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Mahmoud Darwich (1941-2008) : La langue, la nostalgie

Disparu il y a cinq ans, le poète palestinien déclame une poésie attachante à l’instar de son prédécesseur, Al-Moutanabbi




Mahmoud Darwich (1941-2008) : La langue, la nostalgie
Rarement un poète contemporain n’a fasciné à la fois par la force créatrice de son verbe, la plénitude de sonorités et de métaphores  de ses vers et  les déclamations envoûtantes de ses poèmes. Qu’il célèbre les fulgurances de l’espoir, les lueurs de la mélancolie, la passion amoureuse, les émois de l’exil, l’abécédaire nourricier de la terre ou  la communion de la mort et de la mémoire, Darwich est un parfait magicien de la langue. Ses vers sont faits de grâce et d’intensité, de profondeur et de sensualité. Son œuvre appartient au Livre de la poésie moderne comme celles du chantre des élégies, Rilke, le maître du langage du sacré et du charnel, Paz, ou le pâtre de la terre vaine à cactus, Eliot.
Le poète au cœur immense marie fabuleusement l’évocation nostalgique et l’expression poétique. Depuis les «Feuilles d’olivier» (1964) jusqu’au  «Joueur de dés» (2008), il parsème ses poèmes  de nostalgie du pain pétri de la main bénie de la mère, des fragrances du soleil,   des vagues, des arbres, du vol orgueilleux du chardonneret, des odeurs des villes et des instants de plaisir, de la palpitation originaire de l’enfance ou les multiples commencements qui laissent des stigmates vivants sur le cœur et le corps.
Pour Darwich, la nostalgie est, comme la douleur chez Baudelaire, maîtresse des maîtresses : elle est l’antidote de l’oubli,  le bonheur annoncé du futur, la présence empreinte de l’absence et le languissement de l’inaccompli.
Le poème est dans ce contexte un exercice de fécondation des sèves ancestrales des odes anté-islmatiques, du Diwan de Damas ou de Bagdad et des fleurs de la poésie soufie. Il entrelace les lettres et interpelle les mots  au sein d’images et de rimes où se déploient des variations sur la majesté de la grammaire, les pronoms personnels et  des cadences inédites où sont parfois hôtes l’amour et l’auto-méditation sur le poème :
«Chaque fois qu’une femme chemine au soir vers son secret,/elle rencontre un poète déambulant dans ses obsessions/ chaque fois qu’un poète immerge dans ses rêves,/il trouve une femme se dénudant dans son poème».
«Je suis ma langue». Voilà une ellipse qui dit à merveille la vocation du poète : celui-ci naît et vit dans la langue et meurt en la perdant. Son nom s’égrène comme un chapelet de sons et de sentiments incrustés dans les lettres de l’être :
«Le mîm du fou d’amour, de l’orphelin, de qui accomplit le passé/
Le hâ’ du jardin, de l’aimée, des deux perplexités et des deux peines/
Le mîm de l’aventurier, du malade du désir, de l’exilé apprêté et préparé à sa mort annoncée,/Le waw de l’adieu, de la rose médiane, de l’allégeance à la naissance où qu’elle advienne, de la promesse des père et mère,/Le dal du guide, du chemin, de la larme d’une demeure effondrée et d’un moineau qui me cajole et m’ensanglante».
Le joueur de dés qui clame dans son autoportrait : «Je suis comme vous ou un peu moins», est un sommet de la poésie arabe à l’instar d’Al-Moutanabbi, illustre maître de l’autopanégyrique, dont il a hérité le  souffle proverbial, la méditation par les vers sur la grammaire et le désir impérieux d’être dans la langue.

+ Ancien des écoles primaire et
secondaire publiques du Maroc.

Par Rédouane Taouil *
Samedi 7 Septembre 2013

Lu 1277 fois


1.Posté par Chérif BOUDELAL le 07/09/2013 22:29
Bel hommage du narrateur à Mahmoud Darwich, ce monument de la poésie arabe.
Un éloge bien mérité si le narré n’avait pas trahi son patrimoine culturel et sa Palestine natale, en allant mourir chez ses ennemis.
On aurait aimé le voir mourir digne dans un camp de réfugiés palestiniens, parmi les siens, que de mourir dans une clinique de luxe aux USA, lesquelles constituent l’État par excellence après l’État de l’apartheid israélien qui a asservi son peuple.

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