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Les coulisses peu reluisantes de l’athlétisme kenyan




Compétition acharnée entre camps d’entraînement, agents plus ou moins véreux, athlètes courant derrière la gloire, l’athlétisme est devenu au Kenya ce que le football peut être dans certains pays d’Afrique de l’ouest, une histoire de gros sous.
La récente décision, sans précédent, de fermer un camp d’entraînement pour jeunes athlètes sur fond d’accusations d’abus sexuels a levé le voile sur les pratiques douteuses d’un milieu peu réglementé qui offre pourtant au pays une moisson continuelle de médailles olympiques dans le fond et le demi-fond.
La perspective de gains importants, notamment dans les épreuves de marathon aux Etats-Unis et en Europe, a entraîné une prolifération de camps d’entraînement privés, environ 25 à présent, concentrés pour la plupart dans la Vallée du Rift (centre-ouest).
Hormis une poignée d’entre eux qui jouissent d’investissements conséquents, la plupart de ces camps, y compris celui récemment fermé de Kiptenden, ne disposent pas de l’eau courante, rarement de l’électricité.
La vie s’y organise généralement autour d’un personnage, à la fois entraîneur, manageur, agent et propriétaire des installations.
Le patron de la Fédération d’athlétisme kenyane, Isaiah Kiplagat reconnaît une absence quasi-totale de contrôle sur ces clubs, affirmant toutefois que de nouvelles règles d’encadrement devraient bientôt être appliquées.
“Les règlements intérieurs des clubs sont désormais validés par la Fédération, mais nous venons de mettre sur pied un comité pour vérifier que les clubs se conforment à ces règles”, explique M. Kiplagat.
“Notre position est très claire: les athlètes devraient pouvoir s’entraîner dans un environnement sain et convivial. Les clubs doivent disposer d’entraîneurs, d’instructeurs et d’installations où les logements pour les filles et garçons sont séparés”, ajoute-t-il.
“Au regard des règles de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), les agents ne peuvent pas signer ou récupérer un athlète sans le consentement de la Fédération. Mais, malheureusement, certains manageurs contournent (la règle) et les inscrivent dans des compétitions à l’étranger”, reconnaît-il.
L’entraîneur Francis Kamau dénonce ainsi le “braconnage” de jeunes talents repérés dans de petites structures: dépourvus de droit de regard sur leur calendrier, fixé par leur manageur, ils sont ensuite contraints de multiplier les courses à l’étranger ou tout simplement rejetés s’ils ne font pas leurs preuves.Kamau explique ainsi que trois de ses jeunes athlètes ont été débauchées de son club Mfae de Nyahururu (centre) et récupérées par un camp d’Eldoret (Vallée du Rift) en 2007.
“Ces filles sont parties après que leurs parents eurent reçu la promesse de toucher deux millions de shillings par an (environ 20.000 euros), ce qui était un pur mensonge”, assure-t-il.
“Ces gens sont dans un business. Ils prennent des athlètes pour l’argent qu’ils vont générer et dans la plupart des cas, ils n’en reversent rien aux clubs formateurs. Pourquoi les braconniers dépenseraient de l’argent pour les bêtes qu’ils braconnent?” se désole-t-il.
L’entraîneur et propriétaire du camp de Kiptenden, David Kosgei, interdit d’exercice depuis la fermeture de son camp, clame son innocence et impute ses problèmes actuels à la rivalité d’autres camps qui lorgnent sur ses jeunes talents.
Sur place, non loin des vastes plantations de thé de Kericho, à 350 km à l’ouest de Nairobi, le camp d’athlétisme ressemble à s’y méprendre à une ferme.
La quinzaine d’athlètes, des adolescentes de 13 à 17 ans, passaient en effet une partie de leur journée à cultiver la terre et préparaient leurs repas avec leur production.


AFP
Jeudi 22 Octobre 2009

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