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Majid Bekkas et Jean-Pierre Bissot, directeurs artistiques du Jazz au Chellah

“La pierre angulaire du Festival est la rencontre entre musiciens européens et marocains”




Depuis hier et jusqu'au 15 juin 2009, le Festival Jazz
au Chellah souffle sa
quatorzième bougie à Rabat.  Miroir de toutes les facettes du jazz, cette manifestation est devenue au fil des années un rendez-vous
incontournable des
mélomanes marocains mais aussi étrangers.  Ses deux directeurs artistiques Majid Bekkas et Jean-Pierre Bissot nous expliquent les tenants et aboutissants d’un Festival de Jazz pas comme les autres. Entretien.

Libé : Pouvez-vous revenir sur l'historique de ce Festival ?

Majid Bekkas: Le Festival est né en 1996, au lendemain de la Conférence de Barcelone (1995) et en tant qu'initiative de l'Union européenne au Maroc, rassemblant la délégation de la Commission européenne et les ambassades et Instituts culturels de l'Union européenne au Maroc.  Il a commencé dans une salle au Musée des Oudayas et a ensuite grandi pour arriver au pied de la forteresse avant de déménager pour ses 10 ans au site dont il porte le nom. De par sa particularité à associer le jazz dans sa définition la plus large et grâce aussi à la rare capacité d'ouverture des musiques marocaines, le Festival a vu son public évoluer du petit groupe de quelques centaines d'aficionados de jazz à ses débuts vers un public de milliers de personnes, jeunes pour la plupart, qui ont atteint en 2008 plus de 6000 personnes pour la seule scène du Chellah.

Cela fait quatorze ans que ça dure. Quel bilan pourriez-vous tirer de cette aventure Jazz au Chellah?

Jean-Pierre Bissot : N’ayant été que présent en 2000 et 2001, je donnerai seulement des éléments parcellaires et incomplets. Majid pourra en dire plus certainement. Personnellement, je connais quelques projets de rencontres qui ont fait l’objet d’enregistrements discographiques appréciés (le pianiste Charles Loos & les Aissawas, le quintet Määk’Spirit et les Gnaouas, …etc). Mais je peux surtout témoigner du fait que le Festival a acquis, en Europe, une réelle identité. Jazz au Chellah est un Festival connu dans les milieux du jazz en Europe : les artistes savent qu’il existe, à Rabat, un réel espace de diffusion du jazz, avec un vrai public, des productions de grande qualité et des moments de rencontre et de coopération Europe-Maroc. Et je pense que ça doit être la meilleure récompense pour ceux qui ont créé le Festival, comme pour ceux qui lui permettent maintenant de se développer.
Le Festival Jazz au Chellah a permis de faire connaître beaucoup de musiciens de la scène jazzy européenne. Et Il  a aussi permis de faire connaître beaucoup de musiciens marocains en tant que solistes; que ce soit les Marocains qui vivent au Maroc ou à l'étranger. Je peux citer par exemple Rachid Zeroual, Driss El Maloumi, Mehdi Bennani, Oussama Chraïbi et bien d'autres.

On a l’impression que le Festival est un miroir de toutes les facettes du jazz. Vous avez donné une réelle dimension pédagogique au Festival

J.P.B : J’ai effectivement essayé d’écrire, en dix concerts, une histoire actuelle des scènes d’Europe et je suis heureux que vous en perceviez la diversité. Le jazz est l’invention musicale la plus originale du 20ème siècle : elle jette un pont entre les cultures occidentales et africaines, réconcilie les musiques écrites et celles de tradition orale, s’allie aux cultures du monde entier, Elle concerne toutes les générations, les peuples, les pays, … En Europe comme ailleurs, elle s’est donc déclinée de manière multiple, et a toujours emprunté des chemins vers des voies  les plus éclatées.
Pour la dimension pédagogique, c’est une déformation professionnelle personnelle : depuis plus de trente ans, je travaille en Belgique dans une structure musicale portée vers la pédagogie et vers les jeunes (les Jeunesses Musicales) : je crois que l’art souffre plus d’un  manque de connaissance du public que d’une absence de qualité
.
Cette édition se tient en pleine crise financière et économique. Cela n’a-t-il pas une répercussion sur l’activité du Festival surtout au niveau de la programmation artistique?

En tant qu'initiative culturelle de l'Union européenne au Maroc, le Festival de jazz n'est pas soumis à la loi du marché pour la mise en place de son budget. Le budget est défini dans l'allocation de la délégation de la Commission européenne pour les activités culturelles locales. Par ailleurs, étant un évènement institutionnel, il n'est pas soumis pour sa constitution à la logique de sponsoring. Cependant, cette année, pour la première fois et pour marquer les avancées réalisées dans les relations entre le Maroc et l'Union européenne et la mise en place d'une feuille de route pour un statut avancé pour le Maroc, le Festival de Jazz a souhaité renforcer son image d'illustration dE la coopération culturelle entre le Maroc et l'Union européenne en invitant une entité marocaine à s'associer à l'évènement. La Fondation CDG a donc rejoint le Festival en tant que partenaire privé marocain privilégié, en plus des deux partenaires institutionnels de toujours que sont le ministère de la Culture et la wilaya de Rabat-Salé-Zemmour-Zaër.

Le Festival favorise les rencontres entre les jazzmen européens et marocains. Cette démarche figure-t-elle parmi les priorités de cette manifestation?

JPB : Depuis sa création en 1996, le Festival a toujours révélé l’extraordinaire richesse des jazz d’Europe en même temps que son potentiel créatif et expressif lors des nombreuses rencontres      avec les musiciens marocains. Le pari était osé, les résultats sont généralement surprenants, … « Jazz au Chellah » a contribué à la marche en avant d’une écriture culturelle nouvelle. Par ces rencontres originales, il a développé une saine coopération entre artistes autour des valeurs humaines et artistiques. Partant du dialogue des cultures Europe - Maghreb, « le Festival » a mis à profit la liberté du jazz pour anticiper la création d’une culture des dialogues.

MB: La pierre angulaire du Festival reste la rencontre entre musiciens européens et marocains. Ces rencontres sont enregistrées en témoignage de cette magie que donne la musique à deux entités d'origines géographiques différentes de parler un même langage sur scène.
Le Jazz au Chellah est devenu un lieu favorable pour la création et la réalisation des produits musicaux grâce à la richesse favorisée par l'esprit des rencontres.
Quelques rencontres ont même abouti à la réalisation de tournées en Europe ou à des enregistrements. Des exemples à ce propos : Rachid Zeroual et les Pata Masters avec l'album : Pata Maroc; la rencontre Majid Bekkas -Joachim Khün et Ramon Lopez qui a abouti à la réalisation de deux albums "Kalimba en 2007 et "Out of the desert" en 2009. Le maître du Qanoun Saleh Cherqui  a fait une tournée en France suite à sa rencontre avec le chanteur basque Bniat Ahiary et le guitariste Pedro Soler. Cette 14 ème édition verra la naissance d'un produit musical  inédit suite à la rencontre qui va avoir lieu entre Omar Sosa et Maâlem Abdellatif Makhzoumi, car je sais que les deux hommes souhaitent faire un enregistrement après leur rencontre au Chellah! 

Propos recueillis par Ayoub Akil et Alain Bouithy
Vendredi 12 Juin 2009

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