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Les paradoxes de la technique




Les paradoxes de la technique
Le diktat de la technique est une réalité incontestable de notre monde technicisé et mondialisé. La technique submerge l’être et ponctue le rythme de vie de toute une génération. Ainsi, l’homme théorique ou épistémologique, a laissé sa place à l’homme techniciste, soumis à l’impératif et aux normes mondialisées de la technique.
Tandis que le premier s’interroge sur les fondements et même sur les parcours éthiques du savoir, le second s’incline devant la logique technicienne et s’adapte avec le diktat techniciste sans interrogation aucune. L’homme techniciste est hanté par l’adaptation, par l’acclimatation avec la normativité technicienne et la froideur stupéfiante d’un monde sans horizons.
 
Technophile par défaut
 
Apprivoisé par les systèmes d’adaptation mis en place et par la désintégration programmée de la culture savante, l’être techniciste sera occupé uniquement par la maitrise du flux technique, des modalités de fonctionnement de l’univers technologique et des systèmes sociaux structurés de plus en plus suivant des normes techniques. 
La technique dirige l’être et impose ses normes au corps, à l’imagination et aux rapports interpersonnels. On est englouti par la technique plus que par l’intimité des relations et la force de la convivialité. Hanté par l’intermédiation, l’homme technicisé manifeste une réticence obsessionnelle devant l’événement, l’instantanéité et l’imprévu.
Conséquemment, il est imperméable à la créativité, à la ferveur des rencontres et aux interactions interindividuelles et intercommunautaires. L’homme technicisé est un homme anti-homérique par excellence. Hors les procédés structurés, il est complètement perdu. Il se sent esseulé et incompétent, une fois dépourvu des procédures et des modes opératoires élaborés par la
technocratie dominante.
Le mariage de la technique et du multiculturalisme chasse le savoir théorique de la cité. Le multiculturalisme sert d’épistémologie alternative à une technique programmée pour la formulation et le recadrage technique de l’existence. 
 
Le nihilisme 
techniciste
 
L’être voué à l’adaptation avec la normativité techniciste, sort catégoriquement de l’espace de la théorie et de l’esthétique et s’efface complètement devant la domination éclatante de la technisation de l’être et l’impérialisme des modes opératoires imposés par les experts et la technocratie triomphante. La polyvalence tant exaltée par les experts est avant tout technique, opérationnelle. Etant inapte, le polyvalent est incompétent devant le rythme et les parcours labyrinthiques de la vie. L’idolâtrie de l’opérationnel et de la polyvalence condamne, l’homme post-moderne à sombrer dans le nihilisme techniciste et à vivre par intermédiation et pour l’intermédiation programmée.
 
L’homme sans 
dimensions
 
La technique façonne l’imaginaire et rétrécit ses géographies. L’homme consacré à l’opérationnalisation n’a plus les capacités littéraires et artistiques pour créer d’autres rapports entres les humains, entres les cultures et entre les imaginaires intercommunautaires. Quand on est soumis au triomphalisme de la méthodologie techniciste, on n’aura plus les habilités ni les richesses symboliques pour créer une géographie imaginaire révélatrice de «la réalité» et des espérances collectives plus particulièrement dans les périodes d’aliénation inconsciente généralisée.
Le pire c’est que la raison techniciste impose sa normativité et l’unidimensionnalité de sa logique aux autres, sans se méfier de cette aliénation sans rivages. Peut-être parce que l’homme unidimensionnel est devenu après des décades de sur- mondialisme un être non plus unidimensionnel mais un être sans dimensions. L’homme techniciste s’écarte de tout débat ou souci théorique. Il est préoccupé, principalement, par le fonctionnement et l’opérationnalité des méthodologies mises à sa disposition. Sa conception de la réalité et de l’action humaine, aplatit sa connaissance et appauvrit sa vision du monde.
Plus il se lance dans la logique technicienne, plus il s’engouffre dans la répétitivité de la technique et l’impertinence des modes opératoires adaptés pour dompter le réel et le façonner à la mesure de la mécanique mondialiste.
 
Savoir et simulation
 
Le flux médiatique affaiblit davantage sa connaissance des choses, et sa créativité. Emerveillé par le rythme phénonal du mécanisme nformationnel, il se sent inapte à trier et à catégoriser les informations. Or, le tri et la catégorisation des informations, ne sont pas les meilleurs moyens pour acquérir un savoir fort et intransigeant. 
L’information est dépourvue de savoir. Le savoir exige un regard épistémologique, une interrogation épistémique sur les fondements des avis diffusés. Or ce qui compte dans le monde mondialisé, c’est la stimulation de l’émotvité. Etant donné que toute stimulation exige une simulation, le savoir diffusé par la technique est avant tout un savoir de simulation, un jeu pédagogique pour maitriser les modes de fonctionnement et les outils de conditionnement. Le savoir est lié non pas à la simulation, ou à l’adaptabilité inconditionnelle de l’être mais à la volonté d’élargir l’espace du connaissable et du pensable loin des prérogatives de l’adaptationnisme forcé de la technique.
Force est de préciser que l’adaptabilité technicienne fait le lit des anti-lumières et du décadentisme post-moderniste.
 
Le regard techniciste 
et le mètre carré
 
La mondialisation a réduit le temps et l’espace. L’homme mondialisé a remplacé l’éternité par un temps fragmenté et délabré et l’étendue d’antan par un espace de plus en plus parcellaire. Tout est soumis au rétrécissement méthodique. On est censé respecter la règle ontologique : le mètre carré. On maîtrise l’espace pour s’en priver. Le regard techniciste a limité notre part de l’espace ouvert. L’espace virtuel remplace davantage l’espace géographique privatisé. Conséquemment, l’homme techniciste est libre de créer sa géographie imaginaire et de l’élargir aussi grand que possible quand il explore les reliefs de sa géographie virtuelle, puisque le mètre carré virtuel n’est pas apparemment payant! L’accélération du temps nous mène à une course vertigineuse contre le temps. Le temps ne ralentit qu’au moment du shopping ou du zapping!
La généralisation de la logique techniciste a conduit depuis des décades au rétrécissement de la réflexion théorique et de la pensée esthétique.
Submergé par le flux technique, l’homme techniciste peine à esthétiser le monde et à définir les finalités ultimes de l’humanité autrement que par les finalités reproductives du «technicisme» ou du «reproductivisme»  des temps sur-modernistes.
 

Par Brahim Azeroual Agadir
Samedi 15 Mars 2014

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