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Les autorités ont délogé l’ensemble des commerçants : Les écuries de Dar Cadi Ben Driss rasées




Les autorités ont délogé l’ensemble des commerçants : Les écuries de Dar Cadi Ben Driss rasées
Mardi 2 mars, 08h00 : branle-bas de combat. D’un côté, les forces de l’ordre sont sur le pied de guerre et de l’autre, les résidents de Dar Cadi Ben Driss qui n’en croient pas leurs yeux. Stupéfaits, ils cherchant à comprendre ce qui se passe. L’ultimatum qui a été donné par les autorités locales aux 47 commerçants de bétail de ce bidonville situé au quartier Moulay Abdellah pour évacuer les lieux a expiré. Une décision du Service de l’hygiène de l’arrondissement d’Ain Chock qui est sorti de sa torpeur après  trente ans de retard, a estimé que la présence d’écuries au milieu d’une zone d’habitation  est  un véritable danger pour l’environnement et la santé des riverains.
Dix heures plus tard, Dar Cadi Ben Driss a l’air d’un champ de ruines à ciel ouvert. Des 47 écuries,  il ne reste plus que des débris et quelques morceaux de bois. Un bulldozer a rasé tout et une poignée de nervis a fait le reste. Ahmed, 45 ans, petit homme au teint mat, raconte, la voix tremblotante : « Les autorités locales ont débarqué vers 7h00 du matin accompagnées des policiers et des éléments des forces auxiliaires. Ils ont demandé aux commerçants de bétail de quitter les lieux. Des accrochages ont éclaté, mais le calme est vite revenu ».
 La surprise a été au-delà des attentes. « Les commerçants ont déjà reçu un avertissement le 15 février, leur intimant l’ordre de  quitter leurs écuries avant le 25 février, mais personne n’a cru que l’Etat allait exécuter son ultimatum ». C’est le cas d’Ali, un des commerçants de bétail.
Drapé dans sa djellaba marron et se tenant droit dans ses bottes vertes, il a l’air triste et désespéré : «Jusqu’au dernier moment, on a cru que les autorités allaient nous proposer un arrangement ou une solution alternative, mais on n’a jamais pensé qu’elles allaient nous  prendre de court ». Ali sort de sa poche son téléphone portable. Il jette un coup d’œil sur son afficheur puis il le range. Des amis lui ont promis d’intervenir auprès de quelques grosses huiles pour bloquer cette décision. Il attend leur appel. En vain. « L’Etat vient de signer nos arrêts de mort. Il se fiche de notre sort. Pour lui, on n’existe pas. Dis-moi ce qu’on va faire maintenant. On a des bouches à nourrir, des dettes à payer. Vraiment je ne sais pas quoi faire », se lamente-t-il.  
Les moteurs du bulldozer et des camions résonnent fortement. Des ordres sont également criés : « Il faut raser tout. Ne laissez rien et faites vite  », crie ce grand gaillard de 33 ans, au regard mauvais. Il fait partie des autorités locales. Sa mission est de superviser les travaux de démantèlement des écuries et de nettoyer la place une fois l’opération terminée. « On a commencé vers 8h00 et depuis on n’a pas cessé notre travail. On n’a rien mangé. On se sent vraiment épuisés mais on doit terminer avant le tombée de la nuit ». Notre interlocuteur connaît bien ces écuries. C’est ici qu’il achète ses moutons de l’Aïd et de bonnes relations le lient à ces commerçants de bétail. «Je regrette sincèrement ce que leur arrive mais je ne suis qu’un simple fonctionnaire de l’Etat. J’exécute seulement les ordres ». Pas le temps de dire plus, voilà il est appelé pour résoudre un différend entre deux voisins.
Il est 18h00, Dar Cadi Ben Driss semble vide. Seuls quelques policiers sont restés pour monter la garde. La journée a été longue, mais tout semble normal. Les commerçants ont quitté les lieux avec leurs bétails. En silence et les larmes aux yeux. Les bulldozers ont tout rasé et l’Etat a récupéré ses droits. Reste à savoir si cette détermination va donner de bons résultats et si la même détermination sera de mise pour reloger les anciens locataires des lieux. Wait and see. 

Hassan Bentaleb
Jeudi 4 Mars 2010

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