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Les mirages de la démocratie occidentale dévoilés à Rabat

En déclin en Europe, la démocratie pourrait prospérer dans les pays du Printemps arabe, selon Guy Hermet




Les mirages de la démocratie occidentale dévoilés à Rabat
«La démocratie n’existe plus ». Même dans les pays réputés en être le berceau, «la démocratie n’est qu’un mirage». C’est la thèse paradoxale et provocante que le politologue français, Guy Hermet, s’est efforcé d’expliquer et de défendre lors d’une conférence donnée, jeudi, à l’Ecole de gouvernance et d’économie de Rabat. Cette même thèse, il l’a défendue dans son célèbre livre paru dans les éditions Armand Colin en 2007 sous le titre «L’hiver de la démocratie ou le nouveau régime».
Cet ancien directeur de recherche à Sciences Po-Paris, part de la définition du mot démocratie. Celle-ci est réputée être un système politique basé sur le gouvernement du peuple. Mais les  questions essentielles qui s’imposent sont : qu’est-ce qu’un peuple ? Existe-t-il réellement ? D’après le politologue français, le peuple «est une idée tyrannique», «un ennemi qui fait peur», et pour cette raison, il faut l’éliminer, l’évincer ou l’éviter. Donc, au lieu d’une démocratie directe où le peuple souverain gouverne, les théoriciens de la démocratie occidentale ont inventé un autre concept, en l’occurrence celui de la démocratie indirecte ou représentative dans laquelle, c’est la nation et non pas le peuple qui détient la souveraineté.
Selon Guy Hermet, deux «recettes» ou plutôt deux «techniques» ont été concoctées en Occident pour vider ce mot de sa substance. Il s’agit d’inculquer aux gens les bienfaits de la démocratie représentative et de les convaincre de l’impossibilité d’une démocratie directe tout en donnant la priorité à l’idée de la volonté de la majorité.
D’après Guy Hermet qui a travaillé sur les gouvernements autoritaires en Europe du Sud et en Amérique latine, le passage à la démocratie, les nationalismes, les populismes et la «post-démocratie», la démocratie occidentale est usée. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a, à maintes reprises, fait référence aux «démocraties usées » ou «vieilles démocraties ». Il a aussi emprunté une métaphore à un intellectuel de gauche italien qui a comparé la démocratie à une voiture hybride. «La démocratie en Occident est un moteur qui fonctionne aux promesses et leur stock s’épuise d’élection en élection», précise-t-il. En fin de compte, les politiciens n’auront plus rien à offrir comme promesses aux électeurs. Et donc, la voiture de la démocratie ne fonctionnera plus comme auparavant. 
Mais si la démocratie est usée en Occident ou si elle y a atteint ses limites, Guy Hermet croit fortement que l’avenir de celle-ci est dans les pays arabes et islamiques qui ont connu des révolutions et le renversement des régimes autoritaires depuis l’année 2011.
A rappeler que cette conférence s’inscrit dans le cadre de «La semaine de la recherche » que l’Ecole de la gouvernance et de l’économie organise deux fois par an. 
Depuis presque trois ans, l’Ecole les consacre à ce que l’on appelle «Printemps arabe», en lui dédiant des tables rondes et des conférences destinées à jeter la lumière sur ces événements  à l’aune de la sociologie politique comparative. 

Mourad Tabet
Samedi 21 Décembre 2013

Lu 811 fois


1.Posté par M''''hamed EL Yagoubi le 22/12/2013 00:16
Guy Hermet ne se trompe dans sa conception de ce ce que veut démocratie réduite à un système de représentation qui a largement épuisé ses ressources, surtout dans la sphère occidentale : Europe et Etats-Unis. Si vous sondez l'opinion des Français, qu'ils soient de gauche ou de droite, vous trouverez qu'ils sont majoritairement méfiants de ce que veut dire démocratie dans ses formes actuelles. Déjà, des pans considérables des citoyens ne croient plus ni à la droite et ses variantes, ni à la gauche et ses variantes. Pourtant, ils votent. Pourquoi ? Pour éviter le pire. Ils s'organisent ou tentent de s'organiser pour des petits projets dans des quartiers et dans la paysannerie dans une perspective de faire et d'agir autrement et dans le traitement du problème du logement et dans l'emploi. Ils savent très bien qu'il n'y aura jamais des solutions appropriées pour le problème du non emploi, je le différencie du ter me chômage, qui ne dit rien dans ce système. Le travail n'existe plus, la démocratie au sens conventionnel ne pourrait jamais produire des solutions. A part des jobs à la con au sens défini par David Graebber (Bulshit Jobs), il n'y a rien.
Dans son célèbre ouvrage, Culture et impérialisme (2000. Fayard), Edward Saïd en reprenant l'analyse de Joseph Nye, avait bien identifié ce que veut dire cette démocratie : "Les Etat-Unis sont toujours la plus riche et la plus imposante des grandes puissances, dotées des moyens les plus importants pour décider de l'avenir. Et dans une démocratie, les choix appartiennent au peuple". Reste la question : le "peuple" a-t-il un accès direct au pouvoir ? Ou les présentations de ce pouvoir sont-elles si organisées et travaillées culturellement qu'elle exigent une autre analyse différente." P. 442

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