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Les politiques éducatives doivent reconnaître l’importance de l’apprentissage en langue maternelle






Publication du Rapport mondial de suivi sur l’éducation



«Enseigner aux enfants dans la langue qu’ils parlent à la maison a un impact positif sur l’apprentissage dans tous les domaines», a soutenu l’Unesco dans un nouveau document du «Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’Unesco».
Dans ce document, développé par une équipe indépendante, l’Unesco a cependant relevé que près de la moitié de la population mondiale n’a pas accès à l’éducation dans une langue qu’elle comprend.
En effet, «40% des habitants de la planète n’ont pas accès à l’éducation dans une langue qu’ils comprennent», a souligné l’agence onusienne indiquant que l'enseignement dispensé aux enfants dans une autre langue que la leur peut être préjudiciable à leur apprentissage, en particulier pour ceux qui vivent dans la pauvreté.
Selon des chiffres émanant de la Base de données mondiale sur les inégalités dans l’éducation (WIDE) du Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’Unesco, il ressort qu’au Maroc, «43% des élèves qui parlaient chez eux la langue d’évaluation ont acquis les rudiments de la lecture, contre seulement 33% des élèves parlant chez eux une autre langue».
Rappelant le principe fondamental qui veut que les enfants fassent leur apprentissage dans une langue qu’ils parlent, la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, a indiqué qu’«il est essentiel de favoriser l’emploi de la langue maternelle dans l’enseignement et l’apprentissage et de promouvoir la diversité linguistique», compte tenu de la priorité accordée à la qualité, l’équité et l’apprentissage tout au long de la vie pour tous dans le nouvel agenda mondial de l’éducation, a-t-elle précisé.
Par ailleurs, a ajouté Irina Bokova, «dans le domaine de l’éducation, en plus de produire de meilleurs résultats d’apprentissage, les politiques linguistiques inclusives contribuent à la tolérance, à la cohésion sociale et, en définitive, à la paix».  
Dans ce document, publié à l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle (célébrée le 21 février), l’Unesco fait remarquer que l’apprentissage s’améliore dans les pays qui ont investi dans des programmes bilingues. L’organisation cite le cas du Guatemala où «les taux de redoublement et d’abandon dans les écoles bilingues sont moindres qu’ailleurs, et les élèves y enregistrent également de meilleurs résultats dans toutes les matières».
Autre exemple cité, celui de l’Ethiopie où la participation des enfants aux programmes bilingues pendant huit ans a permis d’améliorer leur apprentissage dans l’ensemble des matières enseignées, ont observé les rédacteurs du document qui s’intitule «Comment apprendre, quand on ne comprend pas?».
Il faut toutefois signaler que la langue peut être une arme à double tranchant, prévient Aaron Benavot, directeur du Rapport mondial de suivi sur l’éducation de l’Unesco. D’après ce dernier, elle peut aussi devenir un facteur de marginalisation tout en renforçant les liens sociaux et le sentiment d’appartenance d’un groupe ethnique.
Ainsi, «les politiques éducatives doivent faire en sorte que tous les apprenants, y compris ceux qui appartiennent à une minorité linguistique, aient accès à l’éducation dans une langue qu’ils comprennent», a souligné. Informer, suivre, influencer et soutenir un véritable engagement en faveur de l’Objectif de développement durable 4 relatif à l’éducation et ses cibles correspondantes. Tel est l’objet du «Rapport mondial de suivi sur l’éducation (GEM)» dont le document formule des recommandations clés pour faire en sorte que les enfants reçoivent un enseignement dans une langue qu’ils comprennent.
A ce propos, les rapporteurs dudit document estiment qu’au moins six années d’enseignement dans la langue maternelle sont nécessaires afin que les bénéfices tirés de celui-ci dans les premières années soient conservés.
Ils estiment aussi que les politiques éducatives doivent reconnaître l’importance de l’apprentissage en langue maternelle. Car, notent-ils, «l’analyse des plans d’éducation de quarante pays montre que moins de la moitié de ces documents seulement reconnaissent l’importance de l’enseignement en langue maternelle pour les enfants, notamment au cours des premières années de scolarité».
Les auteurs de ce document pensent enfin que les enseignants doivent être formés à enseigner en deux langues et à comprendre les besoins des apprenants de la deuxième langue. La raison est que ces derniers «sont rarement préparés aux réalités des classes bilingues, même quand ils sont aidés par des matériels éducatifs inclusifs et des stratégies d’évaluation adaptées». Pour illustrer ses propos, l’Unesco se réfère au Sénégal où seuls «8% des enseignants formés, et seulement 2% au Mali s’estiment capables d’enseigner dans les langues locales».


 

Alain Bouithy
Lundi 22 Février 2016

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