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Les errements de la diplomatie française face au massacre des Palestiniens à Gaza




Les errements de la diplomatie française face au massacre des Palestiniens à Gaza
Prétendre à la neutralité entre l’occupant et l’occupé, c’est souscrire à la fameuse règle de l’objectivité détournée: “Une minute pour les palestiniens, une minute pour Israël”. Les errements de la communication de François Hollande et du gouvernement français sur ce sujet en témoignent. Mercredi 9 juillet au soir, à la suite d’un entretien téléphonique avec Netanyahou, François Hollande avait jugé qu’«il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population». Ce qui a fait dire au journal Le Monde : «Ce communiqué, diffusé quelques heures avant qu’un raid israélien ne tue 9 Palestiniens attablés dans un café de Gaza, devant la demi-finale Argentine-Pays-Bas de la Coupe du monde de football, a été vivement critiqué à gauche, où il a été perçu comme un chèque en blanc accordé à Israël».
«Dans le conflit israélo-palestinien, la géostratégie se joue avec une armée surpuissante face à des civils désarmés, à la fin c’est Israël qui décide». C’est ce qui s’est passé. C’est Netanyahou qui décide d’annexer (les Territories selon les éléments de langage israéliens), d’isoler (la Bande de Gaza), après avoir massacré (les Palestiniens)...
Israël continue à agresser et occuper des territoires palestiniens, par vagues d’annexions successives, la France cafouille dans son expression  et ne pipe mot.
Au début de l’offensive israélienne contre la Bande de Gaza, Benyamin Netanyahou a prévenu : «Aucune pression internationale ne nous empêchera d’user de toute notre puissance. Nous continuerons tant que nous ne serons pas assurés que les citoyens israéliens peuvent vivre dans le calme». 
Résultat : côté palestinien, 1850 morts dont plus de 300 enfants, 9500 blessés, 180.000 déplacés, et 64 soldats israéliens. Une déclaration pour le moins floue ! La communauté internationale ne paraît pas prête à faire pression sur le Premier ministre de l’Etat juif.
Les errements de la communication de François Hollande et du gouvernement sur ce sujet en témoignent. Mercredi 9 juillet au soir, à la suite d’un entretien téléphonique avec M. Netanyahou, François Hollande avait jugé qu’«il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population». ce qui a fait dire au journal Le Monde, «Ce communiqué, diffusé quelques heures avant qu’un raid israélien ne tue 9 Palestiniens attablés dans un café de Gaza, devant la demi-finale Argentine-Pays-Bas de la Coupe du monde de football, a été vivement critiqué à gauche, où il a été perçu comme un chèque en blanc accordé à Israël».
Ce texte va à l’encontre des propos de Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement qui à la sortie du Conseil des ministres, Stéphane Le Foll, avait dénoncé d’une même voix les tirs de roquettes du Hamas et les bombardements israéliens.
Le droit d’Israël à se défendre, sans aucune mention des pertes civiles palestiniennes, suite à un coup de téléphone de Benyamin Netanyahou marquera cette phase politique et crée le doute sur la sincérité des positions ultérieures supposées plus équilibrées.
Malgré la tentative d’atténuer les effets de la controverse, François Hollande et ses communicants, n’ont rien changé au cafouillage qui est devenu un réel embarras.
Parler de la retenue quand des centaines de morts périssent sous les bombes du Tsahal, sur fond du «droit d’Israël à l’autodéfense» n’a fait qu’amplifier l’ambiguïté de la position occidentale et particulièrement de la France.
Que cela soit à Reims et son «prôner le dialogue», ou le communiqué, à la suite d’une conversation téléphonique avec Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, où il a mentionné les «nombreuses victimes palestiniennes» et souligné que «l’escalade doit cesser», tout cela n’a rien à changer. Le mal est fait et le sentiment laissé n’est que déception et amertume de la position française.
Pour les soutiens au peuple palestinien, le gouvernement et la présidence française ont en réalité laissé une«carte blanche» au gouvernement Netanyahou.
 
Equilibre ou deux 
poids deux mesures?
Quand le général de Gaulle critiquait l’agression israélienne de juin 1967, il ne faisait pas preuve d’équilibre. 
Quand les Etats européens réunis à Venise en 1980 demandaient le droit à l’autodétermination des Palestiniens et à un dialogue avec l’OLP, ils ne faisaient pas preuve d’équilibre. 
Quand Jacques Chirac s’indignait, lors de sa visite à Jérusalem en 1996, du comportement des troupes d’occupation, il ne faisait pas preuve d’équilibre.
Cette notion d’équilibre est la soupe servie par les médias quand il s’agit d’autre chose que le conflit israélo-palestinien. Ni sur l’Ukraine, ni sur la Syrie, ni sur la plupart des autres crises, il n’est question l’équilibre. Il a même été question du devoir d’ingérence, cher à Bernard Kouchner. 
 
Il s’agit bien là d’une 
diplomatie de deux 
poids deux mesures 
appuyée par les médias
Alors pourquoi ce concept n’est appliqué qu’à la Palestine ? 
Marwan Bishara (1), rappelle que le rôle des journalistes n’est pas d’être équilibré, mais d’expliquer les faits, d’expliquer les réalités (lire l’excellent article de Marwan Bishara, « De la responsabilité des journalistes, des médias et de la Palestine», Infopalestine, 9 juillet). 
Prétendre à la neutralité entre l’occupant et l’occupé, c’est souscrire à la fameuse règle de l’objectivité détournée: “Une minute pour les Palestiniens, une minute pour Israël”.
 
C’est la rupture plutôt 
que la continuité dans 
la diplomatie française
François Hollande rompt avec un demi-siècle de diplomatie menée par la France. 
Il proposait la rupture avec le sarkozysme, il le perpétue dans le plus grand silence comme dans d’autres domaines d’ailleurs !
Depuis la fin du mandat de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy a opéré le virage diplomatique et François Hollande garantit sa continuité en matière de diplomatie, malgré les réticences occasionnelles de Laurent Fabius !
La France, et au-delà du conflit israélo-palestinien, change de diplomatie. Quand De Villepin honorait la France aux Nations unies en 2003, la diplomatie française peaufine les courbettes à la diplomatie américaine. 
Fini le temps où la France faisait entendre sa voix singulière, pour critiquer les Etats-Unis ou l’occupant israélien
La thèse du «terrorisme et l’islamisme qui menaceraient la France, les fondements de la civilisation occidentale, et que nous serions engagés dans une «guerre contre le terrorisme» de longue durée devient le socle idéologique et civilisationnelle de la pensée étrangère de la France!
Alain Gresh écrit : «Cette analyse repose en particulier sur la conviction que la France appartient au monde occidental, par opposition notamment au monde islamique. Et le terrorisme représente une menace d’autant plus grave qu’il est relayé par un ennemi intérieur clairement identifié, des musulmans qui se radicalisent — les autorités surfent ainsi sur l’islamophobie dominante, au risque, une fois de plus, de renforcer le Front national» (3).
 
Une inflexion ou une 
indignation sélective ?
Les visites de l’ambassadeur de France dans le sud d’Israël pour rassurer nos compatriotes qui s’y trouvent — le même ambassadeur qui avait salué «l’engagement courageux» de jeunes Français dans l’armée israélienne.
 
Qui conseille 
François Hollande?
Le pouvoir, au sein des instances de l’Etat, et entre les mains d’une nouvelle génération formatée Full Bright ou Young leaders en plus de Sc-Po et l’ENA, qui impulse ce virage politique : le futur conseiller diplomatique de Hollande, le chef de cabinet de Fabius, le représentant de la France aux Nations unies, le directeur des affaires stratégiques du ministère de la Défense. Ni de droite ni de gauche, admiratifs des Etats-Unis, partisans des interventions militaires et de l’OTAN, obsédés par la «guerre contre le terrorisme» et contre l’islam, grands admirateurs d’Israël, ils s’incrustent au cœur de l’appareil d’Etat et garantissent la continuité de la diplomatie française, quel que soit le parti au pouvoir.
 
Qu’en est-il à Gaza ?
Il faut continuer à informer sur la situation malgré la diplomatie défaillante. Même  si Gaza a été calme aujourd’hui, il reste sous maîtrise d’Israël qui en contrôle les principaux accès dont  le port, l’aéroport, le réseau d’eau et d’électricité. 
r
 

Les errements de la diplomatie française face au massacre des Palestiniens à Gaza
(1) Marwan Bishara : est un Palestinien chrétien de nationalité israélienne, né à Nazareth. Intellectuel d’envergure internationale, ancien professeur en relations internationales à l’Université américaine, et membre de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris, analyste politique éminent du média Al Jazeera. Il exerce également comme journaliste dans The New York Times, The Washington Post, Newsweek, The Guardian, The Nation, The Huffington Post, Le Monde, et donne de nombreuses conférences.
Il écrit principalement sur ​​la politique mondiale et est reconnu comme une autorité parmi les plus pertinents analystes des enjeux mondiaux, la politique étrangère américaine et le Grand Moyen-Orient.
Il est engagé dans son domaine de pertinence devant le grand public, ainsi que contre l’apartheid en Palestine, et pour la liberté d’expression dans les pays arabes. 
Il est président de la Fondation Galilée, un organisme caritatif britannique qui fournit chaque année plus de cent bourses d’études à des étudiants.

Par Mohamed Bentaha
Lundi 11 Août 2014

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