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Les enjeux d'un anniversaire




C'est le jubilé d'or pour le premier parti de gauche au Maroc. Cinquante ans de lutte et de présence rayonnante dans le champ politique national. L'USFP en célébrant ses cinquante ans d'existence s'offre une formidable séquence de communication sous le signe de la mémoire et de l'espoir.
Les collègues de la direction du parti ont mis au centre de cette commémoration, le thème de l'histoire du parti en ouvrant ses archives à l'attention des citoyens et spécialistes de la chose politique. Une manière de remettre de l'ordre dans une certaine approche qui a tendance à aller vite en besogne en signifiant la fin de l'USFP. En ouvrant ce pan de son histoire, le parti rappelle qu'il en a vu d'autres. La phase actuelle marquée par une crise profonde qui touche carrément à un niveau identitaire n'est qu'une nouvelle dimension d'un processus qui remonte loin. Un parcours ayant subi les aléas nés de son propre développemnt mais qui a toujours su les transformer en phase de souligner un nouveau départ. Déjà, la date emblématique n'est que l'expression d'une forme de dépassement d'un blocage auquel était voué le mouvement national issu des luttes pour l'indépendance. Ce retour sur la mémoire s'offre alors comme un hymne d'espoir puisqu’ il dit la réalité d'un ancrage et la profondeur d'un engagement au bénéfice des forces populaires.
Tout est beau alors dans les meilleurs du monde?  La question peut paraître saugrenue au moment où l’on annonce la fin de l’histoire du fait  justement du triomphe du modèle démocratique issu du libéralisme. Triomphe illustré également par la reconversion d’anciens mouvements dits révolutionnaires aux thèses de la démocratie représentative: les urnes paraissent aujourd’hui comme l’horizon incontournable de la modernité politique. Les révolutionnaires d’hier ne posent plus la question du pouvoir et se contentent d’un programme de réformes basé sur des élections libres et la séparation des pouvoirs. Le programme de l’époque de Montesquieu en somme.
Mais aujourd'hui le tableau n'est pas brillant. Ce sont justement les aspects où la démocratie, au sens dominant actuel, qui donnent des signes d’essoufflement. Ce qui pose des questions délicates aux socialistes: comment sauver la démocratie dite bourgeoise par les moyens de la démocratie? Tâche rude.  Les urnes ne mobilisent plus les citoyens. L’abstentionnisme est devenu désormais une donne structurale du jeu électoral. Les élections municipales, un scrutin de proximité par excellence ont enregistré un nouveau record d’abstentions; près de la moitié des électeurs n'a  pas fait le déplacement. Et on ne peut pas dire qu’ils sont tous des pêcheurs, comme le dit une image folklorique de la belle époque électorale. Partout, dans les grandes démocraties comme dans les pays en période de transition, un vent de scepticisme souffle sur les urnes.
On peut ajouter à cela les scandales des affaires qui ont terni l’image du mandat politique. Au Japon l’alternance se fait au rythme de l’ampleur du taux de corruption atteint. En France, en Allemagne, l’argent a fait tomber des ténors de la politique. Chez nous les trafiquants de drogue se recrutent également au sein du personnel politique. C’est un goût amer qui reste dans l’âme quand on envoie des figures tomber à coup de scandales de nature diverse.
Les urnes ne sont plus ni un moyen de contrôle citoyen ni un vecteur de renouvellement des élites.
On peut y ajouter aussi l’éclatement de la fameuse notion de la séparation des pouvoirs. La démocratie représentative est née avec le principe de l’existence de trois pouvoirs majeurs, législatif, exécutif et judiciaire. Tout le progrès démocratique est le fruit d’un savant dosage entre leurs prérogatives. Aujourd’hui cela ne veut plus rien dire. D’autres pouvoirs sont entrés en jeu et exercent une véritable souveraineté: le pouvoir médiatique, le pouvoir économique, le pouvoir technologique et surtout le pouvoir financier. C’est la Bourse qui mène le monde aujourd’hui. Les élections, les alternances n’y peuvent rien.
Attention, il ne s’agit pas d’être fataliste! Il y a encore de la place pour l’imagination; pour la gauche, c’est bien au contraire le début d’une nouvelle histoire, pour forger un nouveau projet politique de civilisation, débarrassé des archaïsmes d’un progressisme déterministe et mécanique. Changer le monde est une utopie toujours à l’ordre du jour d’une gauche émancipée des vérités absolues, refusant de subir les  volontés imaginaires d’une histoire fétiche. Bref un nouvel engagement sans garantie de réussite: travailler sur un pari improbable et pourtant nécessaire, pour le triomphe de l’humanité dans l’homme. C'est aussi l'une des leçons de ce glorieux cinquantenaire. 

Mohamed Bakrim
Vendredi 4 Septembre 2009

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