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Malgré les violences dans le pays : La musique reprend ses droits dans la nouvelle Libye




Tous les soirs, sur la place Tahrir de Benghazi, retentissent les chants patriotiques composés par dizaines pendant l'insurrection. Aujourd'hui le foisonnement continue et beaucoup veulent y voir la renaissance d'une vie culturelle longtemps étouffée en Libye.
Sur cet ancien parking face à la mer, emblématique du soulèvement contre Mouammar Kadhafi dans la ville rebelle de l'Est, un bazar hétéroclite s'installe à la tombée de la nuit: drapeaux, tasses à l'effigie de Omar al-Mokhtar, le héros de la résistance au colonisateur italien, pin's, mais surtout nombre de CD et cassettes exaltant la "Libye libre" ou rendant hommage aux "martyrs".
"Salah Ghaly, s'il vous plaît", demande impatiemment une fillette à un stand.
Ce dernier, un jeune Libyen de Benghazi résidant au Caire, connaît un gros succès avec deux chansons obsédantes, l'une sur Tripoli, l'autre sur Benghazi.
"C'était important pour moi de chanter les deux", dit-il à l'AFP par téléphone. Avec la guerre a en effet surgi la crainte que se creuse l'antagonisme entre la capitale, choyée par l'ancien Guide, et Benghazi, récalcitrante et délaissée.
"Tripoli, capitale de la Libye libre, jamais je n'en accepterai d'autre", chante-t-il, faisant écho aux panneaux installés par les nouvelles autorités à Benghazi et proclamant: "La Libye est une et sa capitale est Tripoli".
"Est et ouest ne nous sépareront plus, à partir d'aujourd'hui nous vivrons comme une seule famille libyenne (...), et plus personne ne viendra nous parler de dictature", poursuit-il, en rendant par ailleurs hommage à "Benghazi la libre" dans son autre chanson.
"Vous ne pouvez même pas vous imaginer à quel point les chansons de Ghaly nous ont remonté le moral", s'écrie Safa Fathi al-Fakhri, une Libyenne de 19 ans.
"Avant, nous ne connaissions que Mouammar, son livre vert, son drapeau vert, il n'y avait rien d'autre. Nous étions un pays ignorant, nous ne connaissions aucun artiste", assure-t-elle.
Les chansons patriotiques ont fleuri dès le début du soulèvement pour galvaniser les foules. De nombreux jeunes Libyens comptent aujourd'hui profiter de leur nouvelle liberté pour enfin s'exprimer à leur aise et en musique, comme "Guys underground", un groupe pop-rock de Benghazi créé en 2008 sans parvenir à prendre son envol avant la révolte.
Sous Kadhafi, impossible d'aborder les sujets qui fâchent comme la politique, affirme à l'AFP Marwene Gargoum, 23 ans, l'un de ses membres.
"Nous essayions de parler de ce qui se passait vraiment en Libye, mais parce qu'on était surveillés, nous en parlions de manière indirecte. Nous n'avions pas les moyens d'enregistrer de CD. Si vous vouliez un sponsor, un studio, il fallait chanter pour Kadhafi", explique-t-il.
"Il est arrivé trois fois qu'on nous coupe l'électricité pendant un concert, ou qu'on nous force à chanter en arabe, et aussi qu'on pirate nos pages sur internet. Quand ils voyaient des gens s'amuser, ils aimaient bien les en empêcher. C'était ça, le régime Kadhafi", dit-il en souriant.
L'une des chansons les plus connues du groupe s'appelle "Nous ne nous rendrons pas, nous vaincrons ou nous mourrons", d'après le célèbre cri de Omar al-Mokhtar. Elle a été composée par l'un de leurs amis, tué quelques jours après l'avoir terminée par une balle perdue à la poitrine.
Avant la chute de Kadhafi, le groupe "avait perdu espoir et pensait à fuir le pays", dit Marwene. Les jeunes gens ont toujours envie de partir mais pour donner une autre image de leur pays.
"On veut se faire connaître aux Etats-Unis et en Europe. On ne veut plus que les gens disent: +Libye égale Al-Qaïda, Libye égale désert, Libye égale chameau+", affirme-t-il.
Alors que le groupe chante sur une scène de fortune à Benghazi, pendant un évènement organisé par une association caritative, Abdel Moneim al-Erwiya, 59 ans, applaudit avec ferveur.
"Avant le 17 février, le peuple était frustré. Aujourd'hui les talents explosent et ce n'est que le début", dit-il en souriant.

AFP
Lundi 12 Septembre 2011

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