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Les atouts majeurs de l’intégration maghrébine




Les atouts majeurs de l’intégration maghrébine
«Seules les tribus animées d’un fort esprit de corps sont capables de vivre dans le désert» 
(Ibn Khaldoun)
 
Aux portes de l’Europe, une main-d’oeuvre à bas coût, diaspora en Europe qualifiée, un pont entre l’Afrique, l’Asie et l’Europe, le Maghreb a des atouts que beaucoup de régions du monde lui envient ! C’est une région peu peuplée : 90 millions de personnes (Tunisie, Maroc, Algérie, Libye, Mauritanie) pour un territoire de superficie parmi les 10 plus grandes du monde... C’est un espace socioculturel à la lumière des événements sociaux, politiques, et nationaux actuels dans la région. 
Mais peut-on parler de Maghreb quand les pays le constituant affrontent la mondialisation économique (interdépendance croissante des économies) et l’expansion des échanges et des interactions humaines en ordre dispersés avec un degré d’intégration des plus faibles de toutes les régions à fort potentiel géographique, humain et économique? «L’intégration maghrébine est devenue une nécessité incontournable et irréversible pour relever les défis de développement auxquels doivent faire face les pays de la région», disait la directrice des affaires économiques de l’UMA, Saida Mendili, lors de la conférence en 2009 sur le thème « L’UMA est un grand potentiel d’intégration économique appelé à être exploité ». Quelle est la situation de ce potentiel et les outils politiques nécessaires? Pour cela, faisons un zoom sur le niveau des investissements étrangers, facteurs de développement et de croissance de la région.  
L’investissement direct étranger est un élément essentiel de la stratégie d’intégration. Il peut propulser la croissance et enclencher un cercle vertueux où l’accroissement de la productivité mène à la diversification de l’économie et à une plus grande résistance aux chocs exogènes. Il est important donc de faire un point sur la situation de l’investissement direct étranger au Maghreb. Comment une plus grande ouverture conjuguée à une transparence de la région pourrait lui permettre d’attirer plus d’investissements étrangers. 
 
