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«Les chevaux de Dieu» projeté à Fès


«Les étoiles de Sidi Moumen» et les démons de la mort



«Les chevaux de Dieu» projeté à Fès
Une belle coïncidence ce jeudi 7 février  à Fès. Trois événements marquent, d’un seul coup et en même lieu, la scène culturelle locale. Primo, la cité culturelle vient de récupérer l’une de ses salles de cinéma les plus mythiques : l’Empire. Au grand bonheur des cinéphiles de la ville, bien évidemment. Ceci a été possible grâce notamment à l’initiative du groupe Mégarama qui a pris en charge les travaux de restauration et de rénovation. Secundo, le multiplexe avec une superbe salle  allait être inauguré par une avant-première du nouveau film de Nabil Ayouch «Les chevaux de Dieu», une adaptation du roman de Mahi Benbine « Les étoiles de Sidi Moumen». Les férus du grand écran ont ainsi afflué en grand nombre. Artistiquement parlant, Nabil Ayouch a toujours tenu ses promesses. Tertio, le jeune et talentueux réalisateur marocain était présent avec les principaux acteurs du film, lors de cette soirée. Leurs mots de présentation ont évoqué des jeunes de Sidi Moumen, certes sans expérience au niveau de l’interprétation, mais pleins de vivacité et de dynamique. L’auteur de «Ali Zaoua» le dit clairement dans l’enceinte du cinéma Empire : « Je suis fier de leur prestation. Je suis revenu aux événements du 16 mai 2003, pour les relire à ma manière et laisser transparaître quelques enseignements peut-être». La salle archicomble les a longtemps ovationnés. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour un bon spectacle.
Une image au grand jour. Un gros plan sur des enfants de deux quartiers populaires en train de jouer au foot dans un terrain, plutôt un sol dur. Une multitude de couleurs, mais dans un cadre plutôt désagréable. Une cacophonie de voix. Un mouvement interminable de la caméra. Un descriptif très mouvementé qui sied aux autres séquences du film, harmonie artistique oblige. Public agité, joueurs motivés et musique assez brutale. La violence règne à tous les niveaux… L’on zoome singulièrement un jeune gardien de but qui contrôle bien ses joueurs et défend impeccablement ses filets : Yachine. Le nom n’est qu’un rêve avorté d’un jeune qui ne possède pas les moyens de le concrétiser. Devenir un gardien de but comme Lev Yachine, le célèbre keeper soviétique, s’était transformé en nostalgie. Faute de quoi, c’était facile de devenir quelque chose d’autre : un kamikaze par exemple.
La première séquence du film finira sur une altercation entre les deux équipes… comme à l’accoutumée. Les coéquipiers de Yachine habitent tous le célèbre quartier périphérique casablancais Sidi Moumen. Plutôt un refuge. D’abord, pour les enfants fuyant les assaillants, mais aussi pour des dizaines de milliers de pauvres, chômeurs, analphabètes, … La caméra d’Ayouch ne tardera pas à pénétrer les intérieurs. Et  c’est la baraque des deux frères Hamid et Yachine. Le zinc est partout. Un espace exigu. Des meubles de misère. Le climat familial est plutôt tendu. Une famille disloquée. Père psychiquement malade, l’aînée de la famille aussi. La mère tente autant que faire se peut, de subvenir aux besoins. La chaleur familiale est quasi-absente en apparence. La dureté des lieux entraîne la dureté du caractère et des actes. Dealer et sbire connu du quartier, Hamid qui protégeait tant bien que mal  son petit frère Yachine, sera condamné à deux ans de prison ferme. En son absence, ce dernier apprendra à voler de ses propres ailes. Tout change pour lui. A Sidi Moumen, rien n’est totalement acquis. C’est la loi de la jungle. Au milieu d’un no-where réel, des groupes religieux extrémistes construisaient, chemin faisant, leur Etat. Ils faisaient également l’ordre, au grand dam des pauvres et désarmés habitants du quartier. Endoctrinaient les jeunes. La prison était également leur source intarissable. Tout passe vite et la caméra résume dans des clichés des condensés sémantiques importants, une dizaine d’années. Autant de signes riches qui réduisent le temps passé, mais qui n’arrivent pas à  guider l’interprétation.
A sa sortie de prison, Hamid n’est plus le même. Il avait, en prison, intégré l’industrie de fabrication des terroristes. Pieux, réservé, serein, sage …mais aussi isolé, sa fréquentation est plutôt exclusive : les extrémistes qui lui assurent ce dont il a besoin, ainsi que pour sa famille. Yachine qui s’était, entre-temps, libéré du suivisme de son frère, ne reconnaît plus Hamid. Mais, une fois impliqué dans un crime commis alors qu’il tentait de défendre son ami de toujours, contre un mâllam (maître) pédophile… c’est Hamid et les siens qui sauront les faire sortir de cette affaire. L’endoctrinement est enclenché. Et ce sont des jeunes prêts à tout faire pour plaire à Abou Zohair … ce fut le 16 mai 2003. La chute est, on ne peut plus éclatante. Si l’on ne comble pas le fossé séparant Casablanca et sa périphérie. D’autres jeunes, jouant à la belle étoile de Sidi Moumen, connaîtront le même sort. Les  commanditaires de la mort sont là aux aguets.

Prix et distinctions
« Ya Khayla Llah » de Nabil Ayouch a obtenu le Prix François Chalais au Festival de  Cannes, le prix spécial du jury et le prix du jury junior (Festival de Namur), le Grand Prix du Festival de Valladolid, le prix jeune public (Cinémed), le Prix du public du Festival Lumières d’Afrique, le Grand prix et Prix Cinéeuropa du Festival de Bruxelles et le Prix de meilleur réalisateur au Festival de Doha. Le film a aussi été en sélection officielle pour un certain Regard (Festival de Cannes).

Mustapha Elouizi
Mardi 12 Février 2013

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