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Les lacunes de compétitivité de l’économie marocaine




Les lacunes de compétitivité de l’économie marocaine
Dans son dernier classement des économies suivant leur compétitivité, le Forum économique mondial a attribué la 70ème place au Maroc, lui permettant ainsi de grignoter trois places par rapport à l’année dernière et de devenir la deuxième économie la plus compétitive dans la région MENA, devançant ainsi des économies comme la Tunisie et l’Égypte. Faut-il y voir une réelle avancée de la compétitivité de l’économie marocaine ?
Le classement se base sur une douzaine de critères qui peuvent être regroupés en trois grandes composantes : les exigences de base de la compétitivité (institutions, infrastructures, stabilité macro-économique, santé et enseignement primaire), les facteurs liés à l’efficience (enseignement supérieur et formation, efficience des marchés, et aptitude technologique), et les facteurs liés à l’innovation et au développement des affaires. Sur la base de ces trois composantes, l’analyse de l’évolution du classement du Maroc entre 2011 et 2012 montre des résultats qui contrastent avec le classement global.
En effet,  au niveau de la première composante, le Maroc a pris du retard dans le classement passant de la 54ème place en 2011 à la 68ème place cette année. Une dégringolade qui s’explique essentiellement par la dégradation de la situation des finances publiques grevée par un double déficit et par la chute des réserves de change qui ont fait perdre au Maroc 45 places dans le classement de la stabilité macroéconomique. Une perte qui n’a pas pu être compensée par les avancées modestes des autres indicateurs, notamment la santé et l’éducation primaire, les infrastructures et les institutions, sur lesquels le Maroc n’a gagné que quelques places.
 Concernant la seconde composante, le Maroc a amélioré son classement sur le plan du fonctionnement des marchés, notamment le marché des biens et services où il a gagné 7 places et le marché du travail où il a gagné 10 places. Cependant, ces quelques avancées ont été annihilées par la mauvaise performance des autres variables. Ainsi, l’enseignement supérieur et la formation continuent de noircir l’image du pays en le plaçant à la 101ème position, chutant ainsi de 3 places par rapport à l’année précédente. Mais surtout, les infrastructures technologiques ont accusé à leur tour une véritable déconvenue puisque le Maroc a perdu 9 places. Sans oublier le recul en termes de sophistication du secteur privé.
Enfin, au niveau de la dernière composante, le Maroc a perdu en matière d’innovation et de perfectionnement des activités commerciales. Le marché marocain a ainsi été décalé à la 84ème position contre le 79ème rang en 2011 et en matière de capacité d’innovation, le Maroc a reculé de 17 places.
 Ces résultats contrastés montrent clairement les lacunes de compétitivité de l’économie marocaine. Des lacunes qui trouvent écho dans le déficit commercial qui a dépassé la barre symbolique des 100 milliards de DH, dans la fonte des réserves de change qui sont à leur plus bas niveau depuis 12 ans, à peine 4 mois d’importations. Mais encore au-delà de l’aspect commercial, la compétitivité, telle qu’elle est mesurée par l’indice du FEM, concerne aussi la capacité d’un pays à améliorer les conditions et le niveau de vie de ses habitants. À ce titre, le Maroc a du retard puisque selon l’indice de développement humain, le Maroc a été classé 130ème sur 187 pays en 2011 perdant 16 places par rapport à 2010.
 Bref, l’on ne peut pas parler d’un véritable progrès de la compétitivité de l’économie marocaine. Les trois places grignotées pourraient être assimilées essentiellement au recul d’autres pays plutôt qu’à un avancement du Maroc. En effet, quand on voit que le Maroc devance désormais des pays comme la Tunisie et l’Égypte, alors qu’il était jusqu’à 2011 derrière eux, c’est à cause de certaines conséquences négatives du printemps arabe subies par ces pays. Et puis comment attendre un bouleversement de la compétitivité de l’économie marocaine quand on sait que le Maroc a connu quasiment une année blanche en matière de réformes structurelles.
 Il suffit d’observer que les obstacles à la compétitivité de l’économie marocaine sont restés inchangés depuis des années. Et la dernière enquête auprès des entreprises marocaines montre le trio indéboulonnable, à savoir : l’inefficacité de l’administration marocaine, la difficulté de l’accès au financement et, bien sûr, la corruption. La morale derrière est que jusqu’à présent l’action de l’État a été inefficace car, que ce soient les déséquilibres macroéconomiques, les dysfonctionnements administratifs, la rente et la corruption ou encore les difficultés de financement, ce sont là des problèmes liés directement ou indirectement à l’action de l’État. L’hypertrophie de l’appareil étatique et son interventionnisme excessif et maladroit sont à l’origine de ces obstacles et donc responsables du déficit de compétitivité de l’économie marocaine.
En conséquence, si le gouvernement réfléchissait à la mise en place d’une stratégie nationale pour booster la compétitivité du royaume, il faudrait qu’il sache que la réforme de l’action étatique doit se trouver au cœur de cette stratégie. Pour booster la compétitivité il faut agir sur deux leviers : le capital humain et l’infrastructure institutionnelle. Une optimisation de la mission de l’État (fonction publique, subventions et investissement public) permettra de dégager des ressources qui pourront être réinvesties  dans l’amélioration de la qualité du capital humain.
Parallèlement, cette restructuration de l’Etat sera un vecteur de changement des règles du jeu économique dans le sens de la consolidation de l’état de droit, puisque le découplage entre le politique et l’économique permettra de réduire les opportunités de rente et de corruption, renforçant le principe d’égalité des chances économiques et libérera par la même occasion les forces entrepreneuriales dans ce pays. Dès lors, pour être plus compétitif, trois chantiers apparaissent comme stratégiques et doivent être lancés parallèlement et en urgence : administration, justice et éducation.

*(Maître de conférences à l’Université de Béni Mellal et analyste sur www.libreafrique.org)
Article publié en collaboration avec www.libreafrique.org

Par Hicham El Moussaoui*
Mardi 20 Novembre 2012

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