Situation 
de l’investissement 
au Maghreb 
En matière d’investissement, le Maghreb dispose d’un grand potentiel pour attirer les investissements, mais qu’il n’a pas toujours mis à profit.  Il est vrai que les flux d’investissements directs étrangers (IDE) se sont considérablement accrus au cours de la décennie écoulée : ils sont passés de 3 milliards de dollars par an au début des années 2000 à 12,3 milliards de dollars en 2008, à la veille de la crise. Mais, même ce niveau record, de l’ordre de 3 % du PIB, était inférieur à celui des autres régions émergentes en Asie, en Amérique latine et en Europe. Et ce chiffre est passé à 6,5 milliard de dollars en 2011, soit moins de 2% du PIB, ce qui n’est pas surprenant compte tenu de l’instabilité récente dans la région. De plus, ces investissements n’étaient pas très diversifiés.  La plupart de l’IDE provenait d’Europe, à raison de 80 % dans le cas de la Tunisie et de 60 % dans celui du Maroc, par exemple. Et pour une bonne part environ 30 %  ces investissements étaient destinés au secteur énergétique et aux industries extractives.  Manifestement, il y a moyen de faire mieux. 
Le Maghreb est riche de ses ressources et  du potentiel de ses populations. Il suffit de citer quelques-uns des nombreux atouts dont la région dispose pour s’en rendre compte. La région c’est un ensemble économique, démographique et humain: 451 milliards de dollars, tel est le PIB groupé des 5 pays en 2012 (1ère puissance économique africaine devant l’AFS (407) et le Nigeria (267)). C’est une superficie de 6 millions de Km2 (dans les 10 plus grands pays du point de vue superficie du monde devant l’Europe et l’Inde et tous les plus grands pays du Sud-Est asiatique, le Mexique et 5 fois l’Afrique du Sud). Ce sont 90 millions d’habitants, un potentiel entrepreneurial des femmes dans le développement économique très important des deux dernières décennies par l’accès d’un nombre de plus en plus croissant de la gent féminine. 
 La région maghrébine présente l’avantage d’une situation géographique privilégiée. Elle côtoie la plus grande zone commerciale du monde, l’Union européenne, et elle est au seuil du Moyen-Orient en pleine effervescence. Elle présente l’avantage d’une population jeune: La jeunesse de moins de 15 ans est estimée à plus de 40%. Contrairement à tant d’autres régions du monde, le Maghreb dispose d’une main-d’œuvre abondante qui ne cessera de s’accroître dans les années à venir et présente l’avantage d’une population éduquée.  La région a aussi réalisé d’énormes progrès en matière de scolarisation. La prochaine étape consiste à augmenter davantage l’accès à l’éducation et à améliorer sa qualité afin d’assurer une formation adéquate avec les besoins du marché de l’emploi. Malgré ces atouts, le Maghreb doit continuer à œuvrer pour rétablir ou maintenir la stabilité économique qui constitue une base solide pour ceux qui prennent des décisions d’investissement. 
 Sans oublier l’importance de poursuivre des politiques monétaire et budgétaire prudentes et d’éviter une augmentation des taux de change réel. Le Maghreb devrait déployer encore plus d’efforts importants en vue d’améliorer le climat de l’investissement et l’environnement des affaires. Il reste beaucoup à faire. La région doit encore œuvrer pour supprimer les contraintes qui empêchent toujours le secteur privé de se développer davantage, d’investir beaucoup plus, d’innover et de créer plus d’emplois.  Le Maghreb doit faire table rase des vestiges du passé, des privilèges et du favoritisme, de la corruption, du clientélisme pour assurer l’égalité des chances pour tous. 
Concrètement, comment la région peut-elle avancer dans ce domaine, en se dotant d’une réglementation impartiale et conforme aux principes de l’économie, en améliorant les infrastructures. En assurant une administration fiscale et douanière à la fois juste et prévisible, en veillant à ce que le système judiciaire soit solide, indépendant et impartial, en mettant en place un système financier qui soutienne les activités productives et qui assure un large accès au crédit. En accomplissant des progrès dans ce domaine, non seulement les gouvernements attirent les investissements étrangers, mais gagnent aussi la confiance du peuple. 
Comment plus d’ouverture pourrait générer plus d’investissements? Comment plus d’ouverture des pays du Maghreb peut-elle leur assurer une plus forte attraction d’investissements étrangers?  La réponse tient en un mot : ouverture. Ouverture au monde et à tout ce qu’il offre. Ouverture à la région et à l’idée d’une destinée commune. Ouverture à de nouveaux modes de pensée et d’action. Le Maghreb peut aller plus loin particulièrement dans trois domaines : plus d’intégration, plus d’internationalisation et plus de diversification.  
Plus d’intégration. Dans ce domaine, la création de l’Union du Maghreb arabe en est la pierre angulaire. L’intégration doit commencer par une plus grande ouverture des régimes régissant l’investissement direct étranger, en particulier ceux des industries extractives.  
Ces industries ont constamment besoin d’investissements dans des technologies de pointe. Il est important de consolider ces acquis dans l’avenir : toute la région serait gagnante si elle s’ouvrait davantage à elle-même, en démantelant les obstacles au commerce et en ouvrant largement la porte aux gains réciproques. Un Maghreb qui assure la libre circulation des citoyens, des biens et des services offre les possibilités infinies à un marché d’environ 90 millions de personnes. D’ailleurs, aucune des économies du Maghreb n’est suffisamment grande pour assurer à elle seule sa prospérité, ce n’est qu’ensemble qu’elles peuvent devenir prospères. 
C’est Ibn Khaldoun qui a dit: «Seules les tribus animées d’un fort esprit de corps sont capables de vivre dans le désert». Il est temps d’élargir cet esprit de corps à l’ensemble de la région! Bien sûr, cela doit aller de pair avec l’élaboration d’un ensemble de règles communes en matière de commerce et d’investissement, ce qui permettrait d’instaurer un meilleur climat d’investissement pour ceux qui souhaitent servir le marché maghrébin ainsi que pour ceux qui s’y installent pour servir les marchés extérieurs.   
 
