Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Les mots de la crise ont résonné mercredi soir : A l’Istiqlal, l’heure des comptes a commencé




Abbas El Fassi est désormais  face aux siens. Mercredi 4 janvier, la traditionnelle réunion du comité exécutif de l’Istiqlal avait les forts accents d’un procès à charge. De nombreux membres de cette instance exécutive ne cachent  pas leur colère : le secrétaire général a, selon des militants, mal géré la participation istiqlalienne au gouvernement Benkirane. C’est le choix des ministres et la nature des portefeuilles obtenus par l’Istiqlal qui sont mis en cause. Les caciques du parti fondé par Allal El Fassi entendent  bien demander des explications au premier des Istiqlaliens. Et la séance d’explication a commencé mercredi, 24 heures après la nomination par le Roi du gouvernement conduit par l’islamiste Abdelilah Benkirane.
« Mercredi, cette première rencontre avec Abbas El Fassi a été houleuse. Et ceux qui ont pris la parole n’ont pas manqué de dire tout le mal qu’ils pensaient de la gestion relative à notre participation à cet exécutif. Un dossier géré par le seul Abbas El Fassi ! » rappelle cet Istiqlalien du comité exécutif. « L’heure de la reddition des comptes a commencé », annonce notre interlocuteur
Pour la première fois de l’histoire de la citadelle « Istiqlal », les militants n’ont caché ni leurs griefs ni leurs reproches à l’encontre de leur leader. Effet  du Printemps arabe et du mur de la peur qui tombe ? Probablement. En tout cas pour cet Istiqlalien de la première heure, les langues se délient, la revendication de la démocratisation traverse l’ensemble de la société et «  l’Istiqlal ne saurait être hors du mouvement ». Une colère noire s’installe à tous les étages. L’organisation de la femme istiqlalienne, la jeunesse de ce parti mais aussi de nombreuses figures du comité exécutif ont sonné le tocsin des hostilités. A l’Istiqlal, le silence n’est plus une règle sacrée. Les mots de la crise ont résonné hors des murs du siège historique du parti, situé à un jet de pierres de Bab Al Had. Une première.
Ce sont les ministres choisis par Abbas El Fassi pour représenter l’Istiqlal au sein du gouvernement Benkirane qui ont fini par mettre le feu aux poudres et alimenter une crise qui n’en finissait pas de couver depuis le début des tractations pour la formation de ce cabinet.
La liste finale présentée par le secrétaire général a créé bien des surprises et, surtout, provoqué la colère noire des ténors du plus vieux parti marocain. Les ministrables et protégés de Hamid Chabat, le patron de l’aile syndicale de l’Istiqlal, ont été écartés, visiblement à la dernière minute. Le patron de la jeunesse istiqlalienne, El Kihel, et Kenza Ghali, tous deux pro-Chabat et  pressentis ministres jusqu’au dernier moment sont balayés. «Les ministres proposés par Abbas El Fassi ont peu à voir avec l’Istiqlal», déclarera à la presse A. Bekkali, membre du comité exécutif de l’Istiqlal à la veille de la formation du gouvernement. Une déclaration non démentie par celui qui est rédacteur en chef d’Al Alam et qui, dit-on, serait rentré en résistance.

Briser l’omerta

Parmi ces ministres qui représenteront désormais l’Istiqlal et qui ont suscité l’ire des caciques de cette formation politique, Youssef Amrani, un Istiqlalien qui avait quitté le parti pour faire carrière aux affaires étrangères. «A la formation de son gouvernement, en 2007,  Abbas El Fassi l’avait pourtant refusé malgré des suggestions pressantes venues d’ailleurs», confie cet ancien ministre de l’Istiqlal. Le choix de Fouad Diouri, ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement,  neveu de M’hamed Diouri et cousin d’Adil Diouri  a, lui,  laissé pantois les militants. On ne  lui connaîtrait aucune relation avec l’Istiqlal sinon celle de la proximité familiale. Mais c’est la ministrabilité de Mohamed Loufa qui a battu tous les records d’une surprise toute istiqlalienne. Ambassadeur en poste à l’étranger depuis une quinzaine d’années, Louafa était quasiment en rupture de ban avec l’Istiqlal même si on le donnait, ici et là, comme successeur potentiel d’Abbas El Fassi. «Probablement parce qu’il a épousé la fille d’Allal El Fassi. A l’Istiqlal, le sceau familial est encore plus important que le lien partisan et le militantisme. Et je crois qu’ils sont de plus en plus nombreux ces Istiqlaliens qui veulent dénoncer cette fatalité et briser l’omerta », analyse ce cadre qui se revendique pourtant de l’héritage d’Allal El Fassi.
Les Istiqlaliens de l’instance exécutive devaient se revoir en présence du secrétaire général, hier, jeudi, en fin d’après-midi.  «Nous n’avions pas terminé notre réunion. Les prises de parole ne sont pas achevées. Nous écouterons ensuite les explications de  Abbas El Fassi». Que va-t-il se passer et quelles seront les conséquences de la réunion de jeudi ? «Il est encore prématuré d’en parler. Mais il faut attendre la suite des événements», fait savoir ce dirigeant du parti. A l’évidence, les Istiqlaliens en colère comptent bien nourrir la chronique politique.

Narjis Rerhaye
Vendredi 6 Janvier 2012

Lu 1399 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs