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Les ouvriers du textile indiens affectés par la crise mondiale




La crise mondiale frappe de plein fouet l’industrie du textile en Inde, un secteur-clé de l’économie du pays qui a permis pendant des années à des millions d’Indiens d’améliorer leur niveau de vie, mais qui n’est plus en mesure aujourd’hui de jouer ce rôle d’”ascenseur social”.
Pendant 19 ans, Sakunthala Radhakrishnan, une ouvrière du textile dans l’Etat du Tamil Nadu (sud), où se concentre cette industrie, a pu économiser assez d’argent pour acheter des bijoux en or, envoyer de l’argent à ses parents et acheter des boissons riches en calories pour faire grossir sa fille en déficit de poids. Et elle a offert à son enfant un cadeau qu’elle-même n’a jamais reçu: une bonne scolarité.
Tout a basculé pour elle et sa famille il y a sept mois. Après l’éruption de la crise financière aux Etats-Unis, l’usine où elle travaillait avec son mari a fermé à cause de l’effondrement des commandes et de difficultés d’accès au crédit.
Depuis qu’elle a perdu ce travail, Mme Radhakrishnan, 34 ans, dit souffrir de dépression. La jeune femme et son mari ont certes trouvé de nouveaux emplois comme journaliers, elle dans une usine textile plus petite et lui comme soudeur. Mais les revenus de la famille ont chuté, passant de 160 à 90 dollars par mois.
Ils se sont endettés et pourraient perdre leur maison et se retrouver dépendants de l’aide alimentaire du gouvernement s’ils ne parviennent pas à rembourser.
Pendant des années, le textile a aidé des dizaines de millions d’Indiens comme Mme Radhakrishnan à sortir de la pauvreté pour accéder aux classes moyennes inférieures. Mais avec la crise, beaucoup ont vu leur niveau de vie baisser fortement.
Le Fonds monétaire international (FMI) estime que le ralentissement économique mondial a déjà fait basculer plus de 50 millions de personnes dans l’extrême pauvreté sur la planète. En Inde, la crise devrait empêcher au moins trois millions de personnes de sortir de la pauvreté cette année, tandis qu’environ 200 millions d’Indiens qui vivent juste au-dessus du seuil de pauvreté officiel pourraient passer en dessous, selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Beaucoup au Tamil Nadu, berceau de l’industrie textile indienne, ont vu leurs revenus diminuer de moitié pour s’établir à environ 75 roupies (1,5 dollar) par jour, sur fond de licenciements et d’usines tournant à la moitié de leur capacité. La distribution de produits alimentaires subventionnés par l’Etat explose, et de nombreux habitants s’endettent ou mettent des bijoux en gage pour couvrir leurs dépenses.
De 2004 à 2007, la production de textile en Inde a connu une croissance moyenne de 9,4%, selon la Confédération de l’industrie textile indienne (CITI). Durant ces années fastes, le secteur, manquant de bras, a beaucoup recruté, attirant des travailleurs non seulement du Tamil Nadu mais aussi d’Etats pauvres comme le Biha et l’Orissa. Même avec un salaire de seulement 150 ou 200 roupies (3 ou 4 dollars) par jour, de nombreux ouvriers ont construit des maisons et envoyé leurs enfants dans des écoles privées.
Mais cette période de forte expansion appartient désormais au passé: en un an, entre avril 2008 et mars 2009, la production textile indienne s’est contractée de 0,3%, à cause principalement de la crise financière mondiale. Un million d’ouvriers du secteur auraient perdu leur emploi dans le même temps, selon la CITI.
Certains ont retrouvé du travail. Mais une vingtaine d’ouvriers du textile interviewés récemment, qui avaient perdu leur emploi ou changé de travail, ont fait état d’une baisse importante de leurs revenus.
Avec le renchérissement des produits alimentaires, l’accès à la nourriture devient un problème croissant. En janvier, le riz vendu au détail était par exemple 60% plus cher que deux années auparavant. Mme Radhakrishnan raconte que sans les rations alimentaires proposées par l’Etat, sa famille ne pourrait prendre que deux repas par jour.
Son mari est tombé malade et elle a dû vendre son collier en or pour payer le médecin. Le couple a également eu recours à un prêteur pour obtenir 200 dollars, à un taux d’intérêt de 24%, afin de payer la scolarité de leur fille Nandhini dans une école privée où les enseignements sont dispensés en anglais, une langue qui en Inde constitue un atout de promotion sociale important.
“Je veux qu’elle devienne ingénieur”, dit Mme Radhakrishnan. “Pas ouvrière du textile.” 

AP
Vendredi 19 Juin 2009

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