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Les bus fous de Casablanca

Il ne se passe pas un mois sans qu’un véhicule de M’dina Bus ne flambe ou ne fasse d’accident grave




Les véhicules  de M’dina Bus représentent-ils désormais un danger pour la circulation à Casablanca ? De fait, il ne se passe pas un mois sans qu’un bus de cette compagnie ne prenne feu ou ne fasse un accident. L’année 2016 a été marquée par l’incendie de quatre bus et par plus de quatre accidents graves causant plusieurs blessés et dégâts matériels.  Les Casablancais se souviendront à jamais  de ces scènes d’horreur des bus lancés à toute vitesse et qui saccagent tout sur leur passage. Tel a été le cas du bus qui avait créé l’affolement,  en décembre dernier, à l’intersection des boulevards El Fida et 2 Mars en faisant 17 blessés ou de cet autre bus qui avait percuté sept voitures  en octobre dernier au boulevard des FAR ou de ce bus qui s’était incrusté dans  une maison du boulevard El Joulan en mars dernier, faisant cinq blessés.
« Le parc de véhicules de la société de transport urbain de Casablanca est vétuste. La plupart des autobus en circulation ont dépassé les 50 ans. Et leur état se dégrade dangereusement malgré les travaux d’entretien », nous a confié une source syndicale sous le seau de l’anonymat. Et de poursuivre : «Il n’y a  pas eu de renouvellement du parc depuis 2004 et l’information sur l’acquisition de 800 nouveaux véhicules par la société délégataire s’est avérée être une simple affabulation».  Une affirmation qui suscite moult questions sur le sort de la convention signée en avril 2010 entre la commune de Casablanca et le délégataire et en vertu de laquelle, le Conseil de la ville avait versé une subvention de 200 millions de DH au délégataire pour la mise en place d’un plan social et l’acquisition de nouveaux bus, pour, respectivement, 35 et 165 millions de DH.
Pour notre source, cette situation est due au non-respect des dispositions du cahier des charges liant le Conseil de la ville à la société délégataire. «Les autorités locales n’ont pas assumé leurs responsabilités envers M’dina Bus.  La commune urbaine a refusé de respecter ses engagements financiers. Cette situation perdure depuis longtemps et les dettes s’acculement alors que ce contrat devrait prendre fin en 2019 », nous a expliqué notre source. Aujourd’hui, la société enregistre un déficit structurel annuel de 120 millions de DH accumulé depuis la signature de la convention de gestion déléguée pour le transport collectif urbain par autobus avec la wilaya du Grand Casablanca en 2004.
Notre source va plus loin. Elle estime que la situation du parc roulant aurait été autre si l’Etat avait pris ses responsabilités. « Si les pouvoirs publics avaient injecté les fonds nécessaires dans les comptes de la Régie autonome du transport de Casablanca (RATC), on n’aurait pas débouché sur pareille  situation. Plusieurs milliards de DH  ont été gaspillés sans qu’aucune amélioration du transport urbain n’ait été constatée. La délégation de ce secteur à M’dina Bus n’a rien changé. A l’inverse, elle a davantage plombé la situation», nous a confié notre source. Et de préciser : «Aujourd’hui, on assiste plutôt à  une inflation du nombre de directeurs. Chaque service a son propre directeur et nombre  d’ingénieurs et de techniciens. On compte plus de 10 directeurs au sein de M’dina Bus alors que la défunte RATC n’était dirigée que par un seul directeur. Pis, tout ce beau monde touche de gros salaires estimés au total à 18.000.000 de DH».
L’annonce du lancement incessant d’un audit au sein de la société délégataire ne semble pas susciter l’enthousiasme de notre source.  D’après elle, cet audit qui va se focaliser sur l’évaluation du contrat de gestion déléguée du transport collectif durant la période 2004-2015 et l’examen des aspects économique, financier, technique, juridique et de gouvernance, ne va pas servir à grand-chose. «Il faut faire plus que cela puisque tout le monde sait où ça bloque. Ni un audit ni un contrôle ne suffiront à arrêter l’hémorragie. Il y a un problème de gouvernance et de gestion et il faut un traitement de choc», nous a-t-elle déclaré.  Un avis que partage une autre source syndicale qui s’est interrogée sur  l’utilité d’un tel audit qui va coûter au moins  4,5 millions de DH. «Déjà en 2007, une mission d’évaluation du ministère de l’Intérieur avait mis en garde contre une situation financière critique et avait appelé à la mise en place de mesures d’urgence. Certes, il y a eu la mise en œuvre de certaines actions comme l’augmentation de 50 centimes du prix du ticket de voyage en janvier 2009 ainsi que la signature d’un certain protocole d’accord le 23 mars 2009 entre l’autorité délégante et le délégataire visant l’engagement de  deux parties à mettre en œuvre les actions identifiées en vue de rééquilibrer le contrat. Pourtant, sept ans après la mise en place de ces mesures, la situation demeure la même voire dégradée et aucun changement ne s’annonce dans un avenir proche tant qu’on a des responsables qui s’intéressent fort peu ou pas du tout à la sécurité et au bien-être des citoyens», a-t-elle conclu.

Hassan Bentaleb
Mardi 10 Janvier 2017

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1.Posté par Anas le 09/01/2017 19:10
Il est bien est honorable de parler de ces incinérateurs sur roues mais votre article comporte de fausses allégations. M'dina bus a acquis 200 bus neufs en 2004 ( dont celui qui a été brulé le dimanche dernier) , et en 2010 (117 bus) , versus a peu près 500 bus d'occasion ( moyenne d'age 20-25 ans) en circulation.

Les autorités semblent attendre les résultats de l'audit lancé, bref , une mesure administrative sans effet probablement sur la qualité de vie et les risques encourus par le citoyen pour l'année a venir. Triste pays ...

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