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Les lundis d’A. Bissani : La tentation de Démocrite




Les lundis d’A. Bissani : La tentation de Démocrite
Les poètes sont au fond des philosophes en ceci que leur sensibilité du mot et de la phrase participe d’une manière ou d’une autre à/de la création des concepts philosophiques, tâche capitale de la philosophie, selon Gilles Deleuze.
Quand un philosophe comme Michel Onfray opte subitement pour l’écriture poétique, cela laisse entendre que la matière du texte philosophique, sa grammaire et sa logique méditative rejoignent la matière, la grammaire et la logique méditative du texte poétique. « Le Recours aux forêts » sous-titré « La tentation de Démocrite » (Galilée, 2009) est bel et bien un texte poétique écrit par le philosophe Michel Onfray.
Que les raisons de la production de cette poésie soient objectives (objet d’une commande d’écriture) ou subjectives (trouver de meilleures compagnies que celle des hommes), l’essentiel est que l’acte poétique a eu lieu. Depuis les premiers vers, Michel Onfray brosse un tableau morose de la réalité humaine dans un monde insupportable à cause des enjeux politiques, sociaux, économiques, culturels et religieux. Le premier tableau du présent recueil, « Le Recours aux forêts », a pour intitulé « Permanence de l’apocalypse », le second, lui, s’intitule « Traité des consolations. » Si, pour étayer ses convictions, Michel Onfray opte pour Démocrite, c’est parce que ce dernier, après avoir tant voyagé et tant vécu, il a choisi de vivre le restant de ses jours dans une cabane au fond de son jardin. Retrait catégorique sur son âme, finir en sage à l’écart de la bêtise humaine qui ne cesse de s’accentuer. Tout porte à croire que le poète/philosophe, Michel Onfray, s’identifie à Démocrite du fait que la tentation de Démocrite repose dans son âme « comme une variation possible sur l’art stoïcien de sortir d’une pièce enfumée », dit-il. « Le Recours aux forêts » comme méditation poétique raisonnée trouve sa force dans cet éloge de la nature que l’homme des temps modernes a du mal à re-trouver. Critique des anomalies (combien nombreuses) de la société humaine d’aujourd’hui, ce texte vient noyer la stupidité et l’hypocrisie de l’homme dans la boue de sa fausse morale : « J’ai vu des gens de Dieu/Plutôt gens de diable… », dit le poète. Dans le retrait du poète, à l’instar de celui de Démocrite, l’acte peut paraître fou, mais au-delà de cette folie, la sagesse porte sa bannière dès lors que l’acte en lui-même est invitation à agir et à réagir. Le poète ici choisit de « rire comme Démocrite » au lieu de « pleurer comme Héraclite. » Que peut la philosophie ? Que peut la poésie ? Initier l’homme à pouvoir habiter le monde. Telle serait la leçon si l’on considère la grammaire philosophique et la grammaire poétique comme grammaires
d’action…  

Libé
Lundi 28 Octobre 2013

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