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Les sacs en plastique entre interdiction et tolérance

Malgré la prochaine entrée en vigueur de la loi 77-15, il n’y aura pas de « Zéro Mica » dans le court terme




A la veille de l’entrée en vigueur de la loi 77-15 interdisant la production, la commercialisation et l’usage ainsi que l’importation de sachets en plastique, le tissu associatif s’est mobilisé, début juin, pour organiser une vaste campagne de sensibilisation auprès de l’opinion publique. Une action positive certes, mais qui est venue en retard par rapport à la date fatidique du 1er juillet qui a signé l’opérationnalisation de ce texte de loi.
Près de 120.000 tonnes de sacs en plastique sont rejetées chaque année dans la nature et leurs effets négatifs sur la faune, la flore et l’écologie nationales, ont fini par alerter les politiques.
Ainsi la loi 77-15, publiée au Bulletin Officiel du 14 décembre 2015, est-elle  venue imposer un changement. Mais tout changement ne peut se faire du jour au lendemain, et encore moins celui qui a trait à l’incontournable sachet en plastique. Le changement n’est pas impossible, mais il lui faut un accompagnement de plusieurs mois à cause de la complexité de la situation.                   

Prendre compte
de la dimension sociale

On se rend compte que le pari est énorme lorsqu’on apprend que le Maroc est le deuxième plus gros consommateur au monde avec 26 milliards de sacs en plastique, soit 800 unités par habitant ; après les Etats-Unis qui en consomment 380 milliards par an. Le secteur de la plasturgie génère un chiffre d’affaires moyen de 11,3 milliards de dirhams et emploie 50.000 personnes dans 600 unités de production de diverses tailles, tous secteurs confondus. L’activité du sac en plastique, à elle seule, brasse un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de dirhams au niveau du secteur formel et le chiffre pourrait être multiplié plusieurs fois si l’on intègre le secteur informel. Le changement d’habitudes menace alors des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects, source de revenus de milliers de familles marocaines.
Cependant, certains types de sachets en plastique survivront à l’interdiction, à savoir ceux destinés aux secteurs agricole et industriel ainsi qu’à la collecte des déchets ménagers et médicaux. Les sacs isothermes, de congélation et surgélation seront également épargnés. Toutefois, tous ces sacs devraient obéir à des normes internationales de conformité avec une signalisation d’utilité marquée dessus.

Changer tout en boostant
l’alternative

Voter une loi dans le but d’initier un changement aussi radical est un acte certes responsable mais qui devrait s’accompagner, des mois à l’avance, d’une politique de restructuration du secteur. D’une part pour pouvoir sauver l’environnement de ce fléau qu’est le sachet en plastique et d’autre part pour faire en sorte que le changement s’opère avec un minimum de soucis pour les patrons, les ouvriers, les vendeurs et les consommateurs. Et justement l’alternative dans ce cas réside en premier lieu dans l’utilisation de sachets en papier et aussi en toile. Sauf que leur production actuelle serait insuffisante pour répondre aux besoins du marché. Signalons au passage qu’augmenter la production de papier nécessitera de couper plus d’arbres (un geste pas très ami de l’environnement) sans oublier que le sachet en papier consomme 3% d’eau et 18% d’énergie de plus que le sachet en plastique. Mais ça reste une solution beaucoup moins nocive que le plastique.

Le bon vieux couffin
ou la « gouffa »

L’autre alternative à encourager c’est la « gouffa » qui a fait pendant longtemps partie de nos habitudes et qui a marqué l’enfance de plusieurs générations. Tressée en ficelle ou en doum, elle existe timidement mais elle n’a plus le même aspect ; elle a un design moderne et agréable. La « gouffa » en plastique aussi a changé de look. Elle se décline en plusieurs couleurs, unies ou avec motif, de différentes tailles et elle est toujours aussi robuste, lavable et pratique. C’est pourquoi les campagnes de sensibilisation devraient mettre en avant toutes ses qualités pour lui permettre d’obtenir les faveurs des consommateurs. Les personnes motorisées en auront toujours une dans leurs coffres de voitures, les femmes qui sortent spécialement pour faire leur marché devraient développer le reflexe de la prendre avec elles et même pour les achats imprévus il y a les sacs en plastique dégradable ou en toiles discrètes parce que pliables et ne prennent pas de place dans un sac à main.  

L’importance
de la sensibilisation

Par ailleurs, le tout papier étant impossible à réaliser, et avec la prévalence du secteur informel, la reconversion ne sera pas facile. C’est pourquoi plusieurs mesures contraignantes ont été prises pour accompagner l’application de la loi 77.15 comme des amendes allant de 10.000 DH pour les distributeurs jusqu’à    1 MDH pour les fabricants. Mais il n’y a pas que les sanctions pour faire changer les choses, il y a la sensibilisation qui peut toucher petits et grands à condition que tout le monde s’y mette ; à commencer par les médias et les écoles. Il y a quelques années, aucun Marocain ne pensait à mettre sa ceinture de sécurité en montant dans sa voiture ; aujourd’hui c’est devenu un réflexe spontané. Mais c’est le résultat d’un processus qui a commencé par une campagne visant à sensibiliser les citoyens à la nouvelle mesure à coup de spots publicitaires, journées d'information, distribution de dépliants et rappels des agents de circulation à chaque carrefour. La campagne de sensibilisation en matière de sécurité routière a été entamée bien avant la promulgation du nouveau texte et elle a ainsi accordé deux mois aux automobilistes afin d'équiper leurs voitures d’une ceinture de sécurité pour ceux qui n’en avaient pas et de s’adapter avant de passer aux sanctions.

Tri et recyclage,
des mots familiers ?

En général, les sacs en plastique sont utilisés le temps d’arriver à la maison, mais une fois dans la nature, ils mettent au minimum cent ans pour se désagréger. Leurs particules vont polluer la terre avant d’aller empoisonner les nappes phréatiques. Et pour ce qui est jeté dans la mer, les bouts de plastique causent la disparition de dizaines d’espèces chaque année comme les tortues marines qui les prennent pour des méduses.
Cela provoque le déséquilibre de tout un écosystème. D’où l’importance de sensibiliser les gens et les initier au tri de leurs ordures pour faciliter le recyclage car seul 1% du plastique utilisé au Maroc est recyclé. Sans une politique valable de tri et recyclage, l’opération Zéro Mika, organisée par la Coalition marocaine de justice climatique et qui consiste en une vaste opération de ramassage de plastique dans tout le territoire national du 24 au 26 juin, sera totalement inutile.
Finalement, un temps d’adaptation s’avère nécessaire car l’initiation au tri, le recyclage et la reconversion sont toutes des opérations dont la réussite nécessite un investissement dans le temps, ce qui n’a rien à voir avec les sept mois qui séparent le vote de la loi et son entrée en vigueur.

Aicha Erraji (Stagiaire)
Samedi 18 Juin 2016

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