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Les citoyens se sentent en insécurité mais les pouvoirs publics rassurent

L’éternel débat sur les statistiques traitant de la criminalité refait surface




Les citoyens se sentent en insécurité mais les pouvoirs publics rassurent
Les pouvoirs publics persistent et signent. La situation sécuritaire au Maroc est rassurante comme en atteste la baisse du taux de criminalité notamment des crimes violents (homicides volontaires, agressions à l’arme blanche, vols qualifiés, vols à l’arraché, vols de voitures, enlèvements, viols…). Selon la Direction générale de sécurité nationale (DGSN),  l’année 2013 a enregistré une baisse de 2% de ces crimes et les homicides volontaires n’en constituent que 1,91%. Casablanca qui figure parmi les villes à fort taux de criminalité, a connu une diminution de l’ordre de 11,24% du nombre des crimes, soit 2.767 affaires de moins.  Des tendances confirmées par le ministère de la Justice et des Libertés qui a révélé que le nombre d’affaires sur lesquelles les tribunaux se sont prononcés a chuté de 1.657.000 en 2002 à 1.217.000 en 2010 et 458.000 en 2013.  
Intervenant lors d’une émission télé sur la première chaîne nationale, un commissaire de la DGSN a indiqué que ces baisses trouvent leur explication dans l’efficacité du travail de la police nationale comme en témoigne l’augmentation du nombre d’affaires élucidées qui est passé de 9.742 en 2012 à 12.074 en 2013, soit un taux d’élucidation de 80,69%. Ce qui a permis l’interpellation de 9.959 personnes dont 7.750 en flagrant délit et 27.964 antérieurement recherchées. 
La criminalité est-elle vraiment en baisse au Maroc?  Il faut d’abord préciser que ces statistiques proviennent des services de police, première autorité chargée de lutter contre la criminalité et la protection des citoyens. Du coup, ces chiffres sont à prendre avec certaines réserves. On se demande si ces services disposent de suffisamment d'impartialité pour être à la fois juge et partie et évaluer objectivement la situation sécuritaire dans le pays sachant toutefois qu’ils sont soumis à la pression des résultats et doivent rendre compte à leur hiérarchie. 
Il n’y a  donc aucun moyen de vérifier si la criminalité dans son ensemble a fait un bond en avant ou si elle a reculé d’autant que le Maroc ne dispose pas encore d’un observatoire indépendant de la criminalité ou de centres privés de recherche sur le sujet. 
Rappelons, toutefois, qu’il suffit d’un déploiement massif de policiers dans des opérations coup de poing pour  engendrer davantage d’interpellations et impacter positivement les statistiques au niveau national. 
Ensuite, ces chiffres ne sont ni complets ni exhaustifs. Une grande marge de crimes ne parvient jamais aux commissariats de police. En effet, nombreuses sont les victimes qui  ne portent pas plainte, soit par peur, soit par crainte que leur cas ne soit pas traité ou tout simplement à cause de la lourdeur des procédures administratives.     
Puis, ces chiffres notamment ceux relatifs au taux d’élucidation posent un autre problème, à savoir celui des composantes  de celui-ci. En effet, certaines infractions connaissent un taux d’élucidation beaucoup moins probant que d’autres, ce qui altère, en fin de compte, les données. Les experts en criminologie sont unanimes à considérer que le taux d’élucidation global des infractions est une construction acrobatique qui mélange toutes sortes d’éléments.
Pourtant, statistiques ou pas, il est difficile de convaincre les Marocains que l’insécurité est en baisse. Pour eux, il est devenu quasi impossible de ne pas ouvrir un journal ou d’entamer une conversation sans  voir évoqué ce sujet. Les Marocains se sentent, à tort ou à raison, menacés dans leur personne et leurs biens. 
Mais s’agit-il bien d’insécurité ou de sentiment d’insécurité ? L’amalgame entre ces deux concepts est récurrent alors que l’augmentation ou la baisse des chiffres afférents aux délits n’a pas obligatoirement un impact direct sur le sentiment d’insécurité. A en croire le « Lexique de la sécurité » de  Soullez, « le sentiment d’insécurité repose sur le réel vécu et non sur le réel connu, c’est-à-dire sur les seules statistiques officielles de la délinquance. Ainsi, les pratiques d’intimidation de nombreux délinquants (un pitbull ne mord qu’une fois sur 100, mais inquiète 100 fois sur 100) ne sont pas répertoriées dans les statistiques officielles de la délinquance ».
Il ne s’agit pas de quelque chose de tangible, de solide mais plutôt d’un sentiment qui apparaît du moment que les personnes ne se sentent plus à l’aise dans leur environnement.  Et c’est le cas aujourd’hui de beaucoup de Marocains qui vivent dans la peur. Il ne s’agit pas d’une peur momentanée et forte, mais plutôt d’un état d’esprit qui perdure et qui met la personne mal à l’aise. Une problématique dont la solution dépasse de loin les attributions et les efforts de la seule DGSN.
 

Hassan Bentaleb
Jeudi 3 Avril 2014

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