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Les gouvernements doivent donner le pouvoir aux collectivités locales pour leur permettre de créer le développement qu’elles demandent

La priorité du développement humain dans le cadre du Printemps arabe




Les gouvernements doivent donner le pouvoir aux collectivités locales pour leur permettre de créer le développement qu’elles demandent
Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la durabilité des gouvernements est aujourd’hui déterminée par la volonté des dirigeants à s’attaquer rapidement à la première cause du Printemps arabe : les niveaux honteux de sous-développement dans lesquels vivent les populations, dans un contexte de grand potentiel socioéconomique. Il est évident que cette cause est considérablement renforcée par des équipes dirigeantes riches et au pouvoir politique et économique exclusif dans une région où le moins brutal des gouvernements n’a apparemment pas encore la volonté nécessaire pour promouvoir un changement social important.
Pour parvenir à une forte hausse du développement humain – par le biais de la planification démocratique territoriale de projets en matière de lutte contre la pauvreté, d’éducation et de santé – il est nécessaire que les gouvernements décentralisent le pouvoir administratif. Ainsi, les collectivités locales –  en collaborant avec les organismes publics régionaux et privés et avec l’appui au niveau central – auront un droit de décision sur leur propre développement, facteur clé de succès. Transférer la responsabilité et la capacité au niveau local libère en effet les communautés et les incite à prendre des initiatives qui améliorent leur vie.
Les évaluations des projets de développement menées par la Banque mondiale, l’USAID, les Nations unies et d’autres organismes indiquent que la participation active des bénéficiaires de projet est aussi essentielle que le financement pour parvenir à la durabilité. En effet, la participation de la population incite cette dernière à maintenir les projets qui répondent à ses besoins les plus urgents et favorise la confiance des partenaires, notamment du gouvernement. Le grand défi à relever consiste à réussir réellement à faire participer la population au développement à grande échelle.
Des programmes de formation et des approches stratégiques de développement pour les organismes publics décentralisés permettent de catalyser directement les interactions entre les populations et les mouvements sociaux pour répondre aux besoins locaux. Les gouvernements nationaux ne devraient pas les considérer comme une menace parce qu’ils permettent de redistribuer le pouvoir (notamment financier), mais plutôt comme un moyen de renforcer l’unité nationale et d’éviter une chute précipitée s’ils n’agissent pas de manière audacieuse pour procurer des bienfaits socioéconomiques et environnementaux aux populations les plus démunies.
Basé sur ces perspectives, le Maroc – un pays relativement stable pendant le Printemps arabe – est positionné pour une avancée de développement et pour devenir un modèle pour les autres pays. Le cadre tracé par le Roi Mohammed VI pour promouvoir le développement et la démocratie consistait à relier les deux processus pour que chacun avance par l’autre. Depuis son accession au Trône en 1999, il a propulsé ce principe clé dans ses allocutions publiques, les programmes de développement national, les chartes des corps élus et même dans le choix de ses destinations à travers le pays (la grande majorité étant de nouveaux projets locaux). Au fil du temps, ces efforts ont entraîné une plus grande prise de conscience du public à l’égard du développement humain, des activités de la société civile et du soutien et de la souplesse du gouvernement.
La première annonce de la régionalisation par le Roi en 2008 et les déclarations successives présentent un système (aujourd’hui énoncé dans la nouvelle Constitution) décentralisé permettant de soutenir un développement local et régional planifié par le biais d’approches démocratiques participatives. Cependant, le nouveau gouvernement islamiste au Maroc n’a pas fait d’avancées sensibles dans la mise en œuvre de la régionalisation et le Roi, à l’occasion de la Fête du Trône, l’a exhorté à remplir cette obligation juridique.
En Egypte, la loi relative à l’administration locale – qui vise à transférer le pouvoir de gestion territoriale des gouverneurs aux représentants du peuple au sein des Conseils locaux – a été rédigée, mais n’a pas encore été adoptée. Les Frères musulmans devraient être sensibles à cette loi, leur récent succès électoral étant en partie dû (par nécessité) à leur gestion locale des affaires qui remonte à plusieurs années et qui favorise la proximité avec la population. A Gaza, avant son arrivée au pouvoir, le Hamas était également connu pour sa gestion décentralisée des services sociaux. Un principe islamique pour promouvoir la décentralisation en système national intègre les concepts de l’islam, de la choura, de la oumma, de la baya et du tawhidi – qui forment ainsi ensemble un système de gouvernance locale, appartenant à une communauté musulmane mondiale qui favorise la justice sociale, la responsabilisation des dirigeants et l’émancipation de l’humanité.  
En Cisjordanie, le plan de Fayyad comporte des éléments de décentralisation visant à renforcer l’autonomie politique et économique en élargissant le contrôle local. Cela donne à penser que dans le conflit du Sahara, la proposition marocaine de renforcer l’autonomie régionale pour permettre aux populations de gérer leurs propres affaires serait un facteur de stabilité.  
L’Irak, avec à nouveau la flambée de la violence sectaire, aurait eu avantage à adopter le fédéralisme – un système officiel de décentralisation – en 2006, lorsque cette idée avait fait son chemin. La décentralisation, qui pourrait mettre un terme aux violences et aux tensions entre chiites et sunnites, reste l’option constitutionnelle la plus viable pour l’unité du pays à long terme. En 2011, l’appel de l’émir du Bahreïn à la décentralisation a sonné faux pour la population dont le Printemps arabe faisait déjà rage. La Jordanie, quant à elle, a entamé un processus de décentralisation.
Les budgets centraux des pays de la région et l’aide au développement international devraient être davantage orientés sur l’acquisition de compétences en matière de gestion du développement local participatif et, surtout sur les projets identifiés par les collectivités locales – qui changent selon les opportunités qui se présentent à eux. L’appui à ces processus de développement démocratique de la base au sommet constitue une puissante mesure démocratique.  
Une révolution en matière de développement humain ne peut que sauver la crédibilité des gouvernements pendant le Printemps arabe, le temps ne jouant pas en leur faveur. Pour survivre, ils doivent donner le pouvoir aux collectivités locales pour permettre à ces dernières d’initier le développement auquel elles aspirent.

 * Sociologue et président de la Fondation du Haut-Atlas, une
association marocaine à but non lucratif créée par d’anciens volontaires du Corps de la paix qui se consacre
au développement communautaire au Maroc

Par le Dr Yossef Ben-Meir *
Jeudi 16 Août 2012

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