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Les risques professionnels du personnel de la santé




Les risques professionnels  du personnel de la santé
Suite et fin
Les accidents exposant au sang (AES) :
Selon le Groupe d’Etude sur le Risque d’Exposition au Sang (GERES), on appelle les accidents exposant au sang, tout accident survenant au contact du sang et comportant une effraction cutanée ou une projection sur une peau lésée ou une muqueuse.
Une étude au CHU Ibn Rochd de Casablanca, a comparé le risque d’AES entre les différents services. Ainsi les services de médecine infectieuse, d’hématologie et de néphrologie sont qualifiés de services à haut risque. Les services de cardiologie, de dermatologie et de pneumologie sont qualifiés de services à bas risque.
L’enquête menée au centre hospitalier de Lens entre 1990 et 1995 a pu mettre en évidence une évolution du nombre de déclarations d'AES avec une tendance à l'augmentation pouvant correspondre soit à une augmentation réelle des AES, soit à une augmentation des déclarations due à une plus grande sensibilisation du personnel.
La déclaration des AES, permet à elle seule un suivi sérologique adapté et la reconnaissance d’une séroconversion pour le VIH par exemple, en vue d’une prise  en charge au titre d’un AT. La sous-déclaration de ces accidents reste un problème pour toutes les enquêtes par incidence.
Au Canada, la comparaison des AES déclarés par les soignants par questionnaires anonymes, et les déclarations effectuées pendant le même temps au service de médecine du travail de cinq hôpitaux de Montréal, de novembre 1991 à octobre 1992, cette étude a révélé un taux de sous-déclaration de 60,6% pour les expositions percutanées et de 86,4% pour les expositions cutanéomuqueuses. En France, les travaux de GERES de 1993 rapportent aussi une sous-déclaration des AES. Donc les AES restent fréquents malgré les recommandations et les efforts d’information.
Le risque biologique dans les milieux de soins existe du fait de la diversité des activités, de la manipulation du sang et des produits biologiques qui doivent être considérés comme contaminés quelle que soit leur provenance et en plus des études ont révélé que la moitié des AES sont évitables. Pour cela, il faut insister sur les mesures de précaution universelles de sécurité vis-à-vis de tous les liquides biologiques et la conduite à tenir en cas d’AES.
Le risque physique :
Le risque physique peut être lié aux rayonnements ionisants, aux postures, au mauvais éclairage, au bruit, au milieu hyperbare et aux brûlures thermiques.
Les rayonnements ionisants (RI) :
Les sources les plus dangereuses sont celles des chirurgiens dentistes, lesquels parfois, ne prennent pas les plus élémentaires précautions pour protéger leurs mains. Les chirurgiens orthopédistes, eux aussi, restent notablement exposés, surtout lors des réductions de fractures sous scopie. Pour les autres catégories d'utilisateurs, essentiellement médecins radiologues et manipulateurs radio bénéficiant d’une certaine surveillance (dosifilms), le risque est moindre.
Les pathologies qui peuvent être secondaires à l’exposition aux RI sont des : radiodermites, épithéliomas, hémopathies malignes, néoplasies et cataractes.
La protection contre les RI est régie au Maroc par la loi 005 du 12 octobre 1971, qui fixe les principes généraux de protection contre les dangers pouvant résulter de leur utilisation, mais l’application des dispositions fixées par cette loi n’est pas de règle.
Les postures :
L’importance et la fréquence des tâches réalisées dans des conditions posturales fatigantes et contraignantes, peuvent être des sources de plaintes ou de troubles ostéo-articulaires à type de dorsalgie, de lombalgie ou de sciatique, etc. Les lombalgies du personnel hospitalier sont les plus fréquentes et varient selon les études entre 8,7% et 62,4%. Une étude marocaine a révélé que 10,1% du personnel médical et 30,9% du personnel paramédical se plaignent de douleurs lombaires.
Les TMS se retrouvent aussi avec certains travaux de ménage ou de cuisine.
Devant la fréquence de ces troubles, la formation à la manutention est à conseiller fortement.
L'éclairage :
Il est souvent mauvais (plafonds trop élevés, tubes néons qui clignotent, etc.). Il peut être excessif avec certains microscopes, scialytiques ou négatoscopes. La nature même des locaux est souvent en cause (services enterrés, salles de radiologie, etc.). La fatigue visuelle en est la conséquence.
Certaines contraintes visuelles constituent aussi un risque chez les praticiens qui font des gestes minutieux (microchirurgie, soins dentaires et microscopistes). Elles peuvent entraîner une accommodation permanente et variable, dans un champ opératoire réduit. Elles peuvent être également source de myopie et d’angiopathies.
Le bruit :
Le bruit constitue un risque pour les professionnels et plus particulièrement dans les soins dentaires, mais peut aussi être dû aux cris des enfants ou de douleur, lamentations, altercations dans les services d’urgences, sonnettes, téléphones, bips, etc. Il peut être responsable de fatigue auditive et psychique, des difficultés de concentration et à long terme de présbyacousie.
Le milieu hyperbare :
Il concerne les médecins et infirmiers qui accompagnent parfois les patients dans les caissons soumis à 2 ou 3 atmosphères. Il occasionne dans l'immédiat des douleurs digestives, de rares otites.
Le risque ne serait pas fréquent au Maroc, à cause de la rareté des caissons hyperbares.
Les brûlures thermiques :
Les brûlures thermiques provoquées par la chaleur sont fréquentes surtout chez le personnel de laboratoire (flamme directe ou matériel chauffé).
Les odeurs :
Elles sont souvent puissantes, parfois associées à des souvenirs ou sensations désagréables.
Le risque chimique :
