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Maltraités pendant leur enfance, des milliers de Suisses demandent réparation




Maltraités pendant leur enfance, des milliers de Suisses demandent réparation

Enfants arrachés à leur famille, femmes stérilisées de force ou cobayes humains pour laboratoires: des milliers de Suisses ont réclamé justice vendredi, dans le cadre d'une initiative populaire, pour les victimes de mesures de coercition en vigueur dans le pays jusqu'au début des années 1980.
"J'avais 18 ans et je venais de tomber enceinte quand +ça+ s'est passé". 42 ans plus tard, Bernadette Gächter ne peut contenir ses larmes en racontant son histoire: sous la pression de sa famille d'accueil et de la clinique de Wil (est), elle a été forcée d'avorter et de subir une stérilisation.
Retirée dès sa petite enfance à ses parents, trop pauvres, par les autorités, cette femme, petite, aux cheveux courts grisonnants, demande réparation pour elle comme pour les milliers d'autres victimes de placements abusifs.
Entre le milieu du XIXe siècle et 1981, des centaines de milliers de personnes, majoritairement des enfants, ont subi des "mesures de coercition à des fins d'assistance" en Suisse: incarcération sans avoir commis d'infraction, internements ou placements hors de leur famille.
Leur faute? Ne pas correspondre "aux anciennes valeurs sociales et morales", estime le professeur de sociologie à l'Université de Berne, Ueli Mäder.
Récupérés par les autorités, ces enfants étaient la plupart du temps placés dans des foyers ou des fermes, contraints de travailler dans les champs ou comme "domestiques". Les abus étaient légion, insiste le professeur Mäder, auteur d'une étude sur le sujet.
Arborant un t-shirt rouge vif portant l'inscription "Wiedergutmachung" (réparation), Charles Probst, 85 ans, veut également que justice soit faite. Né dans une famille pauvre, il est placé dès ses 8 ans par les autorités du canton de Berne dans une ferme à Lyssach où il sera élevé.
"Avant mes 10 ans, j'ai commencé à travailler à la ferme, de 4h du matin jusqu'au coucher du soleil. Je n'allais pas à l'école et j'étais tabassé quotidiennement par ce paysan qui ne me considérait pas de sa famille", raconte-t-il.
Il fait partie des 110.000 signataires de l'initiative populaire "réparation", remise vendredi au gouvernement suisse et qui réclame la création d'un fonds de 500 millions de francs (415 millions d'euros) pour les victimes des mesures de coercition.
Outre ces fonds qui permettraient d'indemniser quelque 20.000 victimes encore en vie, l'initiative réclame une étude indépendante et un débat public sur ce chapitre sombre de l'Histoire suisse.
"Nous voulons qu'une femme stérilisée reçoive une compensation, qu'elle soit riche ou pauvre", déclare à l'AFP Pascal Krauthammer, directeur de la campagne "Initiative sur la réparation".
L'Etat, par la voix de la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga, avait présenté ses excuses l'an dernier mais sans proposer d'indemnisation globale.
Un fonds d'urgence de 7 à 8 millions de francs a certes été débloqué par les cantons et des organisations mais il ne concerne que les personnes âgées vivant dans une situation précaire.
Si de telles pratiques ont perduré jusqu'aux années 1980, c'est en raison "de la faiblesse du lobby des enfants", beaucoup moins puissant que celui des paysans, mais également "de la pauvreté dont les gens se sont longtemps estimés seuls responsables. Les enfants devaient alors expier celle-ci", précise le professeur Mäder. Avec la mécanisation de l'agriculture, la main-d'oeuvre infantile devenait aussi moins nécessaire.
Plusieurs années seront sans doute nécessaires avant que l'initiative ne fasse l'objet d'une votation nationale.
Les politiques, notamment de droite, semblent réticents à s'engager pour des réparations. "La majorité politique ici ne s'occupe pas des laissés-pour-compte et s'intéresse davantage à l'économie et aux riches", s'emporte Maria Bernasconi, conseillère nationale socialiste de Genève.

AFP
Mardi 30 Décembre 2014

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