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Les jeunes de l'Afrique nouvelle




Les jeunes de l'Afrique nouvelle
Une révolution est en route. Peu de gens la sentent venir. Pourtant, elle fait son petit bonhomme de chemin. C'est l'une des mutations de fond appelée à marquer durablement le visage de notre continent. Les jeunes africains ne veulent plus être de simples spectateurs sur la scène de leur vie. Ils cherchent plutôt à être des acteurs pleins qui se prennent en charge, se donnent une destination, se fixent des objectifs ambitieux. Le mouvement n'est peut-être pas encore général. Mais il est déjà assez significatif pour retenir notre attention.
 En font foi les fora, les séminaires, les ateliers organisés avec des jeunes en pôle position. C'est nouveau. C'est prometteur pour l'avenir. Les jeunes se démarquent de l'ordre établi, en impulsent un nouvel qui porte leur marque distinctive. Il ne suffit plus de dire qu'ils sont statistiquement majoritaires ou démographiquement une force d'avenir. Ils veulent être qualitativement propres à apporter une valeur ajoutée au développement de leur pays. Et cela vaut déjà rupture avec le passé. Il nous est loisible de retracer les chemins d'une admirable renaissance.
 Au commencement était l'assisté. Beaucoup de jeunes, estiment qu'ils n'ont pas demandé à naître. Aussi tiennent-ils pour responsables de tout ce qui leur arrive les auteurs de leurs jours. Tant qu'ils ne peuvent voler de leurs propres ailes, ces jeunes estiment de leur bon droit de rester dans le cocon familial. Ils sont tributaires de tout, en tout et pour tout de leurs parents.
Un passe temps favori : chercher du boulot, le cartable bourré de demandes d'emploi et de curriculum vitae. Et si, au bout du compte, leur va et vient se révèle infructueux, ils ne se torturent pas outre mesure la conscience. Ce n'est pas faute d'avoir cherché. L'heure de Dieu n'a pas encore sonné. L'appellation «diplômés sans emploi» ne les gêne plus.
S'il y a des anciens combattants de la guerre, pourquoi n'y aurait-il pas les anciens combattants de l'emploi ?
Puis vint le temps du débrouillard. Celui-ci a germé et a poussé là où l'assisté a échoué. L'assistanat n'a rien de vertueux. L'assisté ne peut être un être vertueux. On ne peut vivre une vie entière sous perfusion. Et c'est pour faire oublier l'assisté que le débrouillard est né, prêt à tout, disposé à tout. Saviez-vous que nombre de nos «diplômés sans emploi» se sont reconvertis en conducteurs de taxi-motos ? A un concours national où n'était exigé que le Certificat d'études primaires, plus de 80% des candidats étaient titulaires d'une maîtrise, soit l'équivalent de bac + 4. La plupart des hôtesses qui accompagnent et qui fleurissent nos diverses manifestations ont fait de grandes études.
 Ne parlons pas de ceux qui ont bourlingué d'université en université et roulé leur bosse d'amphi en amphi, avant d'atterrir au port comme transitaires ou au marché international de Dantokpa comme vendeurs de «divers» comme on dit. Le débrouillard ne refuse rien, ne recule devant rien. Il sait faire feu de tout bois. L'avènement du jeune débrouillard, dans nos centres urbains notamment, n'a pas généré que du bon. Du «d» de débrouillard au «d» de despérado, il n'y a qu'un pas vite franchi. Le despérado est un hors-la-loi prêt à tout, n'ayant plus rien à perdre.
Enfin, le promoteur arrive. Ni assisté ni débrouillard, mais un entrepreneur nanti d'un savoir et d'un savoir faire. Toutes choses qu'il sait mettre en valeur et à profit dans ses relations avec les banques ; dans l'exigence du travail en réseau et selon les normes de qualité ; dans un contexte où il importe de savoir tirer avantage des immenses possibilités des technologies de l'information et de la communication. Le jeune promoteur africain parle anglais. Il s'essaye déjà au chinois.
Voilà, par petites touches, le portrait robot des nouveaux jeunes qui changeront la physionomie de l'Afrique. C'est vrai qu'on les discerne encore mal dans la pénombre de sociétés en pleine mue. Mais ils sont bien là et leur nombre croît, en attendant la masse critique décisive.
Le chef de l'Etat français, François Hollande, a déclaré récemment à Dakar que «L'Afrique est la jeunesse du monde». Il pensait, se disant, aux formidables ressources du sol et du sous-sol dont la nature a doté le contient. Mais il pensait surtout à la cohorte des jeunes entrepreneurs africains, inventifs et créatifs, qui portent désormais le flambeau et l'espérance d'une Afrique nouvelle. Le berceau de l'humanité se prépare à prendre sa part et sa place dans le cerveau de l'humanité.

* Historien et chroniqueur béninois

Par Jérôme Carlos*
Lundi 31 Décembre 2012

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