Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Looking for Eric de Ken Loach : Le postier et la star du football




Looking for Eric de Ken Loach : Le postier et la star du football
Ken Loach est un habitué de la Croisette : en 2006, son film « Le vent se lève » décroche la palme d’or. Cette année, il revient à Cannes avec « Looking for Eric » qui met en scène l’une des stars atypiques du football, Eric Cantona, le footballeur français le plus populaire in England. Populaire est un euphémisme, c’est une véritable icône ayant évolué dans un club mythique, Manchester United, incarnation de la dimension symbolique et sociologique du football dans les sociétés industrielles. C’est cette image que récupère Ken Loach pour l’ancrer dans ce qui fait le paradigme incontournable de son cinéma : témoigner de la fracture sociale fruit du libéralisme à outrance, illustrée par le capitalisme financier des années 80 et dont la figure politique emblématique est Margaret Thatcher. Tout un pan de la filmographie « Kenloachienne » peut être lu et perçu comme une mise à plat du thatchérisme. Aujourd’hui encore, parlant de son nouveau film, Ken Loach dit : «Dommage que la dame de fer ne joue pas au football, elle aurait compris que l’individualisme mène à l’impasse…si tout le monde pratiquait le football, on aurait évité le marasme actuel ».
En fait tout son cinéma est porté par une approche dialectique entre démarche artistique et contenu dramatique : s’inspirer de thèmes sociaux forts, généralement contemporains (la condition ouvrière, les immigrés…) avec des retours sur des épisodes récents de l’histoire moderne : la guerre civile en Espagne, le sandinisme…pour les inscrire dans un cinéma ouvert sur le grand public. Une approche didactique en somme qui trouve dans « Looking for Eric » une traduction éloquente ; séduisante, émouvante, agréable sans outre mesure. C’est un film aux effets toniques qui ne visent pas à bouleverser le cinéma mais à dire un certain message au spectateur d’aujourd’hui cerné par un désarroi global. Il se trouve que ce message est la résultante d’une rencontre avec une star d’un domaine, le football, qui brasse à l’instar du cinéma, une certaine logique de spectacle et d’engagement social. A l’origine, le film est né d’une volonté du footballeur. Ken Loach a tout de suite adhéré au projet qui lui permet de mettre en scène des éléments dramatiques et filmiques qui lui sont familiers : la banlieue de Manchester, des employés de la poste et une figure centrale aux dimensions mythiques avérées. Le film prend d’ailleurs des allures de fantastique. Le personnage principal est Eric Bishop, postier, traversant une mauvaise période sentimentale, familiale et sociale. C’est un grand fan de l’équipe MU. Ce qui lui permet de survivre et de résister, c’est le magnifique réseau d’amis, collègues du travail et supporters du même club que lui. C’est l’ancrage sociologique que décrit si bien Loach. Un soir, vraiment dépassé par les événements, il se retrouve seul dans sa chambre. Seul, pas tout à fait, puisqu’un immense poster de son idole Cantona occupe le mur de  sa chambre. Désabusé, il lève la tête, et s’adresse à lui : «Que feras-tu, toi roi des stades si tu étais à ma place ? ». C’est là que le film laisse de côté le réalisme social pour nous faire entrer dans le conte de fées puisque Cantona « sort » du poster et vient échanger des mots avec le postier qui n’en revient pas. Il devient vite son conseiller, son confident et en termes de forces dramatiques, son adjuvent qui l’aide à  reprendre goût à la vie, à redresser la situation…au prix de bouleversements qui frisent le drame suprême (voir l’épisode de l’arrivée de la police à la maison).
Cantona dans le film est moins bon que sur un stade ; comme personnage, il est drôle, il assène des vérités à coup d’adages, de proverbes et de citations (le pardon est la plus noble des vengeances !) mais il y a des moments d’échange qui ne manquent pas de profondeurs notamment quand il discute avec son fan de sa meilleure action ; celui-ci lui cite des buts aussi fabuleux l’un que l’autre (que nous revoyons avec plaisir, par ailleurs !) marqués lors des différentes compétitions menées par le Manchester. Cantona lui dit non et cite alors comme sa meilleure action réalisée dans un match, une passe donnée à un collègue pour marquer un but !  C’est beau et c’est une façon de nous rappeler que nous sommes dans un film de Ken Loach.

Mohammed Bakrim (Cannes)
Jeudi 28 Mai 2009

Lu 315 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs