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“Louafa doit partir”

Sous la Coupole, le ministre de la Gouvernance commet l’irréparable et l’USFP demande l’adoption de règles éthiques dans les relations gouvernement/Parlement




“Louafa doit partir”
 
«Ce qui s’est passé à la Chambre des représentants mardi 20 mai  ne fait que traduire les méthodes du gouvernement Benkirane avec l’institution législative. Le chef du gouvernement est d’ailleurs le premier à donner le mauvais exemple avec les propos irresponsables qu’il tient devant le Parlement. Ses ministres et sa majorité ne peuvent être qu’à son image!».  Ce mercredi matin, Driss Lachguar, le Premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, a du mal à cacher sa consternation. La veille, la traditionnelle séance des questions orales à la Chambre des représentants s’est transformée en champ de bataille.  Interpellé sur la question du pouvoir d’achat et du SMIG par les députés de l’Istiqlal et de l’UC, Mohamed Louafa, le ministre de la Gouvernance et des Affaires générales s’en est violemment pris aux élus de la nation poseurs de questions. Le ton méprisant et dédaigneux, prétendant parler au nom du peuple, l’ex-Istiqlalien qui a refusé de démissionner du gouvernement lorsque sa famille politique a claqué la porte de la coalition gouvernementale, a distribué les mauvais points tous azimuts. «Veux-tu des cours d’économie?», lance-t-il à  l’Istiqlalien Abdallah Bekkali. Louafa ne s’arrête pas en si bon chemin. C’est au tour du député UC, M.  Radi, d’essuyer ses tirs. « Toi qui t’inquiètes du pouvoir d’achat des gens qui perçoivent le SMIG, tu n’as qu’à partager avec eux la fortune de ta famille », lui signifie-t-il reprenant à son compte le fiel du député islamiste Aftati  qui prétendait interdire le droit à la parole au député de l’Union constitutionnelle parce que né «avec une cuillère en or dans la bouche».  
 
Quand la majorité veut contrôler l’opposition
Il était dit que  ce jour-là Mohamed Louafa, l’ex-Balance, allait franchir tout à la fois le Rubicon et le mur du son. Un député de l’opposition lui rappelle qu’un ministre est censé répondre aux questions d’une séance constitutionnelle avec sérieux et responsabilité. «Le Parlement n’est pas une halqa de Jamaa El Fna!» s’écrie le parlementaire.  Mohamed Louafa se lève et se tourne vers le député en question pour l’insulter. «Vas te faire f… », crie-t-il en darija. L’irréparable est commis. De mémoire de parlementaire, jamais de tels propos de caniveau n’avaient été proférés sous la Coupole.
«Entre insultes, accusations et violence verbale, la majorité gouvernementale a donné, une fois de plus, la preuve de la dégradation des moeurs politiques et de la décrédibilisation de l’institution législative. Ministres et députés de la majorité ont inversé les rôles et interprètent à leur manière la Constitution. Ce sont eux qui prétendent vouloir contrôler l’opposition en tentant de la  faire  taire », commente le député socialiste de Bejaad, Habib El Malki. 
Deux suspensions de séances et réunions de la conférence des présidents plus tard, Louafa refuse toujours de présenter des excuses en bonne et due forme même si majorité et opposition ont condamné d’une même voix les propos de ce ministre incontrôlable  et dont Benkirane loue « les formidables compétences ».
« Si ce que j’ai dit a pu offenser quelqu’un, je le retire », lâche-t-il du bout des lèvres et dans un ultime mépris à l’ensemble des élus de la Nation. « En fait, et à défaut d’excuses,  il avait l’air de dire qu’il  nous méprisait nous tous », s’indigne la députée PAM Fatiha Layadi.  Un mépris qui a poussé, mardi après-midi, les députés de l’opposition à boycotter la commission parlementaire à laquelle participait  Mohamed Louafa. «Comment travailler avec un ministre qui insulte les députés dans un langage puisé dans le caniveau et qui de plus refuse de s’excuser? Impossible d’en rester là. Louafa doit partir», renchérit l’Istiqlalien Abdallah Bekkali.
 
Un gouvernement qui ne respecte pas le Parlement
Depuis les travées de l’opposition, les parlementaires sont unanimes pour dénoncer l’indigence des relations gouvernement/ Parlement. «Le niveau est au ras des pâquerettes», «L’institution législative n’est pas respectée», «La Constitution de 2011 est tous les jours bafouée ». Les commentaires fusent et disent tout le malaise de l’Hémicycle.   C’est l’une des principales raisons qui a poussé le Groupe parlementaire socialiste de la Chambre des représentants à demander une réunion d’urgence entre le président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi Alami et le chef du gouvernement pour instaurer une déontologie dans les relations gouvernement/Parlement et une éthique du comportement des ministres sous la Coupole.  «Inversons la situation et  imaginons un instant  que les députés conviés à une réunion officielle à la Primature se comportent de la sorte avec le chef du gouvernement. Ce serait purement et simplement un scandale sans précédent!», conclut le leader Driss Lachguar 


Narjis Rerhaye
Jeudi 22 Mai 2014

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