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Les hypocrites jouent les prolongations




Les grandes puissances occidentales jouent les vierges offensées face au printemps arabe. Elles traitaient les dictateurs aujourd'hui déchus comme des nababs il y a six mois encore. Les Français étant les plus talentueux.
Les Français ont inventé la diplomatie. Ils savent comment faire. D'où la fameuse maxime : «La France n'a pas d'amis, que des intérêts.» Dans leurs efforts pour séduire le colonel Khadhafi, grand commanditaire d'attentats devant l'éternel -dont Lockerbie -, reconverti depuis peu aux bienfaits du développement durable, les puissances occidentales ont rivalisé de flagornerie.
Le premier prix, je vous le donne en mille : la France ! Le président Sarkozy a même fait dresser une tente berbère selon les règles de l'art dans les verts jardins de l'Élysée.
Le premier prix revient également à la France tant ses relations avec l'Afrique du Nord sont fructueuses et tant ses ministres aiment la fréquenter, que ce soit à titre de touristes ou d'invités. Les ministres français sont presque aussi nombreux à avoir emprunté les jets corporatifs de ces régimes pourris qu'il y a de leaders syndicaux québécois qui ont vogué sur le yacht de Tony Accurso. Mais le Royaume-Uni, les Etats-Unis et les autres -dont le Canada - ne sont pas en reste. Les dictateurs dont on s'accommodait il y a encore quelques mois sont soit coupables de crimes contre l'humanité dans le cas de Khadhafi, soit sont des parias qu'on doit chasser du pouvoir au plus vite. Un Québec indépendant ne serait pas différent.
Ce qui précède est une critique naïve de la diplomatie moderne. Il est tout à fait normal qu'on fasse des affaires avec des dictatures pourries tant que le peuple lui-même ne se rebelle pas. On ne va pas refuser de faire du commerce avec la Tunisie de Ben Ali ni même avec la Lybie de Khadafi. Mais ça peut mener à des situations embarrassantes, à l'instar de l'action de la ministre française de la Défense Michelle Alliot-Marie, dont le premier réflexe fut d'envoyer des policiers pour contrôler les manifestations en Tunisie. Tout le monde s'est concentré sur des affaires de type Accurso. Ce ne sont que des anecdotes folkloriques, mais c'est pour ça qu'elle a dû démissionner.
Que Barak Obama ou David Cameron soient les nouveaux amis, il n'y a rien d'étonnant. Qu'un Sarkozy mette autant de zèle à détruire le régime de Khadhafi, lui qui était le premier à le glorifier, cela n'a rien de surprenant, surtout de la part de quelqu'un qui touche aux abysses dans les sondages, prouvant que «all politics is local». Ce qui étonne ici, c'est le degré d'improvisation de la coalition.
Où s'arrêter ?
La Tunisie, l'Égypte et maintenant la Lybie. Pourquoi pas le Yémen, ou la Syrie, le havre de paix des dictateurs ? Pourquoi ne pas lancer quelques Tomahawk sur l’Arabie saoudite ? Et la Côte d'Ivoire ? La vertu s'étendra au sud du Sahara quand les économiques migreront vers cette région du globe. Ou quand les citoyens de ces pays se rebelleront assez pour que les forces de la coalition s'y intéressent. Poser la question, c'est y répondre.

 * Chroniqueur au Journal de Montréal

Par Daniel Audet *
Mercredi 10 Août 2011

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