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Les célibataires d’un village indien reprennent espoir de trouver l’âme sœur




Les célibataires d’un village indien reprennent espoir de trouver l’âme sœur
Yashpal Mor a grandi dans un village où les hommes préféraient rester célibataires plutôt que de défier les diktats du conseil de village, encore omniprésent dans la vie à la campagne en Inde. Un passé révolu, espère-t-il.
Aussi loin que remontent leurs souvenirs, les habitants du district de Bass, au nord de New Delhi, ont toujours été soumis à un double pouvoir, celui du gouvernement et celui d’un groupe d’hommes non élus mais puissants.
Du mariage à la propriété en passant par le port du jeans, les «khap panchayats», conseils de village traditionnels, émettent des diktats qui ont longtemps régi la vie quotidienne de la majorité des habitants des campagnes de l’Haryana, Etat voisin de New Delhi.
«J’ai vu de nombreux hommes rester célibataires toute leur vie», raconte Mor à l’AFP depuis Bass. «Je ne veux pas connaître ce sort».
Signe d’un profond changement en cours dans cette partie de l’Inde très traditionnelle, le plus grand khap de l’Haryana a autorisé 42 villages en avril de se marier avec des personnes de villages voisins, y compris de caste différente.
Depuis des générations, femmes et hommes de ces villages avaient interdiction de se marier entre eux parce qu’ils pouvaient être d’une même famille. Ils devaient donc trouver un conjoint hors de ces villages.
Le mariage de deux personnes de castes distinctes était interdit. 
L’infanticide féminin ayant fait des ravages en raison de la préférence pour les garçons, les femmes pouvant se marier sont devenues rares et est né un «marché de la mariée» qui a laissé beaucoup d’hommes sur le carreau.
«Cette décision (du conseil de village) va être très bénéfique», estime Mor, 24 ans, dont les parents se sont mis en quête d’une épouse, tâche désormais plus facile.
Souvent décriés, les khap panchayats sont craints pour les châtiments qu’ils infligent, parfois extrêmement cruels.
Certains ont ordonné à de jeunes couples de se dévêtir en public pour être frappés et même lynchés parce qu’il avaient passé outre le veto mis à leur relation.
Inder Singh, chef du conseil des 42 villages et principal acteur de cette réforme, a dit qu’il voulait «d’effacer le passé sanglant» des khaps.
«Nos efforts pour venir à bout des préjugés sur les castes ont débuté il y a trois ans. Je me suis rendu dans chaque village pour trouver un consensus», dit Singh, 78 ans, à l’AFP.
«Il y avait beaucoup de résistance au début. Environ 5% sont toujours opposés mais je suis fier d’avoir obtenu l’accord d’une majorité», ajoute-t-il.
Cette décision, saluée par des spécialistes, est considérée comme un relâchement du contrôle de ces conseils sur la vie dans les villages.
«C’est une décision très importante qui pourrait être également un tournant pour d’autres khaps», a dit Anand Kumar, sociologue, à l’AFP.
«Cela va pousser les autres à réfléchir et à se montrer plus libéraux. Cela va les inciter à se demander s’ils se montrent justes avec leurs fils et leurs filles», a-t-il ajouté.
Les diktats des khaps sur les unions avaient comme effet de pousser certains hommes à «acheter» une épouse, généralement la fille d’une famille pauvre d’un autre Etat de l’Inde, selon les habitants de Bass.
Selon Singh, 10 à 15 «épouses» ont ainsi été vendues dans chacun des 42 villages du district depuis 10 ans.
Meera Deka raconte ainsi avoir été forcée de quitter à 25 ans sa famille dans l’Etat de l’Assam (nord-est), vendue pour 80.000 roupies (1.000 euros) à son mari actuel. 
«Je passe ma journée à laver, nettoyer et cuisiner. Je ne comprends pas leur langue. Je n’aime pas leur nourriture. Je déteste ma vie ici», confie Deka à l’AFP tout en s’occupant d’un buffle.
En vertu des règles complexes du conseil de village, les hommes étaient autorisés à «acheter» une épouse d’une autre caste d’un autre Etat, mais n’avaient pas le droit d’avoir une relation avec une femme d’un village voisin.
Singh reconnaît que «faire venir des étrangères» a créé de nombreux problèmes, ces femmes ayant beaucoup de difficultés à s’adapter.
«Nous nous sommes dit qu’il était mieux d’avoir une belle-fille d’une autre caste mais habituée à notre culture plutôt qu’une complète étrangère», dit-il.
La décision du conseil bat également en brèche les préjugés sur les castes, encore largement ancrés dans les populations pauvres et rurales. Les mariages intercastes sont rares en Inde.
Enfin le conseil de village a également pris la décision d’intégrer une femme en son sein.

AFP
Samedi 9 Août 2014

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