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Les drogues légales donnent des sueurs froides au Portugal




Les drogues légales donnent des sueurs froides au Portugal
"Livraison à domicile: champignons magiques, salvia divinorum, herbes et beaucoup plus... 20% de réduction sur la première commande". Ces petites affiches placardées dans les rues de Lisbonne seront bientôt des objets de délit.
Les autorités sanitaires portugaises ont décidé d'entrer en guerre contre une quarantaine de "smart shops", points de vente de ces "euphorisants légaux" qui ont essaimé à travers le pays depuis 2007.
La prolifération de ces drogues de synthèse --qui reproduisent notamment les effets du cannabis, de la cocaïne ou de l'ecstasy-- et des plantes hallucinogènes donne du fil à retordre à tous les législateurs européens.
Les fabriquants de drogues de synthèse exploitent le vide juridique en modifiant régulièrement la composition chimique de leurs produits, au fur et à mesure que des substances sont interdites.
Au Portugal, c'est de l'île de Madère que sont parties les premières salves contre ces drogues.
"Les autorités locales ont sonné l'alarme car la consommation de ces substances psychoactives a augmenté fortement en peu de temps, avec à la clé de graves conséquences", a expliqué à l'AFP, Alvaro Carvalho, directeur national du programme de santé à la Direction générale de la Santé.
"Depuis janvier 2012, quatre personnes sont décédées et 170 autres ont été internées", essentiellement pour attaques psychotiques et complications cardiaques, a-t-il affirmé.
Le gouvernement régional a ainsi promulgué début novembre une loi interdisant des substances psychoactives figurant sur une liste établie par l'Observatoire européen des drogues et des dépendances (OEDT), entraînant la fermeture des smart shops de l'île.
Au plan national aussi, les autorités envisagent de présenter un projet de loi d'ici la fin du mois afin de contrer ce phénomène en s'inspirant des dispositions prises par d'autres pays européens, tels que le Royaume-Uni ou l'Italie.
Il s'agit pourtant d'une cible mouvante, dont témoignent les 57 nouvelles substances détectées par l'OEDT rien que depuis le début de l'année.
Commercialisées sous forme d'encens, sels de bains, pilules, herbes et fertilisants, les drogues dites légales connaissent un succès grandissant auprès d'une frange de la jeunesse portugaise, en particulier des adolescents, même si ces substances sont en principe interdites aux mineurs.
A Lisbonne, une dizaine de smart shops sont implantés près des bars et discothèques des quartiers branchés du Bairro Alto et du Cais do Sodré. A l'intérieur de ces boutiques à la devanture plus ou moins discrète, les pipes à eau, narguilés, aphrodisiaques et autres feuilles à rouler s'étalent sur les présentoirs.
Intercalés entre ces produits, de petits paquets au design soigné et coloré promettent des soirées saisissantes à des tarifs attractifs, à partir d'environ 10 euros.
"Nos clients recherchent avant tout des alternatives légales qu'ils peuvent obtenir sans courir le risque d'être agressés ou interpellés", déclare un responsable d'un smart shop, qui n'a pas souhaité être nommé.
Mais pour Joao Goulao, responsable du Service d'intervention sur les comportements addictifs et les dépendances (SICAD) et président du conseil d'administration de l'OEDT, "la vente libre de ces substances leur confère une fausse sensation de sécurité et ce n'est vraiment pas le cas".
Ce médecin, artisan de la dépénalisation de la consommation de toutes les drogues en 2001 au Portugal, souligne ainsi l'augmentation de cas de consommateurs hospitalisés en urgence et "la difficulté du personnel médical à réagir par manque de connaissance de ces produits". Marco, fumeur régulier de cannabis, a franchi le seuil d'un smart shop deux ans auparavant, "lorsqu'il est devenu difficile de se fournir auprès de revendeurs habituels".
Mais ce cadre trentenaire a constaté que l'effet de l'herbe de synthèse était "beaucoup plus fort". "Surtout, raconte-t-il, j'ai fait trois baisses de tension en six mois alors que ça m'était arrivé une fois en plusieurs années avec du +vrai+ cannabis." Face au durcissement de ton des autorités et à une médiatisation croissante des méfaits des drogues légales parmi les jeunes, les responsables de smart shops ne se font pas d'illusions.
"A partir du moment où des produits seront interdits, nous respecterons la loi et nous nous adapterons", confie l'un d'eux tout en déplorant la stigmatisation de son activité et le "manque d'information" des néophytes.
Marco, de son côté, met en doute la capacité des smart shops à contrôler l'âge de leur clientèle. Mais, s'inquiète-t-il, "que vont faire maintenant ceux qui ont essayé ces produits en toute légalité, passer aux drogues illicites?"

AFP
Jeudi 29 Novembre 2012

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