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Les programmes télé du Ramadan ont englouti 86 millions de DH

Le gouvernement a cherché à privilégier la transparence au détriment de la qualité




Les programmes télé du Ramadan ont englouti 86 millions de DH
Que vous soyez satisfait ou pas des programmes télé diffusés sur les deux chaînes nationales durant le Ramadan, il faut que vous sachiez qu’ils ont coûté 86 millions de DH aux caisses de l’Etat. Un chiffre en baisse de 15% par rapport à l’année précédente, a révélé Mustapha El Khalfi, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, lors d’une récente conférence de presse, en précisant, cependant,  que cette année a enregistré un accroissement quantitatif au niveau des projets réalisés.
Faut-il prendre ces chiffres au sérieux ? « Oui », répond Taoufik Nadiri, vice-président de l’Association des critiques de l’audiovisuel au Maroc, qui pense qu’ils sont exacts, transparents et susceptibles de renforcer le principe de la bonne gouvernance.
Pourtant, notre source a tenu à préciser que cette baisse est loin d’être le fruit d’une bonne gestion des ressources allouées aux deux chaînes nationales mais elle trouve son explication dans trois facteurs. D’abord, l’abondance de l’offre. En effet, les deux chaînes nationales disposent d’un stock de séries, de téléfilms, d’émissions, documentaires, …, produits l’année dernière et qui n’ont pas été diffusés.
 Ensuite, il y a le facteur crise. Selon notre source, les directions des deux chaînes ont été contraintes de baisser leurs productions faute de moyens financiers et d’adapter leur train de vie aux ressources disponibles.
Le troisième facteur expliquant cette baisse n’est autre que l’annulation de certains appels d’offres faute de projets répondant aux critères exigés.« C’est le cas de la chaîne amazighe qui a lancé  deux appels d’offres sans réussir pour autant à trouver des parties prenantes», nous a expliqué notre source.
Mais qu’en est-il de la qualité, sujet de débat récurrent de la part des spectateurs marocains? Le ministre de la Communication se défausse  sur de tierces parties. Pour lui, la mission de son département consiste uniquement à mettre en place les critères d’octroi des fonds alloués aux projets en concurrence. D’après lui, c’est du côté de la commission de sélection des programmes, qu’il faut regarder pour jauger la qualité des produits diffusés. Composée de représentants de la SNRT ainsi que de personnalités indépendantes, cette commission a pour rôle la sélection des programmes.  
Des propos que ne partage pas Taoufik Nadiri qui pense que le ministère de la Communication ne peut pas se départir  de sa  responsabilité notamment au niveau de l’efficience des procédures relatives  aux appels d’offres. « Le ministre doit assumer la responsabilité de la réussite ou de l’échec de la soumission de la création artistique aux appels d’offres. Autrement dit, il est dans l’obligation de nous préciser jusqu’à quel point la mise en place de la commission de sélection a rehaussé la qualité des productions audiovisuelles», s’est-il interrogé.
Il y a également la responsabilité politique du gouvernement, assure notre source. Notamment dans son volet relatif à l’opérationnalisation des dispositions de la nouvelle Constitution.  « La question de la mise en œuvre de la Loi suprême s’impose avec acuité. Elle interroge la capacité de l’Exécutif à traduire, au niveau des médias, les mécanismes de la bonne gouvernance et de l’égalité des chances édictés par la nouvelle Constitution », nous a précisé notre source. 
A ce propos, elle estime qu’une première évaluation du travail de la commission des programmes démontre l’existence de certaines contraintes qui nuisent à son fonctionnement normal, notamment la contrainte du temps. « La Commission a été appelée, cette année, à examiner près de 240 projets en un  laps de temps très court.  Vu le nombre de ses membres, il a été impossible d’évaluer l’ensemble des projets et c’est pourquoi il est essentiel, dans un avenir proche,  de réfléchir à la création de sous-commissions », nous a indiqué Taoufik Nadiri.
Autres contraintes et pas des moindres, les limites qui restreignent sa mission. « La commission n’a pas les mains libres. Son travail est restreint puisque la qualité est liée en grande partie à la ligne éditoriale de chaque chaîne nationale », nous a précisé notre source avant de poursuivre : « En effet, la commission doit jouer à l’équilibriste entre les dispositions des cahiers des charges, le contrat-programme et la notion de service public et, du coup, son travail est circonscrit et ne peut pas aller au-delà de ces limites». En d’autres termes, si le Maroc a réussi à mettre en place une procédure de sélection transparente, l’enjeu de la qualité est loin d’être gagné.

Hassan Bentaleb
Mercredi 7 Août 2013

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