien accueillie. 
Il faut également souligner que nombre de Sénégalais et de Marocains pensent qu’il n’y a pas de frontières entre nos deux pays. Et que quand bien même nos maisons ne seraient pas grandes, de part et d’autre, notre cœur est tellement gros qu’il y a la place pour tout le monde.

Repères
 
De 1973 à 1982 : Professeur de mathématiques et de sciences naturelles
De 1984 à 1985 : Coordonnateur des cellules ministérielles pour la préparation et la célébration de l’Année internationale de la jeunesse. 
De 1985 à 1986 : Coordonnateur du Comité scientifique chargé de l’enquête pluridisciplinaire sur les besoins et aspirations des jeunes en vue de l’élaboration du plan d’action décennal de la jeunesse. 
De 1988 à 1990 : Chef de la division des actions de développement au ministère de la Jeunesse et des Sports. 
1992 à 1998 : Chef de division du personnel et de la solde de ce même ministère.


Propos recueillis par Alain Bouithy
Mercredi 26 Février 2014

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