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Les grosses motos débarquent sur les chapeaux de roues




Les grosses motos débarquent  sur les chapeaux de roues
Ne leur parlez surtout pas de «motor», terme plus ou moins dévalorisant qui désigne un vélomoteur filant au son d’un échappement style moustique énervé. Non, de grâce, nous sommes entre motards, propriétaires de motocyclettes qui coûtent plutôt cher et nécessitent un permis de conduire spécifique. 
Cette population est encore émergente au Maroc, mais son nombre a tendance à croître rapidement. Il y a encore une dizaine d’années, le son rauque, assourdissant ou encore le poum-poum feutré d’une grosse moto ne couraient pas les rues. Cela faisait se tourner les têtes pour admirer généralement une ‘custom’ américaine, la Harley pour ne pas la nommer, ou l’une de ses concurrentes nippones (Shadow, Dragstar, Vulcan et autres Intruder). Les terrasses de café faisaient parfois office de show-room gratuit offert (involontairement?) par un fortuné propriétaire de bécane rutilante. 
Il faut dire que non seulement le prix de ces grosses cylindrées n’était pas à la portée de toutes les bourses, mais aussi que l’infrastructure routière des villes, notamment dans une ville comme Casablanca par exemple, arrivait à s’acquitter… cahin-caha de sa tâche. Aujourd’hui ces deux paramètres ont radicalement changé: d’une part, la circulation intra muros tend à devenir impossible : en effet, le nombre de voies disponibles en particulier au centre-ville (hormis quelques élargissements de voies et quelques tunnels vite saturés) n’a pas bougé depuis plus de cinquante ans, tandis que le nombre de voitures particulières et de taxis a littéralement explosé à cause du crédit (ou grâce à lui, c’est selon) et à l’irruption des femmes au sein de la gent automobiliste. 
D’autre part le prix des grosses et moyennes cylindrées a sensiblement chuté, du fait, entre autres, d’arrivées massives de deux roues de l’étranger (essentiellement du Canada et des USA), un tant soit peu endiguées par la récente réglementation interdisant l’importation de véhicules (y compris ceux à deux roues) âgés de plus de 5 ans. Si l’on ajoute à tout cela l’émergence (ou tentative d’émergence plus exactement) de la fameuse classe moyenne, on obtient des conditions favorables à l’éclosion d’une population motarde. 
Ainsi il n’est plus rare de voir en quelques minutes défiler dans nos rues nombre de chromes brillants et autres pots d’échappement pas toujours d‘ailleurs en conformité avec les normes relatives aux décibels en vigueur en milieu urbain… Il faut dire qu’outre le côté «m’as-tu vu», par ailleurs tout à fait légitime, mais parfois tellement «voyant» en l’absence de port du casque…, que face à des files de véhicules interminables où il faut parfois se farcir 4 à 5 feux rouges avant de passer, face à une recherche de place de stationnement qui peut vous faire consommer 20 ou 30 DH de carburant et finalement vous laisser à la merci d’un gardien qui vous promet «Dnya hanya» pour une place en double file, mais qui disparaît à la vue d’une dépanneuse orange, le choix de circuler à moto apparaît comme une solution qui cumule facilité de déplacement et de parking, soin de l’ego, et coût d’entretien moins élevé que pour une voiture. Sur ce point, il faut toutefois préciser que certains modèles de grosses cylindrées peuvent tout à fait revenir plus cher qu’une automobile en matière de maintenance, mais à ce niveau, comme il n’y avait pas photo dès le départ, «on» n’a pas le droit de rechigner pour quelques milliers de DH de différence… D’une manière générale, les deux roues sont une solution indéniable parmi d’autres contre le congestionnement des centres-villes. A tel point que certains pays européens permettent aux détenteurs du permis auto le droit de conduire une moto de 125 CC, avec pour seule condition de passer un certain nombre d’heures dans une moto-école, non sanctionnées par un examen en bonne et due forme, mais donnant lieu à la délivrance d’une attestation valant autorisation d’enfourcher une petite cylindrée. Si entre automobilistes, il est plus qu’évident que «l’enfer c’est l’autre », noms d’oiseau à l’appui…, le fait de rouler à moto fait plus ou moins naître un sentiment de solidarité, certes ténu, mais assez présent pour voir des motards qui ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam se saluer de la main ou par un appel de phares. Ce comportement vient du fait qu’ils se sentent mis en infériorité question poids et gabarit, donc vulnérabilité, question nombre, mais également du fait d’une complicité subséquente à leur choix de rouler différemment, d’exhaler un air de jeunesse (hum…) et de liberté, et à un malin plaisir de penser à la tristesse des 4 roues regardant un feu arrière se faufiler devant eux, jusqu’à n’être plus qu’un lointain petit point rouge, accompagné d’un vrombissement dont le volume baisse au fur et à mesure que disparaît ladite lumière rouge… Aussi, et n’en déplaise à certains possesseurs de ‘Quat Quat’ qui jouent plutôt à qui jettera l’autre contre le trottoir (si, si, j’en ai vu), le pire qui puisse arriver entre deux motards à l’arrêt à un feu tricolore est une petite arsouille sur 200 mètres, souvent conclue par le pouce levé de l’un des deux. San rancune ! en somme. Certes les rues ne sont pas une piste de compétition style moto GP, mais entre ce dernier geste, et la queue de poisson incivile et quasi barbare (si, si, j’en ai vu) d’un transport «en commun», mon choix est fait. Alors, sympas les motards? Ne prêchons pas à des convertis. Pour la masse des usagers de la route, les motards sont des provocateurs (ils «exhibent» leur différence et leur aisance), des gens dangereux (ils roulent trop vite), ils «gênent». Provocateurs? Le sont-ils autant que les conducteurs de très grosses berlines, ou, à l’inverse, ceux de vieux tacots (si, si) qui polluent l’odorat et la vue. Dangereux ? Vous avez entendu parler des «vaches folles»? Non. Allez par exemple du côté du tunnel du Bd Roudani, ou de toute autre station de grands taxis, vous aurez droit au franchissement de la double ligne continue, au démarrage sans clignotant, à l’arrêt au milieu de la chaussée, et sans clignotant, car le client est roi…, au «grillage» du feu rouge, ou alors à l’arrêt au feu vert pour prendre un client, qui est toujours roi… Quant à la vitesse excessive, essayez de freiner à un stop avec un grand taxi derrière, vous : c’est appel de phares, klaxon intempestif…, car vous ne faites pas comme Monsieur. On ne va quand même pas s’arrêter à chaque stop! Et le client, qu’est-ce que vous en faites? Non mais! Car pour Monsieur, il n’y a pratiquement que lui qui bosse. Vous, vous flânez. Quant au motard, il ne devrait même pas exister. Amen ! Bon, arrêtons là cette plaisanterie. Si les transports «en commun» (je parle du tramway, et de vrais autobus, propres, pas déglingués, et dont les conducteurs sourient au client, qui est, semble-t-il, roi…) apportent une solution à la mal-circulation, il est évident que les deux roues en sont également une. Toutefois, ces incivilités ne sont pas l’apanage des seuls chauffeurs de taxi. Bien entendu, tout le monde ne peut pas se payer des Goldwing ou des Electra Glyde, mais franchement, même pour les couples mariés avec enfants, une fois ces derniers ramenés à la maison, qu’est-ce qui empêche d’enfourcher une 250 CC ou même une 125 (si, si, ce sont des motos avec permis, qui roulent assez vite, et dont le design est très valorisant) pour des petites courses, des visites ou le simple plaisir de prendre un café? Passer le permis? Au Maroc, il est dix fois plus facile qu’en France, où il y a, entre autres choses, l’obligation d’aller sur la voie de circulation pour l’épreuve de conduite. Le coût du permis ? Il est cinq fois moins cher qu’en France. Le froid? Sous d’autres cieux, on roule (sur autoroute) par 0 degré Celsius, une fois bien couvert. Le standing ? OK. Mais une fois dans votre caisse, ne vous plaignez pas qu’il y a trop de monde, que le stationnement est un calvaire, que les agents de police sont sévères... Vous participez aussi à la mélasse urbaine. Au plaisir de vous voir exfiltré….
 

Par Khalid Abou Houda
Samedi 5 Juillet 2014

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