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Les agriculteurs, énièmes victimes de l’obsession haussière de Benkirane

C’est fatal. La hausse du prix du gazole se répercutera sur les charges d’exploitation




Les agriculteurs, énièmes victimes de l’obsession haussière de Benkirane
Depuis son investiture, le gouvernement Benkirane n’a cessé de faire des cadeaux aux Marocains. Comme il est toujours de nature généreuse et attentionnée, il n’a pas voulu que l’année 2013 s’achève sans leur offrir un gros cadeau. C’est ainsi qu’au lendemain de la célébration de la Journée mondiale de la démocratie (le 15 septembre), le gouvernement, cherchant à faire le bonheur des Marocains, a décidé d’appliquer l’indexation partielle des prix des carburants.
Alors que l’on scrute l’impact de ces augmentations sur les secteurs du transport et de la logistique, un autre secteur éminemment important serait gravement touché par cette mesure, à savoir l’agriculture.
Demeurant l’un des secteurs phare de l’économie marocaine, avec une contribution de 14% dans le PIB national, l’agriculture joue un rôle socioéconomique crucial en offrant plus de 45% d’emplois pour la population active et en assurant les revenus stables pour plus de 80% de la population rurale.
Avec l’entrée en vigueur de cette décision, le secteur primaire est en passe de subir l’un des effets les plus notables des hausses des prix des carburants, et en particulier celle du gazole (0,69 dirham/litre). Etant donné que la consommation énergétique des exploitations agricoles  est dominée par les énergies fossiles représentées par le gasoil et l’essence (57%), le butane et le propane (28%) et en dernier lieu l’électricité qui ne satisfait que 15% des besoins énergétiques de l’agriculture (MEM, 2010).
Si l’on prend en considération les différentes étapes du processus de production dans le secteur, allant des labours à la récolte, on constate que le coût de revient des produits agricoles sera, inéluctablement, poussé vers le haut au détriment du consommateur final.
En l’absence de chiffres précis, faute d’étude en matière de consommation énergétique du secteur agricole, on pourrait estimer que l’impact de cette hausse serait très grave.
Sachant que la superficie labourée avoisine les 7 millions d’hectares, (dont 4,97 millions d’ha pour les céréales, selon l’INRA), et que cette dernière doit être parcourue par les différents engins utilisés plus d’une quinzaine de fois, on pourra présager ce qui attend les agriculteurs.
Ces derniers sont tenus, de par les exigences de leur activité de passer par les différentes étapes du labour, à savoir le labour profond (de 30 à 40 cm), suivi d’un labour moyen avec usage d’engrais et de pesticides, puis d’un labour léger (de 10 à 15 cm) lors de l’ensemencement. Ils passent ensuite à la lutte contre les adventices (mauvaises herbes), qui se fait également à l’aide des tracteurs, suivie des semailles de l’azote, puis du traitement des maladies parasitaires. Et enfin arrive la récolte, à l’aide des moissonneuses batteuses, suivie de la collecte de foin et du transport de la récolte.
Au cours de ce processus, la consommation des carburants bat son plein. Cela veut dire qu’il y aura une hausse inéluctable des charges d’exploitation. A titre d’exemple, rien que pour les tracteurs, dont la consommation en gazole tourne autour de 10 litres lorsqu’il y a une activité normale, dominée par les travaux légers et le transport, la hausse serait de près de 600 millions de dirhams pour l’ensemble de l’activité, sans évoquer l’usage des autres engins.
Concernant le volet énergétique, l’agriculture représente 18,7% de la balance énergétique finale du pays. C’est donc un secteur énergivore par rapport aux pays développés, notamment la France, l’Italie, où le secteur agricole représente une moyenne de 3% de la consommation énergétique finale.
Il s’avère donc que le gouvernement, qui s’est inscrit dans une logique comptable, n’a pas pris en compte les répercussions de sa décision au niveau d’un secteur vital tel que l’agriculture.

Mohammed Taleb
Mercredi 18 Septembre 2013

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