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Les négociations intersyriennes vont aborder les problèmes de fond à Genève


Bachar al-Assad, une ligne rouge



Les négociations indirectes entre le régime syrien et ses adversaires, qui débutent aujourd’hui à Genève, doivent aborder pour la première fois de manière concrète l'avenir du pays déchiré par une guerre qui a fait plus 270.000 morts en cinq ans.
Cette nouvelle session de près de deux semaines au Palais des Nations de l'ONU s'ouvre dans une atmosphère radicalement différente de la précédente, fin janvier-début février, que l'ONU n'avait pas réussi à faire démarrer. Une trêve, initiée par les Etats-Unis et la Russie et entrée en vigueur le 27 février entre régime et rebelles en Syrie, tient bon malgré quelques violations et l'ONU et  ses partenaires ont pu apporter de l'aide à près de 250.000 personnes vivant dans des zones assiégées, une assistance réclamée par l'opposition.
 L'émissaire spécial de l'ONU Staffan de Mistura a détaillé l'ordre du jour: un nouveau gouvernement incluant toutes les tendances, une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections législatives et présidentielle sous l'égide de l'ONU d'ici 18 mois.
Mais pour Joshua Landis, directeur des études sur le Moyen-Orient de l'Université d'Oklahoma, cet agenda "n'est pas réaliste, car (le président Bachar) al-Assad est plus fort que jamais et ne va pas quitter son poste".
 Le fossé entre régime et opposition est abyssal avec en premier lieu le sort de M. Assad, dont les troupes ont enregistré de nombreux succès face aux rebelles, avec l'aide militaire de l'allié russe. 
 Le Haut comité des négociations (HCN), rassemblant les groupes clés de l'opposition, insiste sur la "constitution d'un corps transitoire doté de tous les pouvoirs exécutifs" et dans lequel M. Assad "n'a pas sa place".
 "Nous considérons que la période de transition doit débuter avec la chute ou la mort de Bachar al-Assad", a déclaré à deux agences de presse, dont l'AFP, le négociateur en chef de l'opposition, le chef rebelle salafiste Mohammed Allouche. 
 Pour l'opposition, la structure transitoire gérera le pays durant la période durant laquelle sera rédigée une nouvelle Constitution et jusqu'à la tenue des élections générales desquelles doit être, selon elle, exclu M. Assad.  Mais pour le régime, il est hors de question de discuter de la présidentielle ni du sort d'Assad, réélu en 2014 en pleine guerre pour un nouveau septennat.  "Nous ne négocierons avec personne qui veut discuter de la présidence. Bachar al-Assad est une ligne rouge. S'ils (l'opposition) veulent continuer avec cette approche, ce serait mieux qu'ils ne viennent pas" à Genève, a prévenu le chef de la diplomatie Walid Mouallem.
 En outre, a-t-il tempêté, ni M. de Mistura "ni personne d'autre n'a le droit de discuter de la présidentielle".
 Le régime a aussi une tout autre interprétation que l'opposition sur l'autorité transitoire. Pour lui, il s'agit d'un simple remaniement ministériel avec un "gouvernement d'unité", c'est-à-dire élargi à des opposants mais toujours placé sous l'autorité de M. Assad comme le prévoit la Constitution actuelle. 
Ce nouveau gouvernement, selon M. Mouallem, désignera un comité pour "rédiger une nouvelle Constitution ou amender l'actuelle". Le texte sera ensuite soumis à référendum. 
 Seul point d'accord entre les deux protagonistes, le refus d'un système fédéral ayant les faveurs des Kurdes qui ne sont pas invités à Genève. Selon M. de Mistura, les Kurdes devront néanmoins pouvoir donner leur opinion sur la future gouvernance et la Constitution.  Quoi qu'il en soit, les Etats-Unis et la Russie qui ont pris le dossier en main, suivront ces négociations comme le lait sur le feu pour empêcher que leurs alliés syriens ne fassent dérailler le processus.
 "Les désaccords idéologiques et territoriaux entre les acteurs locaux sont très profonds. Mais tous les acteurs sont entièrement dépendant de leurs sponsors et doivent se soumettre aux désirs de ceux qui les arment", a souligné M. Landis.
 Le secrétaire d'Etat américain John Kerry, dont le pays soutient l'opposition, doit faire le point dimanche à Paris sur la Syrie avec ses homologues français, allemand, britannique et italien, et va aussi parler au téléphone avec le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov.
 La délégation de l'opposition est arrivée samedi à Genève et celle du régime devait s'y rendre dimanche.
 Les pourparlers se dérouleront dans des salles séparées avec représentants du régime et de l'opposition. Après cette session qui s'achèvera le 24 mars il y aura "une pause d'une semaine à 10 jours", après laquelle les pourparlers reprendront, selon M. de Mistura.
 Mais même en cas de progrès à Genève, les groupes jihadistes Etat islamique et Front Al-Nosra, qui contrôlent la moitié du territoire syrien, continueront de combattre. Exclus de la trêve, ils restent la cible de l'aviation russe et de celle de la coalition dirigée par les Etats-Unis.
 Les discussions intersyriennes seront lancées à la veille du 5e anniversaire de la guerre qui a poussé à la fuite plus de la moitié de la population et provoqué une crise migratoire qui a atteint les portes de l'Europe.

Lundi 14 Mars 2016

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