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Les crises sécuritaires en Afrique




Les crises sécuritaires en Afrique
Un pays jouissant d’abondantes richesses naturelles ne peut aucunement se développer dans un environnement d’instabilité sécuritaire: c’est la première leçon qu’il faut tirer des crises en lien avec la sécurité en Afrique.  Mais  y a-t-il des cas spécifiques qui engendrent de telles rébellions, (conflits sans fin, guerres civiles, soulèvements populaires, mouvements terroristes etc.) en Afrique?
Etudes de deux pays 
africains : le Nigeria et les (deux) Soudans
 
Le cas du Nigeria
Ce pays dont l’économie est considérée comme dynamique est aujourd’hui touché par une crise qui, chaque jour, ouvre une nouvelle page dans son histoire. Et ces pages ne cessent de devenir de plus en plus sombres non seulement pour le pays lui-même mais aussi pour le continent dans son ensemble. Ces moments difficiles que traverse le pays sont de part et d’autre attribués à Boko Haram, mouvement «terroriste» vu comme une secte islamique.
Mais ce serait naïf et ignorant de nier le fait que les causes principales de la crise sécuritaire nigériane en lien avec Boko Haram sont dues à la disparité entre le Nord et le Sud et la non-mise en application de la Charia au Nigeria, en particulier au Nord.
La Charia, c’est la loi islamique guidant la vie d’un musulman légal. Elle défend vigoureusement les enseignements et vertus de la religion islamique. Elle «s’oppose» aussi à toute chose en provenance de l’Occident : la civilisation occidentale. Toute déviation ou infraction de cette loi attirerait des punitions terribles telles que l’amputation, la mort, l’emprisonnement, le lynchage, le bannissement entre autres. Néanmoins d’autres savants et cadres politiques musulmans dénoncent la mal interprétation de ladite  loi. Un exemple palpable est celui de Kadhafi qui s’était opposé à sa mise en œuvre durant son règne à la tête de la Libye.
 
La non-mise en 
application de la
Charia au Nigeria
Cette question est historique. A l’époque de la colonisation de l’Afrique (de l’Ouest), les puissances coloniales se sont installées dans les zones côtières, qui sont généralement la partie-Sud (ou australe) de beaucoup de pays africains. La raison principale étant le moyen de transport, ces puissances se sont rendues sur les territoires africains principalement par la mer ou le fleuve. Ce phénomène avait permis le développement des villes situées au Sud au détriment de celles du Nord. Puisque les administrations coloniales avaient siégé au Sud, elles y avaient construit des hôpitaux, des routes, des centres de loisir, des écoles (missionnaires) entre autres dont avaient bénéficié et continuent d’en bénéficier les populations du Sud.
Mais dans le cas du Nigeria, les provinces du Nord majoritairement composées de musulmans avaient résisté aux puissances coloniales en leur refusant de mettre en place des infrastructures de base comme des écoles missionnaires ou encore des hôpitaux; ceci est dû aux différences religieuses et peut-être idéologiques. La conséquence étant donc l’inégalité politique, socioéconomique et intellectuelle entre le nord et sud.
 C’est en 2000 que la Charia vit une progression catalysée quand Ahmed Yeriama, le gouverneur de la province de Zamfara, située au nord-ouest du pays, avait introduit et par la suite mis en œuvre cette loi avec beaucoup de controverses et tensions au sein de la classe politique nigériane. Conséquemment, huit provinces du Nord l’avaient aussi mise en application. L’aspect destructeur de cette évolution est  que Mohammed Yusuf, le chef de Boko Haram à l’époque, avait fait montre d’hostilité envers le gouvernement et les autorités provinciales quand la loi n’avait pas été appliquée en intégralité dans son village natal, Borno. Lui et quelques indigènes de Borno devinrent très hostiles  au gouvernement en créant donc Boko Haram (qui était considéré comme un groupuscule d’individus sans soutien) en 2002 dans la ville de Maiduguri avec pour objectif d’instaurer un Etat islamique dans la province de Borno et éventuellement dans tout le Nord. Durant cette période, ils avaient  entrepris plusieurs attaques meurtrières. Le gouvernement, lui, n’avait pas réagi concrètement à ces attaques qui s’annonçaient déjà provocatrices.
 
La disparité entre 
le Nord et le Sud
Avec une population d’environ 170 millions d’habitants, le Nigeria est un pays incontestablement doté d’innombrables ressources (comme beaucoup de pays africains) qui pourraient libérer une grande partie de sa population de la tyrannie économique, c’est-à-dire de la pauvreté abjecte.
Sur le papier, il est très riche et son avenir s’annonce prometteur avec un PIB de 7,4% (2014). Selon la Banque centrale nigériane (Central Bank of Nigeria), le PIB a connu une croissance annuelle moyenne de 6,8% par an entre 2005 et 2013. Une bonne performance pour un pays africain en « développement».
Malgré les bonnes lectures économiques et au-delà des chiffres, la grande majorité de la population nigériane connaît une situation pas du tout enviable. Surtout au Nord, comme c’est typique des pays africains, la situation est vraiment à déplorer. 90% des populations du Nord vivent avec moins de deux dollars par jour et le pays est à la traîne dans des secteurs clés tels que la santé et l’éducation. Au Nord du Nigeria, les vieux hôpitaux manquent de matériels et les écoles sont dans un état délabré. Bref, la région Nord du pays est dépourvue de moyens de base pour mener une vie confortable.
En outre, cette région se sent marginalisée des prises de décisions politiques. De ce fait, il est fort probable que les hommes politiques originaires du Nord apportent des soutiens de toute sorte à Boko Haram rendant la secte très puissante, voire incontournable. Le président nigérian Goodluck Ebele Jonathan, en est lui aussi conscient, en affirmant que les Boko Haram font partie de son gouvernement.
Pour les «followers» de la secte, ce sont des petites gens avec des cœurs pleins d’amertume illettrés et sans emploi… ne pouvant pas assurer leur quotidien.
 
