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Les feuilletons télévisés alimentent-ils la violence au Venezuela ?




Les feuilletons télévisés alimentent-ils la violence au Venezuela ?
Les “telenovelas”, ces feuilletons télévisés latinos-américains regardés chaque jour par des millions de personnes, alimentent-elles la violence au Venezuela, pays victime d'une criminalité record ? C'est l'accusation portée par le président Nicolas Maduro, qui leur reproche de propager des valeurs néfastes.
Après le meurtre début janvier au cours d'une tentative de vol d'une ex-reine de beauté et actrice de série, Monica Spear, le président a lancé une vaste campagne de lutte contre la violence.
Il a notamment ordonné une révision de la programmation de toutes les chaînes télévisées du pays, assurant que ces feuilletons dont les Vénézuéliens sont particulièrement friands répandaient "des anti-valeurs" telles que "la mort, le culte de la drogue, le culte des armes, le culte de la violence". 
"Je ne regarde pas de +novelas+ car je n'ai pas le temps, mais on m'en a montré une où l'héroïne tue jusqu'à sa propre mère. Comment peut-elle être l'héroïne de l'histoire?", s'est récemment offusqué M. Maduro en allusion à la série populaire "De todas maneras Rosa".
Mais pour les scénaristes comme pour les observateurs, ni les histoires violentes ni les méchants que l'on y voit à l'oeuvre n'expliquent l'augmentation du taux d'homicide dans un pays affichant un indice compris entre 39 et 79 meurtres annuels pour 100.000 habitants, selon les chiffres du gouvernement ou des ONG locales, et de toute façon, parmi les plus élevés du continent.
"Mettre la loupe sur les +telenovelas+ au Venezuela est une erreur et c'est irresponsable car tous les Vénézuéliens savent que les raisons d'une telle criminalité n'ont rien à voir avec la fiction mélodramatique mais avec des causes structurelles bien plus complexes", se défend ainsi auprès de l'AFP le scénariste Leonardo Padron.
Le gouvernement tente "de masquer sa propre responsabilité", estime-t-il, ajoutant que ce sont plutôt le fait que 92% des homicides restent impunis ou que les autorités n'aient pas la "main ferme" contre les criminels qui "stimule la délinquance".
Dans une lettre ouverte, le scénariste "De todas maneras Rosa", Carlos Pérez, a précisé au président socialiste que le personnage qu'il avait critiqué n'était pas l'héroïne, mais la méchante, "irréversiblement condamnée à échouer et à être punie pour sa méchanceté".
Les +telenovelas+ décrivent "toujours une bataille du bien contre le mal, et le premier s'impose toujours sur le second pour que règne la concorde sur le monde", explique M. Pérez.
Pour l'experte en médias de masse Carolina Acosta, "on ne peut pas dire que la +telenovela+ incite à la violence" car aucune étude n'est venue le confirmer.
Mais le président, qualifiant de "ridicules" ses critiques, a promis d'aller jusqu'à utiliser ses pouvoirs spéciaux lui permettant de gouverner par décrets pour édifier "une nouvelle culture télévisuelle et cinématographique" pour les Vénézuéliens, qui passent en moyenne six heures par jour devant leur petit écran, selon l'institut AGB Medicion TV.
Nicolas Maduro place ainsi ses pas dans ceux de son prédécesseur et mentor, feu Hugo Chavez, qui avait interdit en 2011 la diffusion des populaires "narco-novelas" colombiennes ou mexicaines, qui pour beaucoup reflètent la réalité du trafic de drogues et pour d'autres alimentent le crime et la prostitution.
M. Chavez avait également appelé en 2010 à la production de "novelas socialistes".
"Les +telenovelas+ conforment des modèles de conduites. A travers les histoires, d'amour ou d'action, on peut transmettre des valeurs humanistes", affirme Delfina Catala, productrice de "Teresa en tres estaciones" (2013), considéré comme le premier feuilleton "socialiste". 
Plus sceptiques, M. Padron et Mme Acosta contestent aussi les limites imposées aux scénaristes par la loi de responsabilité sociale pour la radio et la télévision de 2004, qui interdit la diffusion de scènes explicites de sexe ou de violence.
"Par exemple, tu ne peux pas mettre de scènes avec un joueur compulsif dans un casino", raconte Mme Acosta, professeure associée à l'Université de Géorgie, aux Etats-Unis. 
Et il devient "très difficile" d'aborder des thèmes comme le sexe, les drogues ou l'alcool, renchérit M. Padron.

AFP
Lundi 3 Février 2014

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