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Les centres de santé en manque de sérums antivenimeux

Des associatifs de Chtouka Ait Baha : «Il y a encore des gens qui meurent des morsures de serpents et des piqûres de scorpions»




Les centres de santé en manque de sérums antivenimeux
C’est un été très chaud qui s’annonce malgré les averses qui sont  tombées hier. Dans de nombreuses régions du Royaume, la chaleur va devenir de plus en plus intolérable. L’ardeur du soleil atteindra incessamment son pic dans certaines provinces arides, comme  celles de Souss-Massa-Draa et Marrakech-Tensift-El Haouz où la canicule a favorisé la prolifération des scorpions et vipères. A Chtouka Ait Baha, pour ne citer que cette région de la province de Souss-Massa-Draa, ces bestioles ont déjà fait des dégâts. Des associatifs locaux de Chtouka Aït Baha se disent inquiets et déclarent à Libé que les décès des suites d’une morsure de vipère et d’une piqûre de scorpion sont de plus en plus courants dans cette région. Les mêmes voix, qui soulignent que ce problème est hélas sous-estimé par les autorités, révèlent que «plusieurs cas de piqûres de scorpions et de morsures de serpents viennent d’être enregistrés à Chtouka Ait Baha, il y a quelques jours». Parmi ces derniers cas, «deux petites filles ont été piquées par des scorpions. La situation  de ces fillettes, qui ont été transférées à l’hôpital d’Agadir, est encore critique», a-t-on appris des mêmes sources associatives. Non sans colère, ces dernières ajoutent :«Nous sommes choquées de voir qu’il y a encore des gens qui meurent de morsures de serpents et de piqures de scorpions. Alors que les responsables de la santé publique soulignent que des désinfectants, des antidotes et des médicaments sont annuellement distribués aux dispensaires régionaux et provinciaux du Royaume. Mais ce n’est pas vrai». Et nos interlocuteurs de déplorer qu’«à Chtouka Aït Baha, les victimes de ces bestioles effrayantes doivent toujours faire le déplacement jusqu’à Agadir. Car au niveau du dispensaire de Chtouka Ait Baha, il n’y a rien pour les secourir. Parfois on ne trouve même pas d’ambulance pour transporter les victimes à l’hôpital d’Agadir». Les mêmes sources soulignent que « la plupart des dispensaires de la région sont actuellement fermés. Quant à ceux qui sont encore en activité, il faut dire qu’ils manquent de tout. On n’y trouve ni médecins, ni infirmiers ni sérums antivenimeux».
Mohamed Karim, un retraité de l’Institut Pasteur, déclare à Libé que « si les gens meurent encore à cause des morsures de serpents et des piqûres de scorpions, c’est parce qu’il y a absence de sérums. On n’en produit plus à l’Institut Pasteur». Une morsure de cobra, relève-t-il, peut conduire au décès par asphyxie, due à une insuffisance respiratoire dans les six heures qui suivent la morsure. Et seul un sérum peut sauver la personne mordue par un serpent ou piquée par un scorpion, précise-t-il. Pour échapper à une mort certaine, «il est nécessaire d’utiliser des sérums anti-scorpions et antivenimeux», précise cet ancien chef de production des sérums et d’antidotes à l’Institut Pasteur. Mais les sérums antivenimeux existent-ils en nombre suffisant dans les centres de santé de cette région? Selon notre interlocuteur, «aujourd’hui, les centres sanitaires régionaux manquent de sérums. Ce qui veut dire que même les victimes qui y arrivent ne sont pas soignées faute de sérum antivenimeux». Jusque-là, soutient Mohamed Karim, «il n’y a pas encore de stratégie pour faire face à ce problème. Les responsables continuent de sous-estimer l’ampleur et la gravité de ce problème». Pour cet ancien chef de production des sérums, «il y a une régression importante en ce qui concerne la production des antidotes. Mais si déficit il y a en la matière, c’est que l’Institut Pasteur n’occupe plus la place qu’il détenait il y a plus de douze ans».
Au ministère,  ajoute celui-ci, «on soutient qu’il suffit de procéder à la surveillance des cas concernés par les médecins. Mais cela n’est pas suffisant. Il faut surtout produire  des sérums et antidotes localement».  La même source souligne que «dans tous les pays qui connaissent ce genre de problème, on doit fabriquer et utiliser des sérums à partir de venins d’espèces locales» sans passer par l’importation de cette médication.
Depuis 2003, date de l’arrêt de la production du sérum au niveau de l’Institut Pasteur, le sérum anti-scorpion et anti-vipère n’est plus disponible dans les centres de santé, indique Mohamed Karim. Et de constater que le nombre de décès des suites des morsures et des piqures a augmenté. Les dernières statistiques officielles parlent de quelque 30.000 cas de piqures de scorpions et de 500 cas de morsures de serpents  et de 634 cas de décès au Maroc. Mais en moyenne, il s’agit d’une centaine de décès par an, selon le centre antipoison.
Mais, pour Mohamed Karim, ces chiffres ne reflètent pas la réalité des envenimations dans les régions chaudes, car les cas d’accidents n’arrivent pas, tous, aux centres de santé régionaux et provinciaux du Royaume. Compte tenu de la difficulté d’accès à ces centres, de nombreux cas ne sont donc pas recensés, explique-t-il. Et de rappeler :«Le Maroc produisait annuellement quelque 100.000 doses de sérum contre les morsures de serpents de 10 ml dont 70.000 anti-scorpions et 30.000 anti-vipères. On était même classé 3ème pays producteur d’antidote sur le plan international (après l’Inde et le Brésil). Mais aujourd’hui, le Royaume n’en produit plus. Il est donc obligé d’en importer. Sachant que leur prix s’élève à 1800 dirhams la dose de 10 ml, contre 120 dirhams la dose de sérum fabriqué localement». L’ancien responsable à l’Institut Pasteur regrette qu’«un pays comme l’Arabie Saoudite, lequel, il y a encore quelques années, ne produisait pas de sérums antivenimeux, a fait des progrès très importants dans ce domaine. Ce pays arabe est actuellement considéré comme une référence scientifique au niveau de la production des sérums antivenimeux. Avec une production qui s’élève actuellement à 1,7 million de doses de sérum (10 ml), il y a aujourd’hui «zéro» décès dans ce pays». A noter que par le passé, parmi 100 personnes mordues ou piquées, 25 mouraient en Arabie Saoudite, tient-il à souligner. C’est dire l’effort que ce pays arabe a déployé dans ce domaine dans lequel le Maroc occupait pourtant une place de référence, il y a encore quelques années.

Naîma Cherii
Vendredi 23 Mai 2014

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