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Mahjoub Salek: Tant qu’Alger s’obstine à bloquer toute solution au Sahara, la sous-région servira de terreau au terrorisme.

La situation dans les camps de Tindouf peut exploser à tout moment et personne ne peut en prévoir l’issue




Mahjoub Salek: Tant qu’Alger s’obstine à bloquer toute solution au Sahara, la sous-région servira de terreau au terrorisme.
Libé : Quelles sont les raisons invoquées par le Polisario pour vous jeter en prison et vous y maintenir durant de longs mois ?

Mohamed Salek : Dans les camps, vous n’avez pas le droit de demander la raison de votre incarcération.  La direction n’a pas à justifier le kidnapping ou l’arrestation d’un militant. On vous arrête parce que la direction l’a décidé. Toujours est-il que j’avais été arrêté pour que la question de savoir qui était derrière la mort d’El-Wali ne soit pas évoquée lors du congrès qui était imminent. Ce que les membres de la commission préparatoire du congrès savaient. On m’emprisonna, donc, pour éviter que cette question ne soit pas posée. Le congrès eut lieu et Abdelaziz a été élu secrétaire général du Polisario.
On me libéra après le congrès et je fus réintégré dans mes fonctions de directeur de la radio, chargé de la propagande au sein du Polisario. Mais au même moment, certains agissements de la nouvelle direction de l’après El Wali et qui étaient, de mon point de vue, inacceptables m’amenèrent à interroger le tout nouveau directeur de la sûreté, Sid’Ahmed Battal qui fut membre de la cellule que je dirigeais en 1972. Je lui ai dit que ces arrestations, ces kidnappings et cette situation d’insécurité créée par lui et ceux qu’il dirigeait, étaient inadmissibles et ne pouvaient mener qu’à la dislocation du front. C’était, semble-t-il, la réaction qu’on attendait pour m’envoyer au cachot où l’on m’oublia pendant neuf ans. J’étais alors convaincu que la direction avait dévié des principes fixés par les fondateurs du Polisario qui se devait d’être un mouvement de libération et non d’emprisonnement et de torture, et à ma libération,  nous décidâmes, avec des compagnons d’annoncer notre opposition à cette direction et de créer le mouvement Khatt Chahid qui agit pour la démocratie, la liberté, le respect des droits de l’Homme, le changement dans les camps et l’alternance au pouvoir.

Qui vous a invité à participer aux travaux du Forum mondial des droits de l’Homme à Marrakech ?

Nous avons adressé une demande de participation aux organisateurs du Forum mondial qui y ont répondu favorablement en nous invitant à y participer. Ce qui nous a permis de venir directement d’Espagne pour prendre part à ce forum qui constitue pour nous un grand événement mondial. Nous sommes également fiers en tant qu’Arabes, Africains et musulmans que ce forum ait été accueilli par un pays arabe, musulman et africain dans les meilleures conditions. Son organisation était parfaite à tous les points de vue, malgré certains boycotts. Nous visions à travers notre participation à rencontrer et à découvrir d’autres gens pour leur présenter notre message qui est celui de défendre les droits de l’Homme pour lesquels nous n’admettons pas le mépris que cela soit de la part du Maroc, de la direction du Polisario ou de l’Algérie. Nous avons accompli notre mission dans les meilleures conditions. Notre message est passé et notre participation était une réussite. 

Du fait de votre contact permanent avec les camps de Tindouf vous êtes informé de la situation qui y prévaut. Quelle évaluation en faites-vous ?

Je vous jure que la situation dans les camps est préoccupante. Il est malheureux que la situation soit déplorable. Il est encore plus malheureux qu’on ne dise pas qu’elle est déplorable. La réalité est amère et nous devons reconnaître cette réalité si nous voulons le changement. L’horizon est inexistant  et sombre. Il y avait auparavant un peu d’espoir. Cet espoir est, aujourd’hui, perdu et l’avenir est incertain. Il y a deux générations de jeunes Sahraouis issus de différentes universités qui vivent dans les camps sans travail, sans salaire et sans avenir. Toutes les issues sont fermées devant eux. 
Face à une direction vieillissante qui ne veut pas se défaire du pouvoir et ne permet pas aux jeunes d’assumer des responsabilités ou d’exprimer leurs souffrances. C’est ce qui fait que la situation soit celle d’une bombe à retardement qui peut exploser à tout moment sans que personne ne puisse en prévoir l’issue. C’est, d’ailleurs, ce que les camps ont vécu les semaines dernières, lorsqu’un énorme soulèvement a embrasé la plupart des camps et s’est poursuivi jusque devant le siège de la direction du Polisario à Rabouni. Si vous visitez les différents sites Internet, vous y découvrez la violence avec laquelle ces rassemblements ont été dispersés et les tortures qui ont suivi : bouches édentées, yeux crevés du fait de l’intervention barbare de la milice à la solde de cette direction. L’image s’est donc assombrie et la révolution a perdu de sa sacralité et de sa pureté. Les défenseurs du peuple sont devenus un outil de répression défendant une autorité vieillissante dont la milice fait tout pour que son chef, Mohamed Abdelaziz, puisse se maintenir au pouvoir, même s’il est considéré comme le plus ancien président en exercice du monde. Cette situation est celle qui menace le Polisario de paralysie. Une révolution ayant vécu 40 ans, sans adjonction de sang frais est plus proche de la paralysie que d’une vie naturelle. 

