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Les limites de la justification morale




Les limites de la justification morale
Syrie. Plus de 60.000 morts, majoritairement civils, dans une guerre interne qui se poursuit dans l’inaction générale : il n’est pas question d’une quelconque intervention extérieure pour sauver des vies qui tombent quotidiennement par dizaines.
Mali. Dans le Nord conquis depuis quelques mois par des groupes islamistes armés, on lapide, on coupe des mains et on fait exploser des mausolées jugés impies par les nouveaux maîtres : la France intervient, en solo, au nom des droits de l’homme et des risques de basculement régional.
Les justifications morales de guerres qui paraissent légitimes au premier abord, perdent vite de leur force lorsqu’on commence à comparer les situations.
En Syrie, l’impératif de la morale et des droits de l’Homme pèse peu pour les Occidentaux, face à un gouvernement fort, même s’il est fragilisé, fortement armé, et soutenu par des parrains régionaux (l’Iran) ou mondiaux (Russie et Chine).
Au Mali légal, il n’y avait quasiment plus de gouvernement ni d’armée dignes de ce nom, cette déficience d’Etat était justement l’un des facteurs de la rébellion touarègue et de l’arrivée d’islamistes extérieurs, et la crainte de contagion et de déstabilisation régionale était réelle.
Personne, jusqu’à l’ombrageuse Algérie voisine, ne s’est trouvé pour défendre les islamistes qui s’étaient emparés du Nord du pays. Et personne ne contestant à la France le rôle de « tuteur » régional, son intervention au Mali rencontre, tacitement ou non, l’assentiment général. Voilà pourquoi les Maliens ont plus de chance que les Syriens bombardés par leur tyran.
Mais les derniers cas l’attestent : dans aucune intervention militaire, la solution de fond ne réside dans l’intervention elle-même. Si le Mali s’est retrouvé la cible d’extrémistes, de terroristes, et aussi de groupes criminels, c’est parce que cet Etat s’est délité, incapable, notamment, d’assurer la cohabitation entre des Touaregs au Nord et une population noire au Sud qui se méprisent mutuellement.
Seulement voilà : il est plus aisé de justifier une intervention militaire, avec ses risques et coûts inhérents, lorsque les coupeurs de mains sont à l’œuvre, que d’expliquer la nécessité d’une assistance massive et durable au développement d’un Etat pour éviter que les coupeurs de mains n’arrivent au pouvoir. Pourtant, le défi au Mali sera le même après l’intervention qu’avant. En plus complexe et, au final, encore plus coûteux.

*D’après le quotidien belge « Le Soir »

Par Jurek Kuczkiewicz*
Lundi 21 Janvier 2013

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