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Les gouvernements africains se font conseiller par le biais de réseaux informels

Les conseillers scientifiques en chef sont-ils vraiment nécessaires ?




Quand Sir David King a annoncé à la fin de l’année 2007 sa démission du poste de conseiller scientifique en chef, tout le monde a cru qu’on lui avait fait un pont d’or. Paul Kagame, le Président « pro-science » du Rwanda, lui aurait proposé un poste similaire à Kigali.
Même si cette offre lui a été faite, il l’a de toute évidence refusée puisque King dirige aujourd’hui le Smith School of Enterprise and Environment de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni.
Si King avait accepté cette offre, il aurait créé un précédent en Afrique. Peu de gouvernements de ce continent, si tant est qu’il y’en ait, ont un conseiller scientifique en chef. Toutefois, un article récent du South African Journal of Science (SAJS) appelait le nouveau gouvernement de ce pays, nommé par le Président Jacob Zuma le mois dernier (mai), à créer le poste de conseiller scientifique en chef.
On trouve des conseillers scientifiques dans tous les pays développés. Au Royaume-Uni, chaque département ministériel a son conseiller scientifique, en plus du conseiller scientifique en chef auprès du Premier ministre. On en trouve également en Australie et aux Etats-Unis, et, le mois dernier, la Nouvelle-Zélande a nommé son tout premier conseiller scientifique en chef.
Le rôle du conseiller scientifique en chef, qui n’a pas forcément de domaine de spécialisation, est de créer un pont entre la communauté scientifique et les décideurs politiques. Souvent, il joue également le rôle de porte-parole du gouvernement sur les questions scientifiques.
Nommer un conseiller scientifique à plein temps peut représenter une dépense extravagante pour des gouvernements confrontés à des difficultés financières. En réalité, les gouvernements africains et leurs dirigeants se font conseiller par le biais de réseaux informels de scientifiques, qui peuvent être des universitaires, des membres des académies de sciences ou de scientifiques membres du gouvernement.
Dans plusieurs cas, les gouvernements africains délèguent ce travail aux ministères scientifiques ou aux agences nationales pour la promotion de la science.
Mais chacune de ces options a ses inconvénients. Les ministères scientifiques sont souvent de petite taille et ne disposent pas toujours des ressources ou des réseaux nécessaires pour éclairer et influencer efficacement l’élaboration des politiques des autres ministères.
L’article du SAJS déplorait ainsi qu’au cours des quinze dernières années, l’action du ministère sud-africain de la science n’ait pas réussi à franchir les portes du ministère (voir Le nouveau ministre sud africain inscrira la science au cœur de son action).
Etonnamment, le Rwanda constitue une exception puisque depuis 2006 le ministère de la science est hébergé par la présidence de la République, où des questions communes à plusieurs départements ministériels sont traitées (voir“http://www.scidev.net/en/news/rwandas-president-creates-a-new-science-ministry.html” Rwanda’s president creates a new science ministry).
Les agences nationales pour la promotion de la science peuvent également avoir un accès limité aux discussions gouvernementales. Elles dépendent de la volonté et de la capacité des ministres et des présidents à identifier les domaines où les avis scientifiques peuvent être utiles, et à les solliciter.
Cette situation peut être problématique. En Ouganda, le Conseil national ougandais de la Science et de la Technologie (UNCST) a une mission consultative dans le domaine de la science. Mais, selon le secrétaire exécutif adjoint du Conseil, Maxwell Otim, la confusion entre les missions et les responsabilités des ministères fait que les personnes qui doivent donner un avis au Conseil ne sont pas clairement identifiées.
La solution consisterait, selon Otim, à renforcer la position du UNCST, afin que le Conseil puisse être davantage en mesure d’anticiper et de formuler ses conseils au gouvernement. Cependant, un conseiller scientifique en chef serait peut-être le mieux à même d’identifier les domaines politiques qui nécessitent des avis scientifiques. « Il bénéficierait d’une oreille attentive de la part du Président, en même temps qu’il serait son oreille », estime un spécialiste de la politique scientifique, qui a souhaité garder l’anonymat.
Quel que soit le système retenu pour la prise en compte des avis scientifiques, il sera inefficace si le gouvernement ne tient pas compte des avis qu’on lui apporte.
En Afrique du Sud, on reproche au gouvernement d’ignorer les avertissements des scientifiques sur l’imminence d’une crise de l’eau. Ce problème a atteint son paroxysme en novembre de l’année dernière quand Anthony Turton, un spécialiste de l’eau auprès du Conseil pour la recherche scientifique et industrielle, un organe financé par l’Etat, a été suspendu de ses fonctions avant la présentation d’un rapport critique sur les politiques publiques.
Cette affaire a fait la une des journaux sud-africains, les scientifiques et les organisations non gouvernementales ayant qualifié la suspension de Turton de “tentative de musellement” et appelé à sa réhabilitation (voir Une pétition contre la suspension d’un sud-africain expert en eau). Turton a finalement quitté son poste de son plein gré.
A mesure que l’Afrique se développe, ce type d’histoires a de fortes chances de se multiplier. Le plus surprenant est que même les gouvernements qui ont lancé des politiques scientifiques feront un jour le mauvais choix entre le bien et la facilite. Ce type d’incidents sape la confiance que le public place dans le gouvernement et peut, dans le pire des cas, se solder par des défaites électorales. En créant des postes de conseillers scientifiques en chef, et en leur donnant la parole, les chefs d’Etat africains peuvent s’éviter quelques ennuis, si et seulement si ils s’engagent à les écouter.

(Ancienne rédactrice en chef de Research Africa)*
Article publié par le Réseau sciences et développement SciDev.Net

Par Linda Nordling*
Jeudi 23 Juillet 2009

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