Dans ce cas, quelle est la solution, selon vous ?

Je vous assure que cette situation est déplorable. Après 40 ans, une solution rapide est nécessaire. Si ce n’est pour une volonté politique, au moins que cela soit pour une cause humanitaire qui permette de rassembler les familles disloquées depuis plus de 40 ans. Des générations qui se sont succédé à l’Hamada, en territoire algérien, sans connaître la mère patrie. Vivant dans un univers coupé du monde. C’est ma foi, une situation qui demande solution qui ne peut être trouvée que si les Algériens s’assoient à une table avec la volonté de mettre un terme à ce problème.

D’aucuns disent que la sous-région du Maghreb  et du  Sahel saharien ne peut jouir de stabilité ni de paix avec l’existence du Polisario. Quel commentaire vous inspirent ces dires ?

En fait, les habitants des camps constituent une population armée. Toutes les femmes savent se servir des armes à feu. Tous les jeunes maîtrisent l’usage de toutes sortes d’armes, du pistolet au missile, en passant par la mitraillette légère, la mi-lourd, et la lourde, le canon voire les lance-missiles. C’est donc une population aguerrie et entraînée que nous avons là-bas et qui est instable. Aussi, cette situation ne peut que favoriser l’instabilité dans la sous-région et dynamiser les opérations de trafic, de contrebande, de guerre et d’appartenance aux groupes armés comme le Mujoa, le front de libération de l’Azaouad ou la nébuleuse Aqmi. Car cette jeunesse entraînée et armée et devant laquelle toutes les issues sont fermées, est préparée pour adhérer aux groupes terroristes. Cela a, d’ailleurs, été remarqué. Car la plupart des cadres de ces mouvements actifs dans le sud algérien sont d’ex-combattants dans les rangs des forces du Polisario. Le problème essentiel est que tant que le problème du Sahara demeure  dans ses dimensions politiques et que les armes soient à la portée de tout le monde, la sous-région demeurera un terreau de terrorisme et une poudrière appelée à exploser à tout moment.  

Mahjoub Salek: Tant qu’Alger s’obstine à bloquer toute solution au Sahara, la sous-région servira de terreau au terrorisme.
Bio succincte 
 
Mahjoub Salek est le sobriquet qu’il s’est choisi. De son vrai nom, il s’appelle Daoud Salek Ould Mohamed Ould Ayad Ould El Mehdi, natif de Hagouniya, près de Laâyoune, en 1958 et il appartient à la tribu des Chorafas Tobalt.
Son père était membre de l’Armée marocaine de libération. C’est pour cela qu’il a résidé avec les autres membres de sa famille à Tan Tan où il a effectué ses études coraniques et primaires avant de se rendre à Agadir où il a fait ses études secondaires.
Le fondateur du Polisario, Mostapha Sayed El Wali qui est, lui aussi, originaire de Tan Tan l’a convaincu de rejoindre les camps de Tindouf, ce qui ne fut pas difficile étant donné sa jeunesse. Fusil à l’épaule, il a ainsi guerroyé  pour bouter le colon espagnol hors du Sahara. En 1973, il a pris part au premier congrès du Polisario à Zouerate, dans le nord de Mauritanie où il a été nommé membre du bureau politique et commissaire politique au nord.
Par la suite, il a rejoint l’Algérie pour diriger, en compagnie de Mohamed Abdelaziz, le premier contingent ayant reçu une formation militaire et qui allait constituer le noyau de ce qui deviendra l’Armée du Polisario. L’Algérie ayant offert une radio aux séparatistes, il a été choisi pour la diriger, ou plutôt, comme il l’a affirmé lui-même, «diriger ce qui allait être connu sous la désignation de médias de propagande du Polisario».
El Ouali Mostapha Sayed ayant été tué par balles le 9 juin 1976, lors d’un raid des milices du Polisario en Mauritanie, Mahjoub Salek a été jeté en prison pour n’en sortir qu’après la désignation de Mohamed Abdelaziz à la tête du mouvement séparatiste.
Il y retournera par la suite pour y croupir neuf années durant. 
A sa libération, il a décidé, avec certains de ses compagnons, de rendre publique son  opposition à la direction du Polisario et de créer le mouvement Khatt Chahid qui agit pour la démocratie, la liberté, le respect des droits de l’Homme, le changement dans les camps et l’alternance au pouvoir.
A.E.K

Entretien réalisé par Ahmadou El-Katab
Lundi 8 Décembre 2014

Lu 1828 fois


1.Posté par Ed Talby le 08/12/2014 03:05
La question du Sahara occidental ne peut être résolue que par une économie marocaine bien stimulée. Le Roi Mohamed VI a pris des très bonnes initiatives les deux dernières années sur la scène mondiale pour améliorer l'économie marocaine.

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