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Les mariages de l’Oriental : Nostalgie, quand tu nous tiens…




Les mariages de l’Oriental : Nostalgie, quand tu nous tiens…
Le mois d’août touche bientôt à sa fin. Il en est de même pour la période des fêtes de mariage célébrées, pour la majorité, en pleine période estivale ; période où se rassemblent les familles pour fêter, dans la liesse, l’union des futurs époux.
« Nos traditions se perdent ! ». Voilà une phrase que l’on entend à chaque fin de cérémonie de mariage par une poignée de femmes qui regrettent que leurs enfants et petits-enfants ne donnent plus assez d’importance aux traditions. Il est indéniablement vrai que les différentes traditions ancrées et parfois séculaires qui entouraient, dans les régions du Royaume, il y a de cela quelques années, la cérémonie des noces,  tendent à s’estomper pour laisser place à une plus grande « homogénéité » dans la tenue de la cérémonie. Nonobstant quelques contrées où les traditions perdurent, dans la plupart des familles, finis les sept jours de fête, oubliés les rituels du bain, aux oubliettes le henné simplement étalé sur la  paume de la main… Ces traditions perdurent aussi dans la bouche des aînées qui n’hésitent pas à raconter leur propre mariage et les rituels qui l’entouraient avec, il faut le dire, une certaine pointe de nostalgie….
Dans l’Oriental, par exemple, jusque dans les années 90, les sept jours de fête et de liesse étaient scrupuleusement respectés par les familles qui commençaient toutes par la préparation des éléments de base de la fête. Ainsi, membres de la famille et amies étaient « réquisitionnés », quelques jours avant le début du mariage, dans la bonne humeur et les nombreux youyous pour « Al fâl ». Il s’agissait d’une manière de donner le coup d’envoi du mariage. Le blé était lavé, les tapisseries nettoyées et le trousseau de la mariée rangé.
Venait ensuite le jour du « hammâm ». Seules les jeunes filles accompagnaient la mariée au hammâm en portant des bougies. Là, après son bain, elle dévoilait les vêtements qu’elle avait spécialement préparés, achetés ou concoctés elle-même en prévision de ce jour. Et là aussi, personne ne dérogeait à la règle. Deux grandes « fouta » l’enveloppaient. Il s’agit de grandes serviettes ornées de frises de « takrir ». Sur la tête, elle portait la « bniqa » qui est une sorte de bonnet brodé au « soutâj » sur laquelle elle posait une « fouta » puis un mandil (un châle). A la fin de cette opération, qui peut paraître des plus sophistiquées, la mariée rehaussait toujours un pan de la bniqa. A ses pieds, la jeune mariée enfilait les « qarqab ». Au retour du rituel du bain, thé, gâteaux et msammans attendaient les convives. La séance du henné pouvait commencer. Aucune naqqacha n’était présente. Aucun motif à choisir. Le henné était tout bonnement étalé sur la paume.
Le lendemain, la jeune mariée revêtait sa plus belle « blousa », blanche de préférence ; un vêtement typique de la région de l’Oriental actuellement troqué contre le caftan national. Elle s’asseyait au milieu des siens en attendant que la future belle-famille vienne la chercher. En effet, dans les traditions de l’Oriental, le marié ne venait pas chercher la mariée chez elle. Vers 16 heures, les femmes de la belle-famille se rendaient chez la mariée pour l’accompagner jusqu’au domicile conjugal. Là aussi, en entendant les nombreuses femmes qui ont voulu partager avec nous les traditions oujdies d’antan, l’on se rend compte que beaucoup de choses ont changé. La mariée ne revêtait aucunement de robe de mariée. Elle sortait couverte du « hayek » et d’un « mandil ».
Arrivée chez sa belle-famille, la cérémonie pouvait commencer sous les youyous et les chants des « chioukhs » ou de la « ‘arfa ». Les femmes, quant à elles, munies de « bendir » chantaient en hommage aux époux et à leur famille en vantant la beauté de l’une, le charme de l’un ou la générosité de l’autre. Ces femmes se plaçaient en rang, serrées l’une contre l’autre. Deux rangs se donnaient face et dansaient sur un rythme particulier et qui garde, avouons-le, tout son charme.
Le lendemain matin, la mère de la mariée envoyait le petit-déjeuner complet pour sa fille et sa belle-famille : lait, œufs, gâteaux et beignets. Vers 9 heures, elle rendait visite à sa fille accompagnée de ses proches. Ils emportaient avec eux tout le nécessaire pour préparer le déjeuner. Le lendemain du mariage, c’est donc la mère de la jeune mariée qui régale… A la fin du déjeuner, les femmes continuaient à chanter aux rythmes des derboukas. Le plus jeune des frères du marié enfilait une ceinture à la mariée qui lui remettait, en contrepartie, une certaine somme d’argent. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette journée est appelé « lahzâm ». Dans certaines villes de l’Oriental, il était même de coutume de dérober un objet ou un vêtement appartenant au marié qui devait le récupérer en donnant un billet d’argent. Avant de partir, étaient distribués bonbons, œufs durs, amandes, noix et noisettes préalablement mélangés et disposés dans un grand plateau.
Sept ou quatorze jours après le mariage, c’est au tour de la mariée de venir rendre visite à ses parents. Il s’agit de « hab arrous ». Accompagnée de sa nouvelle famille, la mariée revenait chez elle pour quelques heures, en invitée, avant de retourner chez ses beaux-parents.
En écoutant les femmes âgées parler de ces traditions, l’on ne peut être qu’étonné par tant de codes et rituels que toutes et tous respectaient scrupuleusement. De nos jours, les mariages se suivent et se ressemblent. Que l’on soit à Fès, Oujda, Rabat ou à Nador, les futurs mariés essaient, selon les catégories socioprofessionnelles auxquelles ils appartiennent, de réduire au maximum les frais parfois exorbitants des cérémonies de mariage. Naqacha, naggafas, orchestre ou pas, robe de mariée à prévoir et à porter, si possible, en une seule journée. Parfois même, l’on délègue la préparation de son mariage à des professionnels qui, selon le budget des deux tourtereaux, organisent l’ensemble de la cérémonie. Parler à la jeune génération  de « « bniqa », « fouta » et « mandil » à broder soi-même un an à l’avance ou évoquer la sortie de la mariée en hayek, fait sourire, surprend certains même. Seulement, il restera toujours des éternels nostalgiques des us et coutumes d’antan qui crieront à qui veut l’entendre : « Nos traditions se perdent ! »

Amel NEJJARI
Lundi 24 Août 2009

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