De nombreux agents chimiques sont utilisés à l’hôpital, anesthésiques, produits pour stérilisation, médicaments, agents cytostatiques, etc.
On avait prêté peu d’attention aux effets négatifs possibles de l’exposition professionnelle à ces agents chimiques à l’hôpital. Des études épidémiologiques, de plus en plus rigoureuses, ayant été conduites dans les pays scandinaves puis anglo-saxons, permettent de mieux cerner les risques. Dans certains cas, les résultats sont contradictoires mais, lorsque l’expérimentation animale a mis en évidence la survenue de pathologies graves. Ces pays ont considéré que l’on ne pouvait prendre le risque d’exposer le personnel.
La manipulation de ces substances chimiques peut être la cause d’irritation et d’allergie touchant la peau et les muqueuses respiratoires (anesthésiques, antiseptiques, …). De même, le contact avec les substances caustiques peut provoquer des brûlures chimiques surtout chez le personnel de laboratoire ; ces effets sont de plus en plus dangereux quand il s’agit d’acide fort ou de base.
Certains produits peuvent être responsables d’atteintes beaucoup plus graves. C’est le cas de l’oxyde d’éthylène ou du formol qui sont classés cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Les dermatoses :
Ce sont des affections fréquentes en milieu de soins. Elles touchent deux fois plus de sujets que dans la population générale. Les activités de ménages (mains constamment humides avec des substances irritantes) favorisent les sensibilisations. L'allergie au latex est aussi en pleine expansion.
Les produits les plus souvent responsables sont le formol (40%), les autres désinfectants (36%), alors que les médicaments sont en régression (5%) : les nouvelles présentations évitent les manipulations et préparations et donc l'exposition.
Les fréquents lavages des mains favorisent aussi les dermatoses. Ils sont souvent mal effectués : temps de rinçage insuffisant et séchage par frottement au lieu de tamponnement. Si les conseils donnés par les comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) étaient strictement appliqués, on arriverait dans certains secteurs à 60 lavages par jour (au lieu des 25 à 30 de moyenne actuelle).
On créerait alors deux risques : risque infectieux car après 25 lavages le risque de portage infectieux réaugmente, risque de dermatoses car après 20 lavages, 73% des soignants se plaignent de dermatoses d'irritation. Les services où les plaintes sont les plus fortes : maternité, pédiatrie, les plus faibles gériatries (moins de lavage de mains), chirurgie (port de gants).
Les difficultés psychologiques :
Elles sont d'abord liées au métier lui-même. La rencontre fréquente du handicap, de l'agonie, de la mort, des autopsies (et de leurs risques septiques) peut être difficile à tolérer à certaines étapes de la vie ou dans certains types de service (pédiatrie, gériatrie, cancérologie, hématologie). Par ailleurs, une pensée rationnelle concernant sa propre santé est difficile. L'angoisse en est la plus grande conséquence.
Elles sont aussi liées aux conditions d'exercice. La fatigue est une plainte fréquente. Tout y concourt : le travail posté (troubles du sommeil), les gardes et astreintes (dettes de sommeil), la station debout quasi permanente, les activités irrégulières, hachées en petites séquences par les appels téléphoniques, les soins plus urgents, les demandes des médecins, des malades et des familles.
La charge mentale est donc très forte. Pour les médecins il faut être attentif à l'apparition d'une éventuelle dépression d’épuisement.
Les relations humaines peuvent être difficiles, les agressions par les malades ou leurs familles (elles touchent la moitié des psychiatres, les jeunes, les débutants et les femmes).
Le retentissement est difficilement quantifiable, les indicateurs habituels très contestables séparément sont rarement publiés (alcoolisme, tabagisme, prise de psychotropes, absentéisme, nombre d'arrêts de travail). Notons une particularité : le taux de suicide est supérieur chez les psychiatres et les anesthésistes par rapport au reste des médecins.
Démarche d’évaluation des risques professionnels :
Les étapes essentielles pour réussir :
Préparer l'évaluation des risques :
- En définissant le cadre de l'évaluation des risques préalablement à son déroulement.
- En précisant les objectifs et les moyens.
Identifier les risques :
Classer les risques :.
 Proposer des actions de prévention :                          
Toute mesure de prévention pertinente est discutée. Elle s'appuie sur la compréhension des situations à risques et sur les résultats de l'évaluation des risques.                                                            
Après avis des instances représentatives des salariés, le choix des actions (de la responsabilité du chef d'entreprise) est formalisé.
Les résultats de l'EvRP contribuent à alimenter le plan annuel de prévention, dans lequel les décisions, la hiérarchisation et la programmation des actions (échéancier, budget, ressource responsable de l'application des décisions et du pilotage des actions) ainsi que leur mise en oeuvre sont établies.
Chaque étape peut conduire à mettre en oeuvre des outils différents.
Au cours des étapes d'identification des risques, de classement des risques, et de propositions d'actions, des questions sont posées, notamment sur:
• L’identification des dangers,
• Le nombre de personnes potentiellement exposées,
• Le lieu d'exposition,
• La durée d'exposition,
• Les circonstances d'exposition,
• La compréhension des situations dangereuses.
Evaluation des risques professionnels à l’hôpital :
Pratique de l'évaluation des risques :
- étape de connaissance scientifique et technique :
- étape d'évaluation en situation réelle de travail..
- les acteurs de l'évaluation des risques :
Conclusion et recommandation du SNSP/FDT