Crimes économiques 
et corruptions
Voici un exemple concret des crimes économiques au Nigeria : il y a quelques mois, la fille de Goodluck Jonathan a reçu lors de sa cérémonie de mariage plus de quatre-vingt voitures de luxe comme cadeaux de mariage. Quatre-vingt voitures pour une seule personne ! Ces cadeaux que l’on ne pourra justifier en aucun cas proviendraient justement des proches du président qui s’enrichissent illicitement.
 
Le cas du Soudan du Sud
Comme mentionné, les puissances coloniales avaient traité avec les populations du Sud pendant leur conquête des territoires africains. Mais dans le cas du Soudan (avant sa partition en 2011), l’histoire est inversée. Les populations de la région nordique, à majorité arabo- musulmane, avaient joui d’une relation très cordiale avec la puissance coloniale, la Grande-Bretagne. L’administration coloniale anglo-égyptienne avait choisi de diriger ce vaste pays comme s’il s’agissait de deux Etats distincts. Elle assurait le contrôle du Sud à travers les chefs tribaux et n’y intervenait que sporadiquement, souvent pour régler des conflits entre indigènes. Ces deux formes de gouvernance étaient les principales causes de la prolifération des soulèvements populaires originaires du Sud à l’époque.
Toutefois, dix ans avant l’indépendance du Soudan en 1956, l’administration coloniale avait décidé d’abandonner les deux politiques de gouvernance en faveur d’une seule (donnant autorité suprême aux gens du Nord) sans avoir au préalable consulté les populations du Sud qui se sentaient déjà marginalisées sur le plan politique, économique et culturel. Donc au moment de l’indépendance, il existait des tensions fortes non résolues. C’était en raison de ces tensions que la première guerre civile avait éclaté, en particulier, celle qui durera plus de vingt ans.
Même après que le Sud-Soudan s’était retiré du Soudan le 9 juillet 2011, les moments qui avaient succédé à cette période ont été marqués – et le sont toujours, par des conflits endémiques au Soudan du Sud. Le principal mouvement de libération, l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) qui avait conduit le Sud-Soudan à son indépendance et qui devint automatiquement le parti au pouvoir est aujourd’hui accusé de dictatorial, d’insensible (aux malheurs de la population) ou encore d’incompétent au sujet des problèmes de gouvernance. La situation politique et humanitaire actuelle au Soudan du Sud est déplorable. Beaucoup y compris les puissances occidentales à l’instar des Etats-Unis croyaient que la sécession du Sud-Soudan marquerait la fin des hostilités au Soudan. Mais les conséquences actuelles se passent de tout commentaire.
L’APLS ne peut jamais gouverner le Soudan du Sud avec succès. Parce qu’il n’était qu’un mouvement de libération qui n’avait peut-être aucune  vision de gouverner le pays un jour. Pour preuve, il n’a jamais eu de programme de gouvernance.
 
Que faire?
Personne ne naît terroriste et je ne pense pas non plus que quelqu’un soit baptisé terroriste à sa naissance. Une personne pourrait devenir un danger ou une menace pour la société en fonction de la situation. C’est pour dire qu’il y a toujours un élément déclencheur. Comme le formule le préambule de l’Unesco, «c’est dans l’esprit des hommes que naissent les guerres; c’est dans leur esprit qu’il faut ériger les défenses de la paix».
La situation actuelle au Soudan du Sud explique de façon évidente le rôle de la colonisation dans les instabilités en Afrique. Elle montre également comment la gouvernance en Afrique inspirée des institutions occidentales serait mal adaptée à l’Afrique.
Pour une solution radicale et durable, les pays occidentaux devraient cesser d’apporter des soutiens (financiers) aux pays africains en faillite. Que ces Etats trouvent leur propre voie. Ils devraient également cesser d’influencer négativement la gouvernance en Afrique en imposant des ajustements (politiques…) inadaptés au climat politique. Les conséquences de telles actions pourraient être difficiles  à supporter dans l’immédiat mais à long terme,  ces pays sortiront victorieux.
Quant au Nigeria, si aucune solution n’est trouvée avant les présidentielles de 2015 afin d’atténuer l’atmosphère d’insécurité, les conséquences seraient désastreuses. Que la société civile nigériane mette la pression sur Goodluck Ebele Jonathan pour démissionner s’il ne parvient pas à résoudre la crise sécuritaire qui menace le pays.
 
 
 
 

Par Isidore Kpotufe Dirigeant d’Imani francophone. Article publié en collaboration avec le think tank Imani
Mercredi 13 Août 2014

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