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Les taux désespérés et désespérants du gouvernement Benkirane

Au lieu d’aller à l’essentiel, l’Exécutif s’escrime à vouloir minimiser la portée d’une grève réussie




Finalement, le gouvernement a choisi de ne pas déroger à ses habitudes. A l’instar de la position qu’il avait prise concernant la grève de septembre dernier dont il avait estimé le taux de participation à 12% alors que les syndicalistes l’avaient évalué à 80%, il vient d’en faire de même à propos de la grève nationale générale du 24 février. Avec, néanmoins, quelques incohérences qui trahissent l’intransigeance de sa politique antisociale.
Alors que tout le monde a constaté de visu, mercredi dernier,  que toutes les activités et la quasi-totalité des secteurs ont été paralysés par cette grève à laquelle avaient appelé les syndicats les plus représentatifs du Royaume, il ne semble avoir réalisé ni l’ampleur de celle-ci, ni pris acte de sa réussite indéniable. «Le taux provisoire de participation à la grève générale, observée mercredi à l'appel de quatre centrales syndicales et du Syndicat national de l'enseignement supérieur, a été de 39% dans le secteur public et 4,8% dans le privé», a indiqué le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi.
Dans un communiqué lu lors d'un point de presse à l'issue de la réunion du  Conseil du gouvernement, il a indiqué que la grève s'est déroulée dans «des conditions normales» et que les services publics ont fonctionné de  «manière normale». Quand bien même on ferait l’effort de croire à la version du gouvernement, celui-ci doit pourtant se poser la véritable question qui fâche : pourquoi y a-t-il eu grève ? Et pourquoi «les 38%» ou encore «les 4%» y ont-il souscrit?
De fait, les questions qu’il ne devrait pas non plus manquer de se poser sont d’une simplicité effarante : quels sont les secteurs stratégiques qu’elle a paralysés ? et quel est son coût financier réel ? S’agissant de deniers publics, ne devrait-il pas les gérer en bon père de famille et, partant, veiller, à éviter que notre économie qui sombre visiblement dans le marasme ne soit pas affectée outre mesure par de quelconques décisions impromptues et dangereuses ? Car quoi qu’il puisse prétendre a posteriori, le gouvernement porte seul la responsabilité directe de ce qui est advenu et toute désinformation ne peut nullement justifier un quelconque échec ou réussite du débrayage.
Puisque, même si on fait peu de cas des chiffres des syndicats estimant le taux de participation à 84,8% dans toutes les villes et régions du Maroc et du fait que tout le monde a pu constater la cessation d’activités partout à travers le Royaume, on ne peut négliger les raisons légitimes de cette grève et qui sont nombreuses. A l’image même du nombre de décisions antisociales que le gouvernement Benkirane ne cesse de prendre et qui portent atteinte tant au pouvoir d’achat des classes laborieuses qu’aux acquis que ces dernières ont arrachés de haute lutte depuis fort longtemps. En effet, le gouvernement doit, avec un minimum de volonté et de conscience professionnelle, veiller à satisfaire des revendications on ne peut plus légitimes. Surtout que cette grève intervient après l’échec de tous les appels lancés par les syndicats les plus représentatifs du pays au gouvernement en vue d’engager des négociations dans le cadre du dialogue social sur l’ensemble des revendications des salariés et des fonctionnaires. Mais tous ces appels ont capoté du fait de l’intransigeance du chef du gouvernement et de sa volonté chevillée au corps de faire cavalier seul, en faisant fi des revendications des partenaires sociaux.
Pour les dirigeants des syndicats les plus représentatifs du Royaume, cette grève est la seule manière qu’adoptent les salariés pour exprimer leur ras-le-bol de la politique antisociale du gouvernement qui, depuis son investiture au début de 2011, a gelé tout dialogue social avec les centrales syndicales. «Le problème ne réside pas dans cette question. Le gouvernement a choisi, depuis les élections du 25 septembre 2011, de pratiquer la politique de la terre brûlée. Il a remis en cause tous les acquis enregistrés. Il a gelé le dialogue social et les accords signés avec les gouvernements précédents, augmenté les impôts et fait entériner les projets de loi concernant le régime de retraite civile sans concertation avec les centrales syndicales», a expliqué Abdelhamid Fatihi dans un entretien publié récemment sur nos colonnes. Et d’ajouter: «Aucun syndicaliste responsable ne saurait accepter le fait accompli ni garder le silence».