Pour une plus grande  
internationalisation 
Les petites entreprises doivent élargir leurs horizons. De même que les entreprises nationales doivent raisonner en termes internationaux et se considérer comme faisant partie d’une seule et plus grande région. Il est temps de favoriser et de pousser davantage cette dynamique.  En effet, lorsqu’une entreprise maghrébine réalise une percée sur le marché international, cela peut avoir des effets d’entraînement bénéfiques pour l’investissement dans toute la région. En outre, l’entreprise locale qui connaît bien la région peut partager sa richesse, son savoir et son expérience avec le reste des pays de la région. 
Naturellement, cela n’est possible que si l’investissement étranger est soumis aux mêmes règles dans toute la région.  Il faut penser aux avantages pratiques que pourrait procurer ce type d’intégration des entreprises. A titre d’exemple, les pays où le secteur agroalimentaire est moins avancé comme l’Algérie, la Libye ou la Mauritanie tireraient d’énormes avantages des connaissances et du savoir-faire qui accompagnent les investissements des sociétés agroalimentaires marocaines ou tunisiennes.  Ce type d’intégration et d’internationalisation pourrait aider la région à mettre réellement à profit ses atouts géographiques. 
Il serait plus facile aux entreprises maghrébines de se tourner vers le Sud et d’investir en Afrique subsaharienne. La région pourrait même devenir une importante plaque tournante du commerce et de l’investissement permettant de jeter un pont entre l’Afrique subsaharienne et l’Europe.  Le Maghreb devrait diversifier ses relations avec l’extérieur en réduisant sa dépendance à l’égard de l’Europe.  
Je trouve vraiment intéressante la possibilité d’établir des liens avec le groupe des pays (BRIC), c’est-à-dire le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, qui sont les nouvelles locomotives de l’économie mondiale. Pour attirer davantage d’investissements des BRIC, les pays du Maghreb doivent évidemment continuer à améliorer le climat de l’investissement et à relever le niveau des qualifications et d’éducation des populations particulièrement des femmes et des jeunes. La diversification revêt également un autre aspect : la recherche de créneaux d’investissement dans les secteurs nouveaux et dynamiques. 
On doit dépasser le cadre des ressources naturelles et penser à l’ingénierie, à la conception de logiciels, à l’informatique. Il revient à la région de saisir cette initiative d’explorer avec détermination ce monde des nouvelles opportunités. 
 
Plus de liberté 
et de respect 
des droits humains
Le Maghreb est un potentiel économique mais aussi un espace où les citoyens, pour donner le meilleur d’eux-même, ont besoin de garanties de liberté de mouvement, de politiques favorisant le développement durable et le libre-échange. C’est un espace culturel où les minorités culturelles ont encore besoin de respect et de considération.  
L’exercice de la liberté d’expression politique, mis à mal depuis des décennies, est un vecteur important dans la mise à profit du potentiel économique. Pour ce faire, le Maghreb est dans l’obligation de mettre l’accent sur la rénovation politique, économique et sociale visant la mise en place d’une société moderne, démocratique et solidaire, de manière définitive et irréversible, et de passer du stade de proto-Etats à l’Etat de droit.  Cela nécessite l’élargissement du champ des libertés fondamentales, l’enracinement des pratiques démocratiques et le renforcement des institutions, dans le cadre d’une nouvelle conception de l’autorité (qui vit encore avec des systèmes ancestraux), qui place le citoyen au centre de toute action publique.  
L’exemple de la Tunisie devrait inspirer les autres Etats du Maghreb. En effet, ce pays a pu réaliser ce qu’aucun autre pays arabe n’a pu faire jusqu’à présent: instaurer des institutions démocratiques et adopter une Constitution qui reflète une bonne partie de la volonté du peuple tunisien.  
Une société nouvelle a besoin d’une économie nouvelle.  Il n’y a aucun moyen pour y parvenir que par l’investissement, en ouvrant davantage l’économie maghrébine aux nouvelles possibilités et en mettant à profit les ressources des autres pays et des autres régions. En fin de compte, il s’agit de créer les conditions pour que chaque habitant de la région puisse vivre dans la dignité et la plénitude. 
C’est encore une fois, Ibn Khaldoun qui l’a bien formulé : «Le bien-être des peuples est le meilleur moyen de renforcer l’empire».  Il n’y a plus d’empire, mais la logique est la même! Comme le soulignent de nombreuses études, le potentiel important d’intégration des pays maghrébins devrait répondre à différents enjeux pour faire de cette région un acteur fort aux confluents de l’Europe, de l’Afrique subsaharienne et potentiellement de l’Asie. Dans ce contexte, il est impératif d’œuvrer à l’élaboration “d’une approche d’intégration ouverte et en profondeur”, esquissant l’architecture d’un modèle économique à mettre en place.  
L’Europe a fait de l’intégration maghrébine l’un des axes de travail de l’Union européenne lors de la présidence espagnole en 2010, liant cette intégration aux avantages que suppose l’intégration maghrébine pour les pays de la région, le pourtour méditerranéen et le continent africain. Que les peuples et les Etats de la région profitent de ces opportunités pour transformer l’essai.
 

Par Mohamed Bentaher
Mardi 18 Février 2014

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