En milieu hospitalier, le personnel est exposé à un certain nombre de risques professionnels au cours de son travail. Ces risques sont dominés par les accidents en service, le risque biologique, le risque physique et le stress. Ceci impose la prise de mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé du personnel des établissements, sur la base des principes généraux de prévention.
L'évaluation a priori des risques représente la partie essentielle du processus dynamique de gestion et de prévention des risques qui consiste à identifier, analyser et enfin traiter les risques. Elle constitue un moyen essentiel de préserver la santé et la sécurité des professionnels, sous forme d'un diagnostic en amont, systématique, exhaustif, précis des facteurs de risque auxquels ils peuvent être exposés..
Ensuite, il faut réaliser un classement et une hiérarchisation de ces risques par niveau de priorité en fonction de la gravité et de la probabilité de chaque risque.
Tout en insistant sur l’intérêt de la pluridisciplinarité du groupe de travail  , permettant de sensibiliser les différents acteurs aux risques professionnels.
C’est un préalable à la définition des actions de prévention fondée sur la connaissance des risques auxquels sont exposés les professionnels. Sa finalité est la mise en oeuvre de mesures effectives visant à l’élimination des risques conformément aux principes généraux de prévention. Elle vise donc à accroître la protection de la santé et de la sécurité du personnel ainsi qu’à améliorer les conditions de travail au sein de l’établissement, en contribuant à l’élaboration du programme de prévention des risques professionnels.
Enfin, pour améliorer la prise en charge des risques professionnels en milieu hospitalier certaines actions doivent être entreprises :
- Formaliser l’EvRP à l’hôpital, le risque professionnel devrait faire partie d’une réelle stratégie de formation, d’information et d’éducation pour la santé.
- Sensibiliser et former les différents acteurs en matière de SST par l’élaboration d’un manuel dévaluation et de gestion des risques professionnels,
- Assurer une meilleure coordination entre les différents départements impliqués dans la gestion et la prise en charge des risques et leurs conséquences.
- Réaliser des évaluations régulières des risques professionnels au niveau hospitalier et faire des recherches métrologiques pour certains types de risques, en impliquant les décideurs, les responsables des UST et ceux qui sont exposés aux risques,
- Assurer un suivi médical régulier du personnel en matière de SST,
Sensibiliser et former les professionnels en matière de prévention des risques professionnels,  
Encourager les déclarations des accidents et maladies contractés dans les services en valorisant les indemnisations, pour assurer et améliorer leur  prise en charge.
Redynamiser les UST et impliquer l’UST de chaque délégation et son antenne hospitalière dans la mise en oeuvre de ces différentes actions proposées et dans la prise en charge total des risques.

*Membre du bureau national du SNSP/FDT

Par Driss El Habchi
Vendredi 12 Avril 2013

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