Le gouvernement Benkirane n’a pas seulement fait fi du dialogue social, il a même forcé la dose en tentant d’imposer sa propre vision de la réforme des caisses de retraite sans concertation avec les syndicats et sans prendre en compte le travail énorme qui a été accompli par la commission nationale et la commission technique de la réforme des caisses de retraite créées en 2004, ou encore les rapports de certaines institutions constitutionnelles comme le CESE. En plus de cette réforme controversée des caisses de retraite, les syndicats s’insurgent également contre les mesures et les décisions successives du gouvernement Benkirane depuis plus de quatre ans qui n’ont cessé d’éroder le pouvoir d’achat des Marocains et notamment des classes ouvrière et moyenne.
Il faut dire  que ce gouvernement qui excelle dans une politique foncièrement antisociale aspire à l’évidence à avoir une classe ouvrière docile, comme lui-même se trouve être docile, voir obséquieux, vis-à-vis des organismes internationaux, le FMI en tête. Comme d’ailleurs il ne conçoit la télévision que sous le même bout de la lorgnette, à savoir le sien. L’exemple par 2M : lors de sa présentation des chiffres du gouvernement de la participation à la grève générale, le ministre de la Communication a tiré à boulets rouges sur la 2ème chaîne de télévision nationale. Selon lui, cette dernière aurait traité l'information sur la grève d'une manière «non professionnelle, subjective et contraire à la déontologie de la profession». Une accusation dont se défend, à juste titre, la chaîne de Aïn Sebaâ qui assure avoir observé «le plus grand professionnalisme» dans le traitement de l'info en donnant la parole «aussi bien aux syndicats qu'au gouvernement» tout en gardant la neutralité en citant «les chiffres et pourcentages disponibles». «Le plus grand professionnalisme a été observé dans le traitement de l'information concernant la grève générale de 24 heures, son impact et les  réactions, et ce tout au long de la journée», lit-on dans un communiqué de 2M. «Les journaux télévisés successifs mis en ligne peuvent en témoigner. La  parole a été donnée aussi bien aux syndicats qu'au gouvernement. De même, nos  équipes de reportage ont pu assurer la couverture des lieux où la grève a été  observée et ceux où elle ne l'a pas été», conclut ledit communiqué.
Autres pratiques où le gouvernement excelle : la politique du bâton et l’étranglement des libertés publiques. Concomitamment à la sortie médiatique de Khalfi, il a envoyé les forces de l’ordre faire désordre à Casablanca en bastonnant des enseignants stagiaires, selon des sources médiatiques et "sans qu'aucune blessure ni incident ne soient signalés", selon la wilaya de Casablanca-Settat.  Le hic, c’est que ces jeunes que les autorités publiques ont regroupés sous la dénomination de «soi-disant Coordination nationale des stagiaires des centres régionaux des métiers de l'éducation et de la formation»  ne faisaient rien d’autre que demander à ce que l’Exécutif respecte le sacro-saint principe de la non-rétroactivité et qu’il ne leur applique pas ses deux lois scélérates sur la séparation entre la formation et l’emploi et la réduction de moitié des bourses.
De fait, les déclarations des autorités publiques à ce propos laissent perplexes puisqu’elles justifient l’intervention des forces de l’ordre par le fait que les marches de protestation des enseignants stagiaires sont non autorisées en omettant de dire que ce sont elles, et elles seules, qui n’ont pas voulu les autoriser au prétexte de "préserver la sécurité et l'ordre publics et d'éviter le blocage des intérêts des citoyens et l'entrave du trafic et de la circulation". Deux constats s’imposent à ce propos. Le premier participe d’un jugement de valeur puisque la décision prise s’est basée sur un postulat que le fil des évènements a infirmé  depuis fort longtemps. En effet, on n’a jamais vu ces futurs enseignants attenter à l’ordre public. Les réseaux sociaux ont d’ailleurs diffusé moult vidéos prouvant le contraire et attestant de leur stoïcisme face aux gourdins qui s’abattaient sur eux. Le second constat tient d’un effet de style fort malheureux : les intérêts des citoyens sont également ceux de ces enseignants stagiaires. Prétendre le contraire, c’est leur ôter une citoyenneté que leur action prouve amplement.
De fait, l’actuel Exécutif semble ne plus savoir où donner de la tête. Aussi s’essaie-t-il à créer de faux débats comme celui afférent au taux de participation à la grève générale tout en continuant à étrangler les libertés publiques et, notamment la liberté d’expression et celle de manifester pacifiquement.

Mehdi Ouassat
Samedi 27 Février 2016

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