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Les enseignants marocains à l’étranger mécontents de leurs conditions




Les enseignants marocains à l’étranger mécontents de leurs conditions
Les enseignants 
marocains officiels 
tirent la sonnette d’alarme. Leurs 
conditions 
professionnelles 
et psychologiques ne sont pas au beau fixe. Après plus de dix ans d’exercice, ils se 
retrouvent dans une 
situation qu’ils 
qualifient de lamentable. Voici une lettre 
de l’un des profs 
exerçant en Belgique 
qui essaye de mettre 
l’accent sur leur 
situation… Ceci dit,
 il reste toujours à savoir que ce n’est là qu’une version des faits et que d’autres établissements, institutions ou même 
associations concernés ont le droit d’apporter 
la leur.
 
Les enseignants marocains à l’étranger sont détachés auprès de la Fondation Hassan II des ressortissants marocains à l’étranger, après succès au concours organisé par le ministère de l’Education nationale (MEN). Laquelle réussite prévoit un enseignement à l’étranger (Belgique, France, Espagne, Allemagne, et Italie ) de la langue arabe et de la culture marocaine, pour une durée de deux ans renouvelable deux fois, sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, en tant que personnel des ambassades du Maroc, grade de fonctionnaires en mission officielle.
Après neuf ans d’exercice, de labeur, de sacrifices, et d’efforts strictement individuels, en absence totale de la Fondation Hassan II en particulier et à l’insu de l’Etat marocain en général, après neuf ans donc, surgit de nulle part la décision vindicative et belliqueuse de “terre brûlée” aussi aléatoire et irresponsable soit-elle : arrêter subitement tout, faire table rase, et repartir de zéro sans destination, sans boussole et sans moyens …
C’était également neuf ans d’injustice, de préjudices, de harcèlement, et de maltraitance au travail : nous étions tout le temps soumis au chantage et aux pressions psychologiques sous menace permanente d’expulsion. De nombreux départements et responsables s’immiscent dans nos affaires: le ministère chargé de la Communauté  marocaine résidant à l’Etranger, le ministère de l’Education nationale, la Fondation Hassan II, les coordonnateurs, les ambassades, les consulats, les responsables des associations belges, le gouvernement de la communauté francophone wallonne,  et quelques parents d’élèves sont à des degrés différents responsables du tort qui nous a affectés:  lesdits intervenants n’ont en fait ajouté à la mission d’Elco aucune plus-value en dehors des seuls et uniques efforts des enseignants. Au contraire, leur grand nombre a gravement nui au déroulement normal de l’opération éducative, et ce, pour des raisons de divergences d’objectifs, d’inexistence de concertation et de dialogue, d’absence de connaissances élémentaires sur le déroulement de l’opération d’éducation sauf l’école belge bien entendu, et pour bien d’autres raisons à caractère politico-socio-administratif et de nature structurelle. Au pays, tous nos ministères de tutelle ne croient pas du tout en notre mission, et ne voyaient en nous que des chanceux qui perçoivent trop d’argent pour ne rien faire et pour être juste et honnête envers les Marocains, il faudra faire profiter tous les enseignants à tour de rôle de ce privilège; les ambassades et les consulats nous considéraient  toujours comme des intrus ou même des concurrents contre lesquels ils ont affiché opacité par dissimulation de nos droits, fermeture des portes arrogance, et parfois même de solennelles hostilités. 
Les parents d’élèves en grande partie croyaient que nous sommes une bande de pistonnés nouant de solides relations avec les hautes sphères de l’Etat; ils n’hésitaient donc pas à nous demander des médiations, parfois louches et dans le meilleur des cas, nous sommes pour eux des compétents irréfutables qui peuvent apprendre la langue et la culture marocaines aux enfants en 90 jours; les dirigeants des associations, eux, sont convaincus que nous sommes une bande de mouchards fortunés qui sont là pour les espionner au profit des autorités marocaines. 
Pour les élèves, nous ne sommes que des étrangers illégaux venus de pays lointains sous-développés pour leur voler leur temps libre et leur apprendre des choses bizarroïdes et inutiles. C’est dans ce climat très tendu, très confus, hétéroclite qu’on était appelée à travailler. Climat où le nombre d’heures de travail et leur répartition, l’état des locaux et leurs emplacements, ne répondent pas du tout aux critères éducatifs, les contenus cognitifs préconisés à être enseignés et leurs méthodes pédagogiques sont des plus dérisoires que l’on puisse imaginer. 
Malgré les handicaps et ce déficit de tant d’autres composantes de l’action pédagogique, nous avions su réaliser des exploits très respectables et inespérés, sans jamais oser protester ni réclamer quoi que ce soit, toujours aux aguets car, une invraisemblable calomnie anonyme peut entraîner une mise à pied définitive, sans avertir et sans laisser aucune chance pour se défendre.
Sur le plan professionnel, nous sommes arrivés en 2004 à Bruxelles en tant que professeur de l’enseignement primaire, bientôt dix ans, mais rien ne change. La même situation administrative perdure. Ne serions-nous pas des êtres atemporels? Bien que la loi nous donne droit à des promotions soit par ancienneté, soit par diplôme ou concours, personne ne se souciait de la reconnaissance et la régularisation financière de nos droits. Notre salaire était plus constant que la constante  K. Il est d’ailleurs calculé sur une base aléatoire très subjective; le dossier professionnel d’un très grand nombre d’enseignants est bourré de fautes graves dont quelques-unes nécessiteraient un recours au tribunal pour les rectifier. 
Si telle était notre situation avec le profil  décrit  antérieurement, notre vie professionnelle ne pourrait  qu’empirer. Ainsi, le corps de notre profession s’érodait et son âme s’usait  en une hémorragie coulant sans cesse. Car personne ne voulait ni de  la fertilité de nos compétences ni de notre créativité professionnelle. Dans ce cas, ni l’enthousiasme patriotique ni l’ambition de plaire à ses patrons à eux seuls ne suffisaient pour se forger une vraie carrière réussie. Ceci, bien au contraire, n’aboutirait qu’à de minables carriéristes auxquels nous refusions de nous en réduire. 
Dans l’espoir de dépasser cette misérable situation avec tous les maux qui la caractérisent vers une meilleure, il nous a fallu créer un mouvement contestataire parmi les enseignants pour libérer notre travail du joug du tâtonnement et de l’anarchie qui régnaient quant à la gestion de ce dossier.  Il faudrait  revaloriser notre effort à sa juste valeur pour qu’il soit utile, nécessaire, efficace, et productif. 
Pour cela, le Syndicat national de l’enseignement affilié à la Fédération démocratique du travail a pu nous offrir un cadre de rencontre pour nous exprimer, nous indigner, et lutter contre le grand tort qui nous a lésés depuis notre arrivée en Belgique. Depuis 2005 jusqu’à 2013, nous avions usé de toutes sortes de protestations et de réclamations. Nous avons pu récupérer  très peu de nos droits, essentiellement quelques arriérés de nos promotions accumulés depuis très longtemps et payés de façon forfaitaire après dix ans de leur juste valeur.

Jeudi 20 Février 2014

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