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Les réformes socioéconomiques à l’épreuve des réformes politiques au Maroc : Le bilan d’une transition




Les réformes socioéconomiques à l’épreuve des réformes politiques au Maroc : Le bilan d’une transition
Les élections législatives du 25 novembre 2011 s’inscrivent dans la logique de la transition démocratique marocaine qui semble avoir nettement mûri et dont les acquis ont désormais un impact direct sur le comportement des différents acteurs. Quel bilan faire de cette transition ?
Depuis l’avènement du nouveau règne le 30 juillet 1999, deux scrutins législatifs ont déjà eu lieu, en 2002 et en 2007, trois gouvernements se sont succédé et des réformes socio-économiques et politiques multiples ont été opérées. Or, ces réformes structurelles nécessitent une marge temporelle appréciable en termes de résultats. Et aujourd’hui, au Maroc, l’on peut affirmer que les effets positifs de la transition démocratique se font progressivement sentir, singulièrement au niveau de la vie du citoyen marocain. L’une des meilleures épreuves a été sans doute le traitement accordé par l’Etat aux vagues des revendications populaires déclenchées depuis le début de l’année 2011 sous l’impulsion de ce qui est abusivement appelé le « Mouvement du 20 février ». Abusivement, car ce dernier ne se présente pas comme un objet social unifié et homogène, doté d’une idéologie. Bien au contraire, il apparaît, et pour reprendre une typologie de la Science politique appliquée aux partis politiques, comme un objet « attrape-tout » véhiculant des poncifs populistes voire nihilistes. En effet, si le pouvoir politique a su être à l’écoute des revendications pertinentes et légitimes émanant du corps social, le « Mouvement du 20 février » a persisté dans sa posture à vouloir incarner d’une manière systématique un supposé front du refus. D’où d’ailleurs son essoufflement au niveau de sa capacité mobilisatrice, conséquence de son tarissement discursif. Et en tout état de cause et    contrairement à la plupart des pays arabes ayant connu des troubles sociaux, les manifestations au Maroc se sont déroulées dans un climat de liberté et de non violence. Dans cette perspective, le rôle des forces de sécurité se limitait au maintien de l’ordre public. C’est là une posture chère aux pays les plus démocratiques. Certes, des voix se sont élevées pour faire état de certains dépassements. Aussi, convient-il de rappeler que même au sein du vieux continent, des Etats comme l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie ou encore l’Angleterre, touchés par le « Printemps des peuples », ont également connu des altercations entre les autorités et les protestataires. Toutefois, ceci ne remet nullement en cause le caractère démocratique de ces pays.
Or, l’une des matrices centrales du système sociopolitique marocain gît dans  l’interaction structurelle  entre le peuple marocain et la Monarchie, symbole de l’unité nationale. Il n’est donc pas étonnant que celle-là, à l’écoute des revendications sociales, ait fait preuve de réactivité efficiente dans le traitement des revendications socio-économiques et politiques légitimes. Le discours royal du 9 mars 2011, annonciateur d’une révision constitutionnelle globale, donnant suite aux requêtes sociales précitées, en est l’exemple concret. Et il est primordial de rappeler que dès son accession au Trône, S.M. le Roi Mohammed VI a jeté les bases d’un projet sociétal global en dehors de toute dynamique contestataire. Parcourant l’ensemble du territoire national et détectant scrupuleusement les maux de la société, le Souverain a initié progressivement plusieurs projets et réformes de manière à y remédier concrètement et efficacement. Notre propos sera donc de rappeler brièvement et à titre strictement indicatif, certains d’entre eux ayant une projection socio-économique.
L’un des premiers acquis a été sans doute l’instauration d’un nouveau concept de l’autorité, annoncé pour la première fois par le Roi lors de son discours du 12 octobre 1999 prononcé à Casablanca devant les responsables des régions, wilayas, préfectures et provinces du Royaume, cadres de l’administration et représentants des citoyens. La signification de ce concept est globale et indivisible puisqu’elle interpelle tous les détenteurs d’une parcelle de l’autorité à l’exercer en fonction de la finalité pour laquelle elle leur a été confiée, à savoir, défendre l’Etat de droit, moraliser la vie publique, promouvoir la culture du service public, améliorer l’efficacité de l’action administrative et réussir de la sorte la réconciliation entre le citoyen et l’administration. Dès lors, ce concept a donné un nouvel élan aux rapports entre administration et administrés. Il se présente dans sa globalité et son indivisibilité comme un outil et une culture indispensables à la pratique démocratique dans les différents secteurs de la vie publique.  
La révision du Code de la famille est par ailleurs l’une des avancées tangibles qui a marqué les premières années de règne. Ce sont en effet les directives du discours royal du 10 octobre 2003 qui ont constitué le cadre et les limites de cette réforme dont l’objectif principal était la consolidation de la cohésion familiale à l’effet de rétablir la paix sociale. Parmi les points nodaux y consacrés, l’on peut citer l’égalité des sexes et la dignité de la femme, la restriction de la polygamie, la réforme du divorce et la garantie des droits des enfants ou encore le mariage des Marocains résidant à l’étranger.  Après quelques années de pratique, la Moudawana commence réellement à produire les effets escomptés, malgré plusieurs restrictions d’ordre psychosocial et culturel. Des résultats positifs qu’il conviendra de préserver et de promouvoir en recourant notamment aux apports de la nouvelle Constitution de 2011. Au cours de la même période, d’autres Codes et lois ont été soit adoptés, soit révisés, dans un souci de meilleur rendement. On peut ainsi citer le Code des libertés publiques en 2002, le nouveau Code du travail en 2003, la Loi sur les partis politiques en 2006 ou encore le Code de la nationalité en 2007. Et il convient également de rappeler que l’ensemble de ces dispositifs répond aux standards internationaux en matière de pratique démocratique.  
Le chapitre du développement humain est en outre un chantier fondamental. Son pilier n’est autre que l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH). Lancée par le Souverain le 18 mai 2005, cette initiative constitue un important et permanent chantier national pour le développement. Elle est plus précisément un référentiel stratégique pour le progrès social et l’amélioration des conditions économiques des couches les plus défavorisées de la population. Quelques années après sa lancée, le bilan de l’INDH dans toutes les provinces du Royaume est positif. En témoignent le volume des investissements, le nombre des projets lancés et surtout celui des bénéficiaires qui dépasse les cinq millions de personnes en 2011.
D’un autre côté, les prestations économiques ne sont pas restées en marge du processus de réformes. D’autant plus que le contexte de crise financière mondiale interpellait le Maroc pour adopter des mesures strictes afin de pouvoir absorber les effets négatifs de sorte à ce que l’économie nationale ne soit pas lésée. Ainsi, des projets d’envergure ont été lancés dans les divers domaines d’activité.
Le 21 décembre 2005, une nouvelle stratégie industrielle dite « Plan Emergence » a été présentée au Souverain par le Premier ministre de l’époque, M. Driss Jettou. Sur une durée de 10 ans, cette stratégie consistera à accroître de 1,6 point par an le Produit Intérieur Brut, de réduire le déficit commercial et de créer environ 440.000 postes d’emploi. Parmi les principaux objectifs de ce plan, dont les jalons ont été posés par le cabinet d’étude de renommée mondiale, McKinsey, figurent la mise à niveau du secteur industriel, sa modernisation et la consolidation de sa compétitivité sur la base d’un diagnostic scientifique précis qui a permis d’identifier les points faibles et les points forts du tissu industriel marocain.
Par ailleurs, l’agriculture a toujours été un secteur stratégique et névralgique du développement socio-économique du Maroc. Dans un contexte mondial marqué par l’insécurité  alimentaire, le changement climatique et la hausse des prix des produits agricoles, le Maroc se devait de revoir sa stratégie agricole dans un sens de mise à niveau, de restructuration et de redéfinition des missions. C’est ainsi qu’au mois d’avril 2008, le gouvernement marocain a adopté la stratégie du « Plan Maroc Vert » qui est une nouvelle politique ayant pour finalité la mise en valeur de l’ensemble du potentiel agricole du territoire afin de répondre à quatre objectifs principaux en l’occurrence, l’amélioration des revenus des agriculteurs, la garantie de la sécurité alimentaire de 30 millions de marocains, la protection des ressources naturelles des différentes régions et l’intégration de l’agriculture marocaine au marché national et international.
Après l’agriculture, c’était au tour du secteur de la pêche de connaître une restructuration. A ce titre, le « Plan Maroc bleu » (Halieutis), lancé au mois de septembre 2009, a pour ambition de porter à 21,9 milliards de dirhams le Produit Intérieur Brut du secteur halieutique à l’horizon 2020, contre 8,3 milliards en 2007, en vue de faire de la filière un moteur de croissance pour l’économie nationale et d’améliorer sa compétitivité. Outre cet objectif, Halieutis vise à répondre convenablement aux standards internationaux tout en protégeant les ressources halieutiques du pays.
Bien évidemment, toutes ces stratégies, exposées à titre non exhaustif, sont accompagnées de plans prévisionnels et budgétaires qui s’étalent sur plusieurs  années. Ceci étant dit, le processus de réformes socio-économiques et politiques engagé au Maroc laisse prévoir, n’en déplaise aux adeptes du boycott des élections du 25 novembre 2011, un avenir meilleur pour l’ensemble des Marocains. Le nouveau texte constitutionnel de 2011 se porte à ce titre garant des droits de tous les citoyens à une vie décente. Ainsi, il y a lieu  de soigneusement mettre en exergue le fait que les réformes politiques et les réformes socio-économiques sont étroitement associées, voire intimement liées, dans le cadre de la vie politique nationale. C’est cette synergie qui confère toute sa cohérence au système de gouvernement du Maroc.

Source : Centre d’études
internationales

* Le Centre d’études internationales (CEI) est un groupe de réflexion et d’analyse basé à Rabat. Acteur actif du débat afférent à la conflictualité
saharienne et à certaines thématiques nationales fondamentales, le CEI a publié, en 2010, auprès des éditions Karthala, un ouvrage collectif intitulé : « Une décennie de réformes au Maroc (1999-2009) ». En janvier 2011, le CEI a rendu public, auprès du même éditeur, un second ouvrage titré, « Maroc-Algérie : Analyses croisées d’un voisinage hostile ». Il vient
également de faire paraître, auprès des éditions
précitées, un ouvrage portant sur « Le différend saharien devant l’Organisation des Nations Unies ». Outre ses revues, libellées, « ETUDES STRATEGIQUES SUR LE SAHARA » et « La Lettre du Sud
marocain », le CEI compte par
ailleurs à son actif plusieurs supports électroniques parmi lesquels
figurent, www.arsom.org, www.saharadumaroc.net,
www.polisario.eu et
www.ibn-khaldoun.com.

Libé
Mercredi 23 Novembre